METSORA

La paracha Metzora révèle la puissance immense de la parole humaine. Dotée des 22 lettres de la Torah, capables de maintenir la création, la parole peut élever ou détruire. Lorsque l’homme utilise sa langue pour la médisance ou le mensonge, il altère les fondements mêmes du monde. La lèpre devient alors un signal divin, une invitation à réparer l’usage de la parole et à retrouver sa dimension sacrée.

Auteur : Beth Chelomo

Date : 16 avril 2026

Sommaire :

  • Les lois de purification du Metsora
  • Les fautes à l’origine de la lèpre
  • La gravité de la médisance (lachon hara)
  • La singularité de la parole humaine
  • Les 22 lettres de la Torah et la création
  • Le rôle de la parole dans le maintien du monde
  • Les 32 dents et les 32 voies de la sagesse
  • L’impact spirituel des paroles négatives
  • L’isolement du Metsora comme réparation
  • L’importance du silence et de la parole maîtrisée

« זאת תהיה תורת המצורע…וצוה הכהן ולקח למטהר שתי צפרים חיות טהרות ועץ ארז ושני תולעת ואזב »

« Ce sera la Torah du metsora… le Cohen ordonnera et on prendra pour celui qui se purifie deux oiseaux vivants purs, du bois de cèdre, de la laine écarlate et de l’hysope. » (ויקרא יד, ד)

Nos sages de mémoire bénie nous ont enseigné dans le Talmud au nom de Rabbi Yo’hanan que la lèpre frappe suite aux sept fautes suivantes : la médisance, le meurtre, le serment en vain, la débauche, l’orgueil, le vol et la mesquinerie. (ערכין טו.)

A propos de la médisance il est écrit dans les Psaumes : « Que puis-Je te donner, et que puis-Je te rajouter, langue perfide. » (תהילים קכ, ג) Hakadoch Baroukh Hou dit à la langue : tous les membres du corps de l’homme sont à l’extérieur tandis que toi tu es à l’intérieur, de plus Je t’ai entourée de deux murailles : une dure comme les os et l’autre de chair. « Que puis-Je te donner, et que puis-Je te rajouter langue perfide. » ? (ערכין טו:)

Pourquoi Hakadoch Baroukh Hou a-t-il précisément entouré la langue de 32 dents ?

Pour commencer notre explication, rapportons le témoignage de l’Ecriture à propos de la création de l’homme :                                                                                                          « וייצר יהוה אלהים את האדם עפר מן האדמה ויפח באפיו נשמת חיים ויהי האדם לנפש חיה »                       « L’Eternel D.ieu façonna l’Homme poussière de la Terre, Il insuffla dans ses narines un souffle de vie et l’Homme devint une âme vivante. » (בראשית ב, ז)                                                     Rachi explique que les animaux et les bêtes sauvages sont également appelés « âmes vivantes ».Toutefois, celle de l’homme est la plus élevée car la connaissance et la parole la complètent. (רש« י שם)

Nous apprenons ici que la force de la parole possédée par l’homme prend racine dans l’âme vivante qui a été insufflée par Hachem à l’intérieur d’Adam.

Cependant, ceci mérite une explication : quelle est donc la particularité de la force de la parole insufflée par Hakadoch Baroukh Hou en l’homme ? En effet, nous savons que toutes les espèces vivantes, comme par exemple les animaux, ont chacune leur propre langage, qui leur a été attribué par le Maître de l’univers qui et bien qu’ils ne formulent pas de mots ni de syllabes, contrairement aux hommes, ils arrivent malgré tout à communiquer entre eux. Alors, quelle est la particularité de la force de la parole attribuée à l’homme par l’Eternel que ne possède pas celle de tous les autres êtres vivants ?

Cette particularité trouve sa source dans le fait que D.ieu a donné à l’homme la possibilité de prononcer concrètement et réellement les mêmes lettres et les mêmes mots qu’Il a lui-même utilisés pour créer le monde. Il s’agit des 22 lettres de la Torah avec lesquelles Hakadoch Baroukh Hou a formulé les 10 paroles créatrices.

A présent développons davantage notre sujet d’après l’enseignement merveilleux de Rabbi Elimelekh de Lizensk זיע »א au nom de son maître le Maguid deMezritch זיע »א. Voici son langage : « Lorsque la volonté divine a souhaité créer le monde pour apporter du bien à ses créatures, Hakadoch Baroukh Hou a rétracté son émanation. J’ai entendu de la bouche de mon maître que l’émanation divine une fois rétractée s’est insérée dans les lettres de la Torah utilisées par D.ieu pour créer le monde et il m’a dit que c’est l’explication des paroles de nos sages « כביכול ברוך הוא » (עירובין כב. – יומא ג: – מגילה כא. – חגיגה יג:) note : ce qui signifie que c’est par les כב = 22 lettres de la Torah que Hakadoch Baroukh Hou יכול = peut résider dans ce monde. Lorsqu’un juste s’affaire à l’étude de la Torah au Nom du Ciel, dans la sainteté, il attire à l’intérieur des lettres de la Torah la Présence du créateur tout comme elle y résidait au moment de la création, procurant ainsi à l’homme une élévation. » (נועם אלימלך פרשת וירא) note

Il faut donc expliquer que les 22 lettres de la Torah servent de support et de réceptacle à l’émanation rétractée du Maître de l’univers et c’est le sens du terme כביכול qu’il faut comprendre comme ceci : c’est à travers les  כב = 22 lettres de la Torah que Hakadoch Baroukh Hou יכול = peut déverser son abondance sur le peuple d’Israël lorsqu’il les prononce et résider dans ce monde.

note : après avoir cherché, je n’ai trouvé aucune expression similaire dans le Talmud si ce n’est le terme « כביכול » qui signifie: « si l’on peut dire ainsi ».  Rachi explique que c’est une dénégation qui veut dire que la description présentée au sens littéral ne peut pas être comprise comme telle. (רש« י יומא ג) Cette expression est souvent employée au sujet des descriptions physiques attribuées à D.ieu. Rabbi ‘Haïm Vital nous a déjà averti dans ses écrits sur ses introductions : « Tu dois savoir et comprendre qu’il ne se trouve aucun corps dans les mondes supérieurs, aucune corporéité, que D.ieu nous en préserve. Toutes les images mentionnées dans le Zohar Hakadoch et dans les autres livres de kabbala l’ont été uniquement afin de rendre cette sagesse intelligible à l’esprit humain. Sans ce type d’allégories, l’homme ne pourrait pas accéder à des notions aussi élevées dans la compréhension du divin. Aussi, est-il permis de s’exprimer en utilisant des métaphores que nous trouvons également dans les versets de l’Ecriture comme il est écrit : « les yeux de l’Eternel sont tournés vers les justes. » Ou encore D.ieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu. » (בראשית א, כו) Si la Torah elle-même s’exprime de cette façon nous pouvons également utiliser ce type de langage. Nous pouvons également utiliser la forme des lettres qui contiennent des lumières spirituelles. Néanmoins, il est évident qu’il n’existe aucune lettre à proprement parler dans les mondes supérieurs, c’est encore une fois une méthode allégorique utilisée pour rendre cette sagesse compréhensible à l’homme. (מהרח« ו שער הקדמות הקדמה) Ainsi, il faut expliquer que le נועם אלימלך utilise bel et bien le terme employé par le Talmud et l’attribue directement à Hakadoch Baroukh Hou.

note : En effet, le Maguid de Mezritch זיע »א s’appuie sur les enseignements du Ari Zal qui explique que lorsque le Maître du monde, béni soit son Nom, a voulu créer ce monde matériel, Il a vu dans sa grande sagesse que les créatures n’auraient pas la capacité de recevoir l’émanation de sa grande lumière qui n’a pas de fin et pas de limite. Ainsi le Créateur rétracta l’intensité de sa lumière immense à plusieurs reprises afin que ses créatures, qui sont des êtres émanés, puissent recevoir sa lumière en fonction du potentiel de chacun. (עץ חיים שער א ענף ב)

Pour quelle raison Hakadoch Baroukh Hou a-t-il donné à l’homme, la capacité de parler en utilisant les 22 lettres sacrées de la Torah ?

Il faut tout simplement répondre par ce qui est rapporté dans nos livres saints : de la même façon que le Maître de l’univers a créé le monde par l’intermédiaire des 22 lettres de la Torah, le monde se renouvelle et se maintient chaque jour comme au moment de la création par les 22 lettres de la Torah prononcées par les juifs. Cependant il existe une différence entre le moment de la création du monde et le renouveau qui permet au monde de se maintenir chaque jour. En effet, au moment de la création D.ieu a créé lui-même le monde avec les lettres de la Torah qui ont composé les 10 paroles créatrices. Cependant, après avoir créé le monde, Il a transmis au peuple juif la force de maintenir les œuvres de la création par l’intermédiaire de l’étude de la Torah et des prières constituées à partir des 22 lettres de la Torah et c’est le sens des paroles de nos Sages de mémoire bénie à propos du verset : « Il fut soir, il fut matin, le sixième jour. » (בראשית א, לא) Pourquoi l’Ecriture a-t-elle mentionné le sixième jour ? Cela vient nous enseigner que Hakadoch Baroukh Hou émit une condition à la création du monde en disant : Si Israël accepte Ma Torah tant mieux, sinon Je ramènerai l’état de la création au Tohu Bohu. » (שבת פח. – עבודה זרה ג:)

 

En effet, si le peuple juif n’avait pas accepté la Torah, il n’aurait pas pu utiliser les 22 lettres de la Torah pour renouveler le monde et les oeuvres de la création par ses paroles. Le monde n’aurait pas pu se maintenir chaque jour.

Ces enseignements nous permettent de comprendre ce qui est rapporté dans nos livres saints, à savoir que Hakadoch Baroukh Hou a créé l’homme avec 32 dents, 16 en haut et 16 en bas, ce qui correspond aux 32 chemins de la sagesse avec lesquels le monde a été créé. Comme l’a écrit le Mékoubal Rabbi Moché Kordovéro זיע »א : « Les Sages ont enseigné que ces 32 chemins allant du cerveau jusqu’au corps sont une allusion aux 32 chemins qui mènent à la sagesse comme nous l’avons déjà expliqué. Ainsi ils déversent leur abondance à partir de 32 endroits de la tête vers les 32 dents que l’homme a dans la bouche… A travers ceci tu peux comprendre la raison pour laquelle les enfants d’Israël ne prononcent pas de paroles de mensonges et c’est également la raison pour laquelle la punition du menteur est très grande car il transforme les sources des eaux de la vie en mensonges. » (פרדס רמונים שער לא פרק ח)

En effet, Rabbi Moché Kordovéro s’appuie sur l’enseignement qui se trouve dans le Sefer Hayétsira : « C’est à travers les 32 voies extraordinaires de la sagesse qu’est inscrit le Nom de l’Eternel, D.ieu des armées, D.ieu d’Israël, D.ieu de la vie, Roi de l’univers, El Chakaï, Ra’houm Vé’hanoun qui se trouve dans ce qu’il y a de plus élevé et qui a créé Son monde. » (ספר יצירה פרק א משנה א)

Le « שערי אורה » explique que dans la création se trouve écrit à 32 reprises le Nom de D.ieu = אלהים correspondant aux 32 prodiges de la sagesse. Le premier se trouve dans le premier verset de la Torah :                                                                                                                                              » « בראשית ברא אלהים את השמים ואת הארץ                                                                                   « Au commencement D.ieu créa le ciel et la terre. » (  (בראשית א, אjusqu’au verset :

« וירא אלהים את כל אשר עשה והנה טוב מאד  »

« D.ieu vit tout ce qu’Il avait fait : et voici que c’était très bien. » (בראשית א, לא)                           

Le « שערי אורה » écrit : « A présent mon fils assagis tes yeux et regarde comment chacun des 32 chemins de la sagesse est inscrit et signé par le Nom divin אלהים. Ceci t‘apprend que tout ce qui a été créé dans l’œuvre de la création se base sur le secret de chacune des voix de la sagesse et tout ceci est d’une extrême précision, de justice et de vérité… Le roi Salomon l’a déjà écrit en déclarant que toute l’œuvre de la création se base sur le Nom divin de D.ieu par lequel se maintient le monde. En effet, tout a été créé dans la droiture, la justice et il n’existe aucune créature au monde qui nécessite de lui ajouter ou de lui retrancher quelque chose afin de la parfaire. (שערי אורה שער השישי)

note : d’après ces enseignements nous pouvons comprendre pourquoi la Torah commence par la lettre ב du mot Béréchit = בראשית et se termine par la lettre ל du mot Israël = ישראל Cela fait allusion aux 32 = לב voies de la sagesse avec lesquelles le monde a été créé.

À présent nous pouvons comprendre l’ampleur du dommage causé par l’homme lorsque celui-ci prononce des paroles interdites. En effet, il utilise les 22 lettres de la Torah par lesquelles le monde a été créé pour exprimer ce qui est interdit par la Torah. Ainsi il endommage les lettres qui sortent de sa bouche et il ne peut donc plus les utiliser pour maintenir et renouveler la création. C’est pour cette raison que le Maître de l’univers frappe l’homme de la lèpre et a ordonné de l’exclure des trois camps d’Israël pour lui apprendre que par la profanation de sa bouche il n’a plus sa part dans l’héritage du maintien de la création du monde. Il devra donc être isolé à l’extérieur du camp.

Hakadoch Baroukh Hou dans son extrême sagesse a entouré la langue d’une première muraille aussi dure que les os, composée des 32 dents qui reçoivent la lumière des 32 voies de la sagesse qui descendent du cerveau. De là, l’Eternel notre D.ieu nous apprend l’importance exceptionnelle de la sainteté du langage.  Ainsi, chaque fois que nous souhaitons utiliser notre langue pour parler, une muraille de 32 dents, correspondant au 32 voies de la sagesse, se présente devant nous afin de nous rappeler notre obligation de renouveler la création à partir des 22 lettres de la Torah contenues dans les 10 paroles créatrices qu’a formulées le Créateur.

À ce propos le Chla hakadoch זצ »ל a écrit : la parole doit être exclusivement utilisée pour développer la sagesse de la Torah qui contient le secret de toutes les sagesses, le secret de la pensée. La parole passe par les 32 dents qui sont fixées à l’intérieur de la bouche et qui correspondent aux 32 voies de la sagesse… lorsque la parole provient de son origine, par l’intellect celle-ci est justifiée. En revanche, lorsqu’il s’exprime par l’intermédiaire du corps, il lui serait préférable de garder le silence comme il est enseigné dans la Michna : « Toute ma vie j’ai grandi parmi les sages, et je n’ai pas trouvé plus salutaire que le silence pour le corps. » (אבות א, יז)

En effet, il est également rapporté dansle Talmud : « Le meilleur remède à toutes choses est le silence… Si un mot vaut un sela, le silence en vaut deux… » (מגילה יח.) Il est indiqué également : le silence convient bien aux sages, à plus forte raison aux insensés ! (פסחים צט.) Ou encore : « Le monde se maintient grâce à celui qui se tait au moment d’une querelle. (חולין פט.) De même qu’il existe une mitsva de réprimander et de dire ce qui peut être entendu, de même c’est une mitsva de ne pas dire ce qui ne peut être entendu et dans ce cas il vaut mieux garder le silence. (יבמות סד:)