« ויברכם ביום ההוא לאמור בך יברך ישראל לאמר ישמך אלהים כאפרים וכמנשה וישם את אפרים לפני מנשה «
« Il les bénit ce jour-là en disant : par toi bénira Israël en disant : que D.ieu te fasse devenir comme Ephraïm et Menaché; il mit Ephraïm avant Menaché. » בראשית מח, כ))
Sur le verset : « Que D.ieu te fasse devenir comme Ephraïm et Menaché », le « תרגום יונתן » = Yonathan Ben Ouziel explique : « Par toi mon fils Yossef, toutes les maisons d’Israël béniront leurs nouveau-nés le jour de la Brit Mila, et diront : Que D.ieu te fasse devenir comme Ephraïm et Menaché ».
Tous les commentateurs ont soulevé la question de savoir quelle était la relation entre le jour de la Brit Mila et la bénédiction:« Que D.ieu te fasse devenir comme Ephraïm et Menaché » ! ?
Pour commencer, rapportons les paroles de nos Sages concernant la mitsva de la Brit Mila, ainsi il est écrit dans le Zohar sur le verset :
« כי המצוה הזאת לא בשמים הוא לאמר מי יעלה לנו השמימה ויקחה לנו » « Car cette mitsva… elle n’est pas dans les cieux pour que tu dises : qui montera pour nous vers le ciel, et la prendra pour nous… ». דברים ל,יא-יב))
Comme nous pouvons le constater ci-dessus, le verset contient une double allusion : la première porte sur la mitsva de la Brit Mila :
« מי יעלה לנו השמימה ».
La seconde allusion renvoie au Nom de l’Eternel :
« מי יעלה לנו השמימה« .
Quel est le rapport entre la mitsva de la Brit Mila et le verset : » מי יעלה לנו השמימה » ? De plus, il est écrit dans le Midrach : « אז ישיר משה… » = « alors chantèrent Moché… », le mot אז = « alors » a une valeur numérique de 8. Moché dit : par le mérite de la Brit Mila qui nous a été donnée au huitième jour, la mer s’est fendue… » מכלתא, מדרש ילקוט)) – nous nous devons également d’expliquer ici le rapport existant entre la mitsva de la Brit Mila et l’ouverture de la Mer Rouge, au point que par le mérite de la mitsva de la Brit Mila la mer s’est fendue pour le peuple juif ?
Les Sages nous ont enseigné un principe très important et dirent : lorsque Hachem juge l’homme, Il le juge « là où il est » בראשית כא, יז) ) – c’est-à-dire d’après les actions qu’il accomplit maintenant et non d’après ce qu’il va faire ראש השנה טז:)). Même si, dans l’avenir, il fautera, Hachem ne regarde pas le mal qu’il fera plus tard, tel qu’il est rapporté dans le Midrach : «Il voit les fautes mais ne les considère pas ». Comment cela se peut-il ?
Qu’est-il écrit lorsque Hagar fut chassée de la maison d’Avraham avec son fils ? « L’eau fut épuisée dans la gourde » – Ishmaël était en danger de mort, car assoiffé… De suite après, l’Écriture dit : « L’ange de D.ieu appela vers Hagar » – c’est-à-dire l’ange intervint pour sauver Ishmaël. Rabbi Simone dit : les anges du service divin accusaient (Ishmaël)… et disaient : Maître du monde, celui dont la descendance va tuer Tes fils par la soif durant l’exil de Babel note lorsque Nabuchodonosor exila les Juifs, ainsi qu’il est écrit : « Oracle contre l’Arabie… portez de l’eau au-devant de ceux qui ont soif… » ישעיה כא)) – lorsqu’ils furent exilés chez les Arabes, les Juifs disaient à ceux qu’ils rencontraient : « Par pitié, amène-nous chez les fils de notre oncle Ishmaël, ils auront pitié de nous » ils vinrent à leur rencontre, chargés de viande, de poisson salé et d’outres gonflées d’air. Les Juifs pensaient qu’elles étaient remplies d’eau, mais dès qu’ils les ont portées à la bouche, elles se sont ouvertes et l’air a pénétré dans leur corps, ils en sont morts. איכה רבה ב,ה – מדרש תנחומא שמות))
Tu fais apparaître pour lui un puits ! ? Il leur répondit : maintenant qu’est-il ? Un juste ou un méchant ? Ils lui dirent : un juste ! Hachem leur dit : Je juge l’homme seulement en son temps, c’est pour cela qu’il est écrit : Il voit les fautes mais ne les considère pas » שמות רבה ג, ב))
D’après ceci, nous apprenons que l’Eternel juge l’homme seulement en fonction du moment présent, et non d’après ce qu’il va réaliser dans l’avenir.
Le « פרשת דרכים » demanda à ce sujet : pourtant il est écrit dans le Midrach : « Moché dit à l’Eternel : qui suis-je pour que j’aille chez Pharaon et que je fasse sortir les enfants d’Israël d’Égypte ? … » – Quel mérite ont-ils dans leurs mains pour qu’ils puissent sortir de là-bas ? D.ieu lui dit : «Quand tu feras sortir le peuple d’Égypte, vous servirez D.ieu sur cette montagne » – C’est par le mérite de la Torah, qu’ils recevront dans l’avenir sur le mont Sinaï, qu’ils pourront sortir de là-bas ». (מדרש רבה שמות ג)
Le « פרשת דרכים » s’interroge : Il ressort d’ici clairement que le peuple d’Israël n’avait aucun mérite à son actif pour sortir d’Égypte, si ce n’est le mérite que plus tard ils recevront la Torah au mont Sinaï. S’il en est ainsi, nous nous trouvons apparemment face à une contradiction difficilement compréhensible. En effet, Israël dans le futur, fautera également et fera la Veau d’or ! Alors pourquoi l’Eternel sortit-Il le peuple d’Israël au nom du mérite futur qu’est la réception de la Torah, et d’un autre côté, Il ne considéra pas la faute du Veau d’or, qui se passera également dans le futur ?
Le « פרשת דרכים » répond et dit que la raison à cela est que le Maître du monde, dans Sa grande miséricorde et Sa grande bonté, Se conduit avec Ses créatures selon l’attribut de bonté… Si dans l’avenir, ils sont amenés à être des justes, l’Eternel regarde dans l’avenir et les prend en considération. Cependant si dans l’avenir, ils sont amenés à fauter, Il ne regarde pas et ne juge pas l’homme si ce n’est selon ses mérites présents, c’est-à-dire comme il est écrit : « Il voit les fautes mais ne les considère pas ». שמות רבה ג,ב) )
Il est écrit dans notre paracha : « Israël vit les enfants de Yossef et dit : qui sont ceux-là » ? בראשית מח, ח)). Rachi explique que Yaacov voulut les bénir mais la Présence Divine s’éloigna de lui, parce que plus tard, Yéroboam et A’hab (qui seront des impies) seraient issus d’Ephraïm, et Yehu et ses fils (ils seront également des impies) de Menaché.
Ainsi Yaacov posa-t-il la question : « Qui sont-ils » ? – C’est-à-dire d’où sont issus ceux-là qui ne sont pas dignes d’une bénédiction ? Yossef lui montra son contrat de fiançailles et son contrat de mariage, demanda pitié à ce sujet, et la Présence Divine reposa à nouveau sur Yaacov. (מדרש תנחומא ו)
Cependant lorsque : « Israël étendit sa main droite, il la posa sur la tête d’Ephraïm alors qu’il était le plus jeune et mit sa main gauche sur la tête de Menaché » – Yossef souhaita retirer la main droite de Yaacov posée sur Ephraïm, le plus jeune, afin de la placer sur Menaché, le premier-né, car il est juste de poser la main droite sur le premier-né comme il est écrit : « Son père refusa et dit : je savais, mon fils je savais… » – qu’il était l’aîné, « lui aussi deviendra un peuple et lui aussi sera grand ; cependant, son jeune frère sera plus grand que lui et sa descendance remplira les nations ». בראשית מח, יט) )
Rachi explique le verset : « Je savais mon fils, je savais » – qu’il est l’aîné. « Lui aussi deviendra un peuple et lui aussi sera grand » – car plus tard Gédéon sera issu de lui et l’Eternel fera un miracle par son intermédiaire. « Cependant son jeune frère sera plus grand que lui » – car plus tard Josué sera issu de lui, il fera hériter au peuple le pays et enseignera la Torah à Israël. « Et sa descendance remplira les nations » – le monde entier sera rempli (de la renommée de Josué) lorsque sortiront sa renommée et son nom, quand il provoquera l’arrêt du soleil à Gibeon et de la Lune dans la vallée d’Ayalon. חגיגה כ.)) note : les sages ont enseigné dans une braita : pour trois personnes le soleil s’immobilisa : Moshé, Josué et Nakdimon Ben Gourion… comme il est écrit à propos de Josué : « et le soleil se tint immobile et la Lune resta sur place… » חגיגה כ. – יהושע י, יג))
Le « ערוגות הבשם » pose la question suivante : si Yaacov notre patriarche a jugé les enfants de Yossef d’après leur avenir, c’est-à-dire que les deux ne sont pas aptes à recevoir la bénédiction, que D.ieu nous en préserve, car plus tard sortiront d’eux des impies comme Yéroboam et A’hab descendants d’Ephraïm et Jehu et ses fils descendants de Menaché, dans ce cas il convenait de bénir en premier Menaché le premier-né avant Ephraïm le plus jeune ! ? !
Le « ערוגות הבשם » répond que Yaacov notre patriarche s’est conduit comme l’Eternel Se conduit avec Israël, c’est-à-dire avec la pleine mesure de miséricorde et de bonté, qu’Il associe au présent quand elle est dans un cas futur, c’est seulement lorsque c’est pour le bien. Par contre, il n’associe pas les actions du futur lorsqu’elles sont pour le mal. Et c’est là le sens de la bénédiction de Yaacov : par toi sera béni Israël en disant : « Que D.ieu te fasse devenir comme Ephraïm et Menaché » car de la même façon que Ephraïm a été béni avant Menaché au nom du futur, (car dans le futur sortira de lui Josué, celui-ci fera hériter la terre et enseignera la Torah à tout le peuple d’Israël), ainsi l’Eternel pose Son regard sur Israël, et les bénit toujours au nom du bien qu’ils vont accomplir dans l’avenir, et non pour les fautes et le mal qu’ils pourront faire dans l’avenir.
Le Rambam écrit, dans son livre « Le guide des égarés »: la raison d’enlever le prépuce – la mitsva de la Brit Mila – est que cela a pour but d’affaiblir la force de l’envie corporelle, qui provient du mauvais penchant. מורה נבוכים ח »ג פרק מט) )
Le Ramban (Na’hmanid) est en désaccord avec le Rambam (Maïmonide) et écrit : la raison de la Brit Mila est pour que l’homme puisse avoir une alliance, et un signe distinctif qui est la signature du Roi. (תיקוני זוהר כב) Note Rabbi Moché Ben Na’hmanide se base sur un passage du Zohar qui explique que la brit mila est le « sceau du Roi » (תיקוני זוהר כב). Le Ari Zal a confirmé que les écrits du Ramban sont foncièrement kabbalistiques et remplis de sodot, contrairement au Rambam, que ce soit son commentaire sur la Torah ou encore son commentaire sur le sefer Hayetsira. (שער הגלגולים לו) Rappelons qu’à son époque – celle des Richonim -, très peu de Sages avaient accès aux écrits du Zohar de Rabbi Chimon Bar Yo’haï. Les Sages ont fixé que : « Ces paroles-ci, et ces paroles-là sont les paroles du D.ieu vivant ». Ainsi, en vérité, il y a deux éléments essentiels dans la mitsva de la Brit Mila :
*affaiblir la force corporelle qui provient du mauvais penchant, tel que le pasouk des Tehilim le dit : « סור מרע » = « Écarte-toi du mal » תהילים לד, טו))
*et ajouter de la sainteté au corps du Juif, tel qu’exprimé dans la suite du Tehilim : « ועשה טוב » = « Fais le bien » תהילים לד, טו))
Cependant, il est su que, pour un nouveau-né de huit jours, le mauvais penchant n’exerce pas encore son emprise de façon concrète ; quant au rajout de la sainteté, le nouveau-né n’a pas encore acquis l’âge de la raison, et ne comprend rien.
Cependant l’essentiel de la mitsva de la Brit Mila est au nom de l’avenir. Quand le nouveau-né grandira et arrivera à l’âge de raison, alors il pourra affaiblir la force du mauvais penchant, et ajouter à son corps de la sainteté.
Aussi lorsqu’un homme d’Israël accomplit le commandement de la Brit Mila, il s’agit d’une préparation et d’une projection vers l’avenir, pour faire le bien. De même, l’Eternel nous récompense – mesure pour mesure – et regarde uniquement l’avenir, lorsque c’est pour le bien, afin d’envoyer Sa délivrance.
D’après cela, nous pouvons comprendre les paroles de nos Sages citées plus haut : « אז ישיר משה… » = « Alors chantèrent Moché« , le mot אז = « alors » a une valeur numérique de huit. Moché dit : par le mérite de la Brit Mila qui nous a été donnée au huitième jour, la mer s’est fendue… » מכלתא, מדרש ילקוט))
Lorsqu’ils sont sortis d’Egypte, la mer s’est fendue pour Israël, uniquement par le mérite futur qu’ils accepteraient la Torah au Mont Sinaï. S’il en est ainsi, quels mérites possédait Israël pour que l’Eternel regarde dans l’avenir uniquement le bien ? C’est par le mérite de la Brit Mila. De la même façon que le peuple d’Israël s’inquiète d’accomplir cette mitsva pour affaiblir le mauvais penchant et préparer l’avenir pour faire le bien, ainsi – mesure pour mesure – l’Eternel regarde pour le bien leur avenir et ainsi par ce mérite Il écarta la Mer Rouge.
À présent, nous saisissons pleinement les paroles de Yonathan Ben Ouziel sur l’Écriture : « Par toi mon fils Yossef, toutes les maisons d’Israël béniront leur nouveau-né le jour de la brit Mila, et diront : « Que D.ieu te fasse devenir comme Ephraïm et Menaché. » Ainsi lorsque Yaacov notre patriarche devança Ephraïm le plus jeune devant Menaché le fils aîné, il opéra une préparation pour que l’Eternel regarde dans le futur uniquement sur le bien accompli par l’homme et non sur le mal qu’il pourrait être amené à faire.
Comment l’homme peut-il mériter que l’Eternel regarde uniquement le bien qu’il réalisera à l’avenir ? C’est uniquement par le mérite de la mitsva de la Brit Mila, celle-ci représentant une préparation et un regard vers notre avenir pour réaliser le bien. C’est ainsi que l’Eternel agit – mesure pour mesure – et regarde vers l’avenir uniquement le bien, pour nous juger par Sa bonté.