Mariés pour l ‘éternité

« וַיֹּאמֶר אֶל הָעָם הֱיוּ נְכֹנִים« 

« Il dit au peuple : soyez prêts… » שמות יט, טו))

Les Sages nous enseignent que lorsque le peuple juif se tint au pied du Mont Sinaï, au moment du don de la Torah, Moché Rabbénou l’accompagna sous le dais nuptial. En effet, Hakadoch Baroukh Hou sanctifia l’assemblée d’Israël par l’intermédiaire d’une ‘houpa et de kidouchin (פרקי דרבי אליעזר מא)

La bague fut représentée par les deux Tables de la loi tandis que la ‘houpa fut incarnée par le Mont Sinaï déraciné et placé au-dessus de la tête du peuple juif comme une cloche. (שבת פח.) Ainsi, les Sages comparent Hakadoch Baroukh Hou à un ‘hatan – un jeune marié – et l’assemblée d’Israël à sa kala.

Note : « Au moment de leur donner la Torah, Hakadoch Baroukh Hou demanda au peuple d’Israël de leur présenter des garants qui veilleront à leur respect de la Torah. Ils répondirent que les parents seront les garants des enfants. Hakadoch Baroukh Hou leur dit : mais les parents sont déjà astreints à Mes devoirs ! Cela ressemble à un créancier qui exige du débiteur de lui présenter un garant. Ce dernier lui présente un garant qui a déjà une dette envers lui. Le créancier lui dit : mais ton garant a déjà une dette envers moi, présente-moi quelqu’un qui ne me doit rien ! Ainsi Hakadoch Baroukh Hou dit à Israël : amenez-Moi des garants qui n’ont aucune dette à Mon égard. Aussi le peuple répondit : mais qui donc n’a pas de dette à Ton égard ? Hachem de répondre : les enfants ! Immédiatement, ils présentèrent des nouveau-nés non encore sevrés. Hakadoch Baroukh Hou leur dit : vous êtes les garants de vos parents. S’ils n’accomplissent pas la Torah, ce sera à vous de les ressaisir. Ils répondirent : « oui ! ». Alors l’Eternel leur dit : « Je suis l’Eternel ton D.ieu » les enfants répondirent : « oui ! ». Hachem leur dit : « tu n’auras pas d’autres dieux » ils répondirent : « oui !» (מדרש תהילים מזמור ח)

Les commentateurs s’interrogent : puisque Hakadoch Baroukh Hou est comparé à un ‘hatan et l’assemblée d’Israël à sa kala, bien qu’il y ait une ‘houpa et une remise de bague, où trouvons-nous dans l’Ecriture la mention « Voici que je te sanctifie pour moi » que tout ‘hatan prononce pour entériner le mariage ?

Le « מגלה עמוקות » explique à ce propos : lorsqu’un homme dit à une femme : »הרי את מקודשת לי » « Voici que je te sanctifie pour moi« , l’homme sanctifie ainsi la femme qui lui devient permise, et de manière automatique, interdite à tous les autres hommes. (קידושין ח: – ש »ע אה »ע סימן כז, א)

Ainsi, si le jeune époux ne prononce pas le mot pour moi = לי, la kala n’est pas sanctifiée. Lorsque les enfants d’Israël campèrent devant le Mont Sinaï, l’Eternel leur dit :

« וִהְיִיתֶם לִי סְגֻלָּה מִכָּל הָעַמִּים »

« Vous êtes pour Moi unique parmi toutes les nations. » שמות יט, ה))

En prononçant le mot pour moi = לי, Hachem sanctifia le peuple d’Israël pour qu’il devienne unique parmi tous les peuples de la terre.

Nous avons reçu par tradition de nos Sages qu’à chaque fois qu’il est mentionné dans l’Ecriture le mot pour moi = לי, il s’agit d’un lien éternel, aussi bien dans ce monde-ci que dans le monde futur. » (ויקרא רבה ב, ב)

Hakadoch Baroukh Hou sanctifia le peuple d’Israël en prononçant le mot pour moi = לי afin de faire perdurer le mariage pour toujours. Et c’est le sens des paroles du roi David :

 » שִׁיר הַמַּעֲלוֹת אֶל ה’ בַּצָּרָתָה לִּי קָרָאתִי וַיַּעֲנֵנִי »

« Cantique des degrés. Vers l’Eternel j’ai crié dans ma détresse et Il m’a répondu. » (תהילים קכ, א) Il faut comprendre le verset ainsi : dans les moments de détresse, je rappelle à l’Eternel qu’il nous a sanctifiés par le mariage avec le mot pour moi = לי – et ainsi Hakadoch Baroukh Hou me répond.

Le « מגלה עמוקות » ajoute que le mot pour moi = לי fait allusion à l’union entre Hakadoch Baroukh Hou et l’assemblée d’Israël. En effet, la lettre lamed = ל est la lettre qui a la plus grande taille parmi les 22 lettres de l’alphabet hébraïque.

« כִּי גָדוֹל יְהוָה וּמְהֻלָּל מְאֹד »

« Car grand est l’Eternel et infiniment digne de louanges. » (תהילים צו, ד)

La lettre lamed = ל fait allusion au Nom de l’Eternel dans sa conception. En effet, elle est constituée de deux lettres : la lettre kaf = כ à sa base et la lettre vav = ו au-dessus, qui aditionnées, ont une guématria de 26 qui équivaut à la valeur numérique du Nom de l’Eternel = י-ה-ו-ה.

Inversement, la lettre youd = י est la plus petite des 22 lettres de l’alphabet hébraïque, elle fait allusion au peuple d’Israël comme il est dit :

« כִּי אַתֶּם הַמְעַט מִכָּל הָעַמִּים »

« Car vous êtes les moins nombreux parmi les peuples » (דברים ז, ז).

Il se trouve donc que lorsque nous unissons la lettre lamed = ל qui fait allusion au Maître du monde avec la lettre youd = י qui fait allusion au peuple d’Israël, nous obtenons le mot לי = pour moi qui fait allusion à l’union entre Hakadoch Baroukh Hou et l’assemblée d’Israël pour l’éternité.

Y a-t-il eu, avant le don de la Torah, cette union sacrée entre Hakadoch Baroukh Hou et le peuple d’Israel tel un ‘hatan et une kala ?

L’Ecriture fait une allusion à ce type d’union entre Hakadoch Baroukh Hou et le peuple d’Israel déjà durant la vie de Yaacov Avinou, comme nous l’ont enseigné les Sages dans le Midrach au sujet du rêve de Yaacov. Ce rêve évoque le Mont Sinaï, à l’endroit où plus tard, Hakadoch Baroukh Hou se révèlera et donnera la Torah à Israël.

« Il fit un rêve, et voici une échelle. » Les Sages soulignent que le mot échelle = סלם a la même valeur numérique que le mot Sinaï = סיני, soit 130. « Posée à terre » symbolise ce qui est écrit au sujet de la révélation sinaïque, lorsque les enfants d’Israël se tinrent au Mont Sinaï, comme il est écrit : « Ils se tinrent debout sous la montagne ». (שמות יט, יז) « Et son sommet (de l’échelle) atteignait les cieux. » symbolise le verset : « Et la montagne brûlait dans le feu jusqu’au cœur du ciel ». (דברים ד, יא)

Quant à la suite du verset : « Et voici des anges de D.ieu montaient et descendaient dessus » elle fait allusion à Moché, ainsi qu’il est écrit : « Moché descendit ». (שמות יט, כה) Le verset suivant : « Et voici que l’Eternel se tenait au-dessus de lui » se rapporte au verset : « L’Eternel descendit sur le Mont Sinaï, sur le sommet de la montagne ».  (מדרש רבה סח, יב)

Ainsi, une fois que Yaacov se réveilla après avoir rêvé, il pria pour le peuple d’Israël et demanda :

 » אִם יִהְיֶה אֱלֹהִים עִמָּדִי וּשְׁמָרַנִי… וְנָתַן לִי לֶחֶם  »

« Si D.ieu est avec moi, s’Il me garde dans la voie où je marche, s’Il me donne du pain à manger et des vêtements pour me vêtir. » (בראשית כח, כ)

En effet, le mari a à le devoir de procurer de la nourriture, des habits et des rapports conjugaux à son épouse, comme il est écrit : « Il ne diminuera pas sa nourriture, son habillement ni son droit conjugal ». (שמות כא, י)

Puisque Hakadoch Baroukh Hou sanctifia Israël avec le mot pour moi = לי, Il est tenu de leur donner du pain pour les nourrir, des habits pour les vêtir et c’est le sens des paroles de Yaacov:

 » וְנָתַן לִי לֶחֶם  »

« S’Il me donne du pain à manger » (שם)

Aussi, de la même façon que le Créateur « a des obligations », si l’on peut s’exprimer ainsi, vis-à-vis de son épouse, l’assemblée d’Israël, le peuple juif a lui aussi des devoirs envers son ‘hatan : Hakadoch Baroukh Hou. En effet, nous pouvons remarquer que dans la majorité des mitsvot de la Torah ordonnées par l’Eternel, l’Ecriture mentionne :

« … וַיְדַבֵּר ה’ אֶל מֹשֶׁה לֵּאמֹר… דַּבֵּר אֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם  »

« L’Eternel parla à Moché en disant : parle aux enfants d’Israël et tu leur diras… » (ויקרא יח, א)

 L’Ecriture aurait pu mentionner uniquement « parle aux enfants d’Israël ». Pourquoi est-il aussi écrit : « et tu leur diras » ?

 « וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם » = « tu leur diras », cette expression contient en allusion dans chacune de ses lettres :

Voici = הרי

Tu = את

Es sanctifiée = מקודשת

Pour moi = לי

Ceci afin d’enseigner à Israël que les obligations sont mutuelles, comme dans un mariage à proprement parler. En effet, Hakadoch Baroukh Hou doit leur procurer du pain et des habits tel un ‘hatan. Israël, comparée à la kala, devra à son tour accomplir ses obligations envers son ‘hatan que sont les mitsvot de la Torah. (מגלה עמוקות)