Au « nom » de la Justice Divine
« ויצא ביום השני והנה שני אנשים עברים נצים ויאמר לרשע למה תכה רעך … » « הלהרגני אתה אמר כאשר הרגת את המצרי »
« Il sortit le deuxième jour, et voici deux hommes hébreux se querellant. Il dit au méchant : pourquoi frapperais-tu ton prochain ? … Il répondit : est-ce pour me tuer que tu dis cela, comme tu as tué l’Égyptien ? » (שמות ב, יג)
Note : Ces deux juifs qui se querellaient transgressaient le commandement de : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». (ויקרא יט, יח) Or chaque dispute retarde la délivrance. Le terme querelle = נצים a une guématria de 190, soit la même valeur que le terme que la Torah utilise pour décrire la délivrance = קץ.
Les sages ajoutent que les hébreux qui se querellaient et qui furent interrompus par Moché rabbénou étaient Datan et Aviram. Ce sont eux qui ont dénoncé Moché rabbénou pour le meurtre de l’Égyptien. (נדרים סד:)
Note : Le Talmud rapporte : « Rabbi Yonatan a enseigné au nom de Rabbi Chimon bar Yo’hai : à chaque fois que figurent dans la Torah les mots « querelle » = נצים ou « se tiennent » = נצבים , il s’agit de Datan et Aviram. (נדרים סד:) Le Talmud poursuit à propos de ce verset : « Rech Lakich a enseigné : celui qui lève la main contre son prochain, même s’il ne le frappe pas concrètement, est appelé « mécréant » car il n’est pas écrit : « pourquoi as-tu frappé ? » mais « pourquoi frapperais-tu ? » – pour nous enseigner que bien qu’il ne l’ait pas frappé, il est appelé « mécréant ». (סנהדרין נח:)
Selon Rachi, « Est-ce pour me tuer que tu dis cela ? » signifie que Moché a tué l’Égyptien en prononçant le Nom ineffable de D.ieu.
Le Ramban demande à propos du commentaire de Rachi : « Je suis étonné, car si cela est juste, qui a dit au mécréant que Moché a tué l’Égyptien avec le Nom ineffable de D.ieu ? » Le Ramban répond à sa propre question en disant : « Peut-être que Moché a posé ses mains sur l’Égyptien et l’a maudit avec le Nom de D.ieu. C’est là le sens du verset : « Il frappa l’Égyptien ». (שמות ב, יב) L’un des deux délateurs a vu Moché procéder ainsi et a su par conséquent qu’il avait tué l’Égyptien avec le Nom ineffable de D.ieu ». (רמב »ן על התורה)
Le ‘Hatam Sofer écrit quant à lui : « D’après mon humble avis, Moché rabbénou n’a pas mentionné le Nom ineffable de D.ieu en touchant cet Égyptien impur, mais il se tenait plutôt de loin et a crié vers lui le Nom de D.ieu. L’Égyptien tomba subitement devant lui. Moché pensa que personne ne l’avait vu ni entendu, cependant Datan et Aviram assistèrent à toute la scène. Le lendemain, tandis qu’ils se disputaient l’un l’autre, ils se maudissaient l’un l’autre avec le même Nom divin qu’ils entendirent auparavant de Moché. Et lorsque l’un d’entre eux dit à Moché : « Est-ce pour me tuer que tu dis cela, comme tu as tué l’Égyptien ? », Moché comprit immédiatement qu’il l’entendit de lui et apprit à L’utiliser. Il se trouve à ce moment-là que Moché avait fauté, puisque l’on ne transmet ce Nom uniquement à des personnes pudiques et humbles, qui ont au moins vécu la moitié de leur vie et ne se mettent jamais en colère. Ainsi Moché eut peur à cause de sa faute comme il est dit : « Moché eut peur et dit : Ainsi la chose est connue ! » (שמות ב, יד) – car ils avaient entendu de lui le Nom ineffable de D.ieu ». (חתם סופר שמות דף ח)
Note : Pourquoi le verset précédent mentionne-t-il : « Il vit qu’il n’y avait aucun homme » ? (שמות ב, יב) Cela vient nous enseigner que Moché a réuni un sanhédrin composé d’anges de service et leur a demandé : « Dois-je tuer cet homme ? » Ils lui répondirent : « Tue-le ». (מוהר »ג הרב בניהו ראש ישיבת המקובלים נהר שלום תכב »ץ)
Avec quel Nom ineffable de D.ieu Moché a-t-il tué l’Égyptien ?
À ce sujet, le « יערות דבש » s’appuie sur les explications des écrits du Ari Zal pour dire que Moché rabbénou a tué l’Égyptien avec l’aide du Nom Hakadoch כה« ת dont les lettres sont les mêmes que celles du terme תכ« ה = « frapper« . Il est le huitième Nom des 72 Noms Divins. (שער מאמרי רז »ל שבת ב. – שער רוח הקודש לח:) Ce Nom se trouve dans le dernier verset du dernier Téhilim : « כל הנשמה תהלל יה » « Que toute âme loue l’Éternel ». (תהילים קנ, ו)
Ainsi, lorsque Moché parla à Datan et Aviram en disant : « למה תכה רעך » « Pourquoi frappes-tu ton prochain ? », (שמות ב, יג) il mentionna le Nom Hakadoch תכ« ה qui veut dire « frapper » et qui l’aida à tuer l’Égyptien. Le racha lui répondit : « Est-ce pour me tuer que tu dis cela, de la même façon que tu as tué l’Égyptien ? » (שם) Cela signifiait : « Souhaites-tu également me tuer avec le Nom תכ« הcomme tu as tué l’Égyptien ? »
Nous retrouvons également ce sujet dans le livre hakadoch « מגלה עמוקות » : il est expliqué dans le livre des cavanot que Moché a tué l’Égyptien avec le huitième des 72 Noms d’Hakadoch Baroukh Hou. Il l’a mentionné explicitement dans notre verset : « ויאמר לרשע למה תכה רע » à travers le mot תכ« ה que nous retrouvons en allusion dans le verset : « כל הנשמה תהלל יה ». (פרשת ואתחנן קצה)
La source de cet enseignement se trouve dans le livre « פרי עץ חיים » de Rabbi ‘Haïm Vital זצ »ל au nom de son maître hakadoch le Ari Zal sur le verset : »כי לא עזבת דורשיך ה‘ » « car tu n’abandonnes pas ô Éternel ceux qui Te recherchent ». (תהילים ט, יא) Les trois dernières lettres des trois derniers mots forment le Nom Hakadoch תכ« ה qui a permis à Moché de tuer l’Égyptien. Et tout celui qui a la cavana du Nom Hakadoch תכ« ה sera préservé de tout homme mauvais et malintentionné durant toute la journée. (שער קריאת התורה פה)
Note : Nous trouvons également ce Nom divin lors de l’épisode où Moché rabbénou a étendu sa main sur la Mer Rouge afin qu’elle se divise, comme il est écrit : »ויולך ה‘ את הים » = « Et l’Éternel fit refouler la mer ». (שמות יד, כא) Nous retrouvons également ce Nom en allusion dans le premier verset du premier paragraphe du chéma Israël : »ואהבת את ה‘ אלהיך » = « Tu aimeras l’Éternel ton D.ieu ». (דברים יא, א) Nous pouvons ajouter que le Nom Hakadoch כה »ת a une valeur numérique équivalente au nom Machia’h ben David = .משיח בן דוד
Le Ben Ich ‘Haï traite également de ce sujet dans son livre le « אדרת אליהו ». Selon ses écrits, Moché était le guilgoul d’Abel, tandis que l’Égyptien qu’il a tué était le guilgoul de Caïn. C’est pourquoi, avant de tuer l’Égyptien, il est écrit : « Il se tourna çà et là et vit qu’il n’y avait pas d’hommes. Il frappa l’Égyptien ». (שמות ב, יב) Au départ, Moché n’était pas sûr d’être la réincarnation d’Abel et par conséquent, tuer l’Égyptien en tant que réincarnation de Caïn ne constituait pas encore un devoir. S’il était effectivement la réincarnation d’Abel, il devait inverser la situation de sa vie antérieure et en accomplir le tikoun. Mais peut-être n’était-ce pas à lui d’accomplir cette réparation ? C’est la raison pour laquelle « il se tourna çà et là et vit »… Il réalisa qu’il était réellement le guilgoul d’Abel. Il approfondit sa recherche et vit « qu’il n’y avait pas d’hommes », c’est-à-dire d’autres guilgoulim après lui qui pourraient accomplir la réparation. Lui seul, à ce moment précis pouvait le faire. C’est ainsi qu’« Il frappa l’Égyptien ». (אדרת אליהו) Note : La source de cet enseignement se trouve dans les écrits du Ari Zal qui rapporte que cet Égyptien contenait en lui la partie négative de Caïn. (שער הפסוקים שמות ב) Cet acte avait pour intention de trier entre le bien minoritaire et le mal majoritaire de Caïn enfouis dans cet Égyptien. La petite partie de bien devait être élevée dans la kédoucha et se détacher de l’emprise de la klipa majoritaire. (שער מאמרי רז »ל שבת ב. – שער רוח הקודש לח:)
À ce propos, le « יערות דבש » rapporte au nom des Mékoubalim des paroles extraordinaires : « Mordekhaï hayéhoudi était le guilgoul de Moché rabbénou. Il contenait en lui des étincelles de l’âme de Moché. Haman le racha était la réincarnation de l’homme Égyptien qui a été tué par Moché rabbénou, et qui a été enseveli par le sable. C’est la raison pour laquelle Haman souhaitait appliquer sa vengeance aveuglément contre Mordekhaï. Esther, était, quant à elle, le guilgoul et l’étincelle d’âme de Batia, la fille de Pharaon qui avait recueilli Moché rabbénou. Ainsi Mordekhaï la prit pour fille adoptive ».
D’après ces paroles, le Rav Hakadoch de Kamarna זיע »א explique que lorsqu’Esther vit à quel point Mordekhaï eut peur du décret d’Haman le racha, anéantir la totalité du peuple juif, si bien que : « Mordekhaï, ayant eu connaissance de tout ce qui s’était passé, déchira ses vêtements, se couvrit d’un cilice et de cendres et parcourut la ville en poussant des cris véhéments et amers », (אסתר ד, א) elle en fut stupéfaite. Pourquoi Mordekhaï n’utilise-t-il donc pas le Nom Hakadoch תכ« ה comme l’avait utilisé Moché rabbénou lorsqu’il tua l’Égyptien ? Se demanda-t-elle. Alors elle réagit : « Elle envoya des vêtements à Mordekhaï pour remplacer son cilice, mais il ne les accepta point. Alors Esther appela Hatakh… » (אסתר ד, ד-ה) Le nom Hatakh = התך est composé des mêmes lettres que le Nom .תכ« הEsther voulait faire une allusion à Mordekhaï : au vu de la situation, il devait utiliser le Nom Hakadoch תכ« ה . Tout comme il avait soumis l’Égyptien avec ce même Nom Hakadoch, il devait soumettre et tuer Haman le racha et ainsi annuler cet horrible décret.
D’après tout ceci, nous apprenons que Moché rabbénou tua l’Égyptien avec le Nom Hakadoch כה« ת qui se trouve dans le dernier verset des psaumes : « כל הנשמה תהלל יה » « Que toute âme loue l’Éternel ». (תהילים קנ, ו) En effet, comme nous l’a enseigné le Ari Zal : « Tout celui qui aura la cavana de ce Nom sera préservé de toute personne mal intentionnée durant toute la journée ». (שער קריאת התורה פה) Aussi, il est très important de penser à s’acquitter de cette cavana pendant la téfila à la fin de la 18ème bénédiction de la amida, lors du passage : « ולך נאה להודות« , les dernières lettres formant le Nom כה« ת. À travers cela, nous accomplirons le verset : »היום הזה אחל תת פחדך ויראתך על פני העמים תחת כל השמים » « Ce jour ci, Je commencerai par répandre Ta frayeur et Ta crainte sur la face des peuples sous tous les cieux… » (דברים ב, כה)