BAMIDBAR

À partir du verset du maasser behema, le dixième animal consacré à Hachem, ce commentaire dévoile une lecture profonde liée aux Dix Martyrs et à la vente de Yossef. Rabbi Akiva, présenté comme le “dixième” consacré à Hachem, incarne le sacrifice suprême, celui qui répare la participation de la Chékhina au décret des frères. Le texte met en lumière la justice divine, la grandeur des Sages et la manière dont la Torah maintient le monde

Auteur : Hannah Zweb

Date : 14 mai 2026

Sommaire :

  • La paracha commence par le recensement des enfants d’Israël selon leurs familles.
  • Le Midrach explique que les nations furent jalouses de la proximité d’Israël avec Hachem.
  • Le commentaire interroge : pourquoi Israël a-t-il été “forcé” à recevoir la Torah au Sinaï ?
  • La réponse repose sur la nature particulière de l’âme d’Israël, appelée “néchama”.
  • Cette âme provient du souffle divin, comme il est écrit : “Il insuffla dans ses narines une âme de vie.”
  • La Torah aussi provient de la “bouche” d’Hachem : Torah, Israël et Hachem sont donc liés.
  • Étudier la Torah à voix haute permet de réveiller ce lien spirituel.
  • Chaque parole de Torah prononcée ici-bas suscite un éveil dans les mondes supérieurs.
  • Sans la Torah, Israël se couperait de sa source de vie.
  • Le recensement révèle donc la dignité spirituelle unique de chaque âme d’Israël.

BAMIDBAR

Une âme de vie

« שאו את ראש כל עדת בני ישראל למשפחותם לבית אבותם »

« Recensez toute l’assemblée des enfants d’Israël selon leurs familles, selon leurs maisons paternelles. » (במדבר א, ב)

Les Sages ont rapporté dans le Midrach : « Lorsqu’Israël reçut la Torah, les peuples du monde furent jaloux : « Qu’ont-ils de plus que les autres peuples pour se rapprocher ainsi de l’Eternel ? » Hakadoch Baroukh Hou leur ferma la bouche et leur dit : « Apportez-moi un livre dans lequel figure votre héritage généalogique, comme il est écrit : « Célébrez l’Eternel, familles des nations. » (תהילים צו, ז) comme Mes enfants Me l’ont apporté ! » (ילקוט שמעוני פ’ במדבר)

Il est rapporté dans le Talmud que Hakadoch Baroukh Hou proposa la Torah à toutes les nations et qu’elles refusèrent les unes après les autres, jusqu’à ce qu’Il la proposât à Israël qui l’accepta. (עבודה זרה ב:)

Quel est donc le sens de la plainte des nations envers Israël alors qu’ils refusèrent sciemment la Torah ?

Tentons de répondre à cette question d’après un autre passage du Talmud qui analyse le verset suivant : « Ils se tinrent – Israël – en dessous de la montagne » ?      (שמות יט, יז) Hakadoch Baroukh Hou renversa la montagne sur leur tête comme une cloche et déclara : « Si vous acceptez la Torah tant mieux ! Sinon, ici sera votre tombeau ! » (שבת פח.)

Nous comprenons à présent le sens de la question des peuples du monde : « Qu’ont-ils de plus que les autres peuples pour se rapprocher ainsi de l’Eternel ? » C’est-à-dire, pour quelle raison Hakadoch Baroukh Hou a-t-Il aidé Israël à recevoir la Torah en les forçant à cela, tandis que nous autres nations du monde, nous n’avons pas été forcées par le Maître de l’univers ?                       Le Talmud ajoute que les nations du monde se présenteront à l’avenir devant le Créateur et argumenteront : « Tu ne nous as pas imposé la Torah en nous renversant la montagne comme une cloche ! » (עבודה זרה ב:)

Nous devons également comprendre la suite du Midrach. Quel est le sens de : « Hakadoch Baroukh Hou leur a fermé la bouche » ? Et comment expliquer la réponse du Maître de l’univers : « Apportez-moi un livre dans lequel figure votre héritage généalogique. » ? Quel rapport existe-t-il entre le renversement de la montagne et ce livre ?

Pour répondre à ces questions, commençons par introduire les paroles de l’Ecriture : « l’Eternel D.ieu façonna l’homme, poussière du sol, Il insuffla dans ses narines une âme de vie et l’homme devint une âme vivante. » (בראשית ב, ז)

Le Baal Hatania explique au nom de Rabbi ‘Haïm Vital qui reçut de son Maître le Ari Zal : « Chaque juif, qu’il soit juste ou impie, a deux âmes… une première âme = le nefech du côté de la klipa et du sitra a’hra qui se matérialise dans le sang de l’homme et qui fait vivre le corps comme il est écrit :

« כי נפש הבשר בדם הוא »

« car l’âme de la chair est dans le sang » (ויקרא יז, יא) et une seconde âme qui se trouve à l’intérieur du juif et qui représente la partie divine qui est en lui comme il est écrit :

« ויפח באפיו נשמת חיים »

« Il insuffla dans ses narines une âme de vie = néchama » (בראשית ב, ז) Il est expliqué dans le Zohar Hakadoch : Celui qui a insufflé, c’est une partie de Lui-même qu’Il a insufflé. Ainsi, D.ieu donna une « partie de Lui-même » et l’insuffla dans le corps de l’homme pour le créer. Tel est le fondement de l’âme : une étincelle divine qui donne la vie. (ליקוטי אמרים פרק ב)

Note : Un ballon prend forme grâce à l’air qu’on y introduit et cet air n’est que le souffle de la personne.  Le ballon prend donc « vie » en étant un prolongement de la personne qui a introduit son souffle à l’intérieur. La source se trouve dans le Zohar Hakadoch qui explique que chacun des mondes supérieurs a donné une partie de lui-même pour créer Adam le premier homme à la demande du Maître du monde, qui s’est engagé à s’associer à cette création en donnant une partie de Lui-même. (זוהר פנחס רלח:)

Note : Bien entendu, il n’existe aucune notion de corporalité au sujet de Hakadoch Baroukh Hou, cependant il convient parfaitement de dire qu’Il a insufflé avec « Sa bouche » l’âme vivante d’Adam Harichon car l’Ecriture utilise à de nombreuses reprises des termes anthropomorphiques se rapportant au Créateur : « Les yeux de l’Eternel ton D.ieu » (דברים יא, יב), ou encore « Voici la main de l’Eternel » (שמות ט, ג) – consulter l’introduction.

Cependant, il faut savoir que l’âme vivante qu’a insufflée le Créateur à Adam Harichon ne fut attribuée qu’aux enfants d’Israël, qui sont appelés « les enfants de l’Eternel » comme il est écrit : « vous êtes des enfants pour l’Eternel votre D.ieu. » (דברים יד, א) tandis que les autres peuples de la terre ne reçurent pas l’âme provenant de la source de sainteté de « la bouche de D.ieu » comme cela est rapporté dans le Zohar Hakadoch : « Les Sages ont enseigné : Chaque jour une voix celeste proclame : Réveillez-vous Mes enfants de sainteté issus des mondes supérieurs et accomplissez le service pour votre Maître qui vous a distingué du reste des peuples. Il vous a attribué une néchama kédocha qui provient du Trône de Sa gloire. Rabbi Yoda a demandé : s’il en est ainsi, d’où provient l’âme des autres peuples ? Rabbi Éléazar de répondre : il est écrit : « Il insuffla dans ses narines une âme de vie. » Il s’agit de la néchama kédocha qui provient du Trône Céleste du Roi suprême. Parallèlement il est également écrit : « et Adam devint une âme vivante. » Qu’est-ce qu’une âme vivante ? Rabbi Éléazar répond : il s’agit de la force qui fut transmise aux animaux domestiques, aux animaux des champs, aux poissons qui furent créés à partir de la terre comme il est écrit : « que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce. » Ainsi, lorsque le juif faute, il redevient « une âme vivante » comme les âmes de tous les autres peuples. Note il faut préciser que l’Ecriture s’exprime de la même manière pour l’homme comme pour les animaux par les termes « נפש חיה » que nous traduisons par « âme vivante » ou traduit par « êtres vivants » pour les animaux. Cependant le mot nefech = נפש est le niveau le plus bas de l’âme, primaire et instinctif, qui permet à un être vivant de se maintenir en vie.

Il est rapporté dans le Zohar Hakadoch : Et s’il te monte à l’esprit de dire que la Présence divine réside sur les nations car ils ont le pouvoir de la parole et de vivre tout comme les enfants d’Israël, sache qu’il n’en est pas ainsi ! Car leur capacité à vivre ne provient pas de la Présence divine qui ne résident pas au-dessus d’eux car Moché a déjà demander au Maître de l’univers que sa Présence divine ne résident pas sur les nations du monde et Il le lui a accordé comme nos sages nous l’on expliqué. (ברכות ז.) Et si tu te demandes d’où provient la force de vie des nations du monde où la force de vie qui fait vivre les impies qui se sont mélangés avec Israël comme le erev rav ? Sache qu’il est évident que tout le monde n’est pas égaux et qu’il y a de nombreux niveaux différents dans la sainteté. Il en est ainsi également pour le côté du sitra a’hra. Même dans le peuple juif tout le monde n’est pas égaux car la source de chaque âme provient d’un endroit différent, à plus forte raison pour les nations du monde où il y a effectivement de nombreux niveaux différents. (זוהר נשא קכב:)

Les néchamot des hommes ne sont pas égales et ont une origine différente provenant des séphirot des mondes supérieurs. (עיין זוהר חדש קיד. – זוהר אמור קט: – זוהר פנחס רכד: – זוהר כי תצא רפב: ועוד…) – Les néchamot des justes parmi les nations proviennent de la klipa nogua qui est la plus proche de la kédoucha. (עיין זוהר חדש קיב – זוהר פנחס רכא.) – D’autres néchamot d’êtres humains proviennent directement du sitra a’hra : certaines de ces âmes sont sous l’emprise de chédim (des esprits qui ont une forme humaine) d’autres sont sous l’emprise de rou’hin (des esprits qui n’ont pas de forme) et il y en a d’autres encore qui sont sous l’emprise de liline (ce sont des esprits avec une forme humaine accompagné d’ailes) (עיין רש »י סנהדרין קט.) – Ensuite pour terminer il y a des âmes dont la source provient directement d’Amalek. (עיין זוהר בראשית כט.) – Toute c’est âme sont inclus dans nos bénédictions du matin lorsque nous prononçons : « אדון כל הנשמות« . Il est impossible pour moi de traiter de ce sujet sur une simple note, veuillez consulter le Tsror Ha’haïm sur le secret de la procréation qui traite en détail de la source des âmes.

Rabbi Its’hak a enseigné : « La Torah se plaignit de l’homme et elle déclara : Hakadoch Baroukh Hou a créé l’homme et lui a insufflé une âme sainte pour qu’il puisse accéder à la vie dans le monde futur, tandis que l’homme à cause de ses fautes retourne au niveau « d’âme vivante » qui provient de la terre, c’est-à-dire redescend au niveau de l’animal. » (זוהר חדש בראשית יד.)

Pourquoi le Créateur a-t-il insufflé « une âme de vie », la « néchama » provenant du Trône Céleste à Adam Harichon, transmise uniquement à Israël, tandis que les autres peuples ne reçurent qu’une « âme vivante », le « nefech » provenant de la terre ?

Pour comprendre ce passage du Zohar Hakadoch, apportons les paroles du Ari Zal qui nous éclaire encore une fois d’une façon prodigieuse : « Lorsque Hakadoch Baroukh Hou créa Adam Harichon, seules les âmes d’Israël demeuraient en lui et s’il n’avait pas fauté, les peuples de la terre n’auraient jamais existés. En effet, ce n’est qu’après la faute avec l’arbre de la connaissance que se mélangèrent en lui une multitude d’âmes appartenant aux nations du monde et c’est le sens des paroles du Talmud lorsqu’il désigne les âmes d’Israël :                      « אדם אתם » = « Vous êtes Adam » tandis que les nations ne sont pas appelées « Adam ».  (יבמות סא.) Car seules les âmes d’Israël étaient incluses à l’intérieur d’Adam Harichon à l’origine. »     (ליקוטי תורה תהילים לב)

Note : il est écrit : « וייצר ה’ את האדם עפר מן האדמה ויפח באפיו נשמת חיים » qui fait référence à la néchama kédocha qui qui fut insufflée par la bouche du Créateur à Adam Harichon contenant toutes les âmes d’Israël avec lui. Cependant le verset se termine par un langage de souffrance et de malheur au sujet d’Adam : « ויהי האדם לנפש חיה ». Comme les Sages nous l’ont enseigné, à chaque fois que le mot « ויהי » est mentionné, cela fait allusion à de la souffrance. (מגילה י:) Bien que le Maître de l’univers lui ait insufflé « une âme de vie », les âmes des nations pénétrèrent à l’intérieur d’Adam Harichon après avoir consommé de l’arbre de la connaissance du bien et du mal et c’est ainsi qu’il devint « une âme vivante » ne provenant plus du Souffle divin mais de la terre comme tous les êtres vivants. C’est aussi le sens du verset : « Ce n’est pas seulement par le pain que l’homme vit, mais par tout ce qui sort de la bouche de l’Eternel. » (דברים ח, ג) L’homme ne doit pas penser qu’il reste en vie grâce à l’eau et à la nourriture qu’il ingère qui sont une nécessité physique pour le nefech car l’essentiel provient de « l’âme de vie » que lui a insufflée le Créateur par sa bouche et qui le maintien en vie à chaque instant. Il faut également ajouter que même un juif s’il ne remplit pas certaines conditions n’a pas le statut de « Adam » comme le rapporte nos sages de mémoire bénis : « tout homme qui n’a pas de femme n’est pas appelées Adam. » (יבמות סג:) c’est ainsi que le Rama a tranché la loi. Consultez (ש »ע אבן העזר א, א) – il est rapporté dans le Zohar Hakadoch : « celui qui a une femme peut apporter une offrande au Temple car il est appelé à Adam. Par contre il est interdit à un homme célibataire d’apporter un sacrifice puisqu’il ne porte pas le titre « d’Adam » mais plutôt de la moitié d’un corps. » (זוהר ויקרא ה.)

Pour élargir davantage nos connaissances, rapportons les paroles de Rabbi ‘Haïm de Vologine זיע »א dans son célèbre ouvrage le « נפש החיים » : « La raison pour laquelle l’âme est appelée néchama = נשמה est qu’elle provient du mot néchima = נשימה qui signifie la respiration. Ne viens pas croire qu’il s’agisse de la respiration de l’homme, mais si l’on peut s’exprimer ainsi, de l’expiration de la bouche de l’Eternel béni soit Son Nom comme il est écrit : « Il insuffla dans Ses narines une âme de vie. » (נפש החיים שער א פרק טו)

Dans la continuité de ce que nous venons d’apprendre, Rabbi ‘Haïm de Vologine זיע »א explique le Midrach suivant : « Lorsqu’Israël se tenait au Mont Sinaï pour recevoir la Torah, il demanda d’écouter les paroles de la bouche même de Hakadoch Baroukh Hou comme il est écrit : « Qu’Il me prodigue les baisers de Sa bouche. » (שמות רבה מא, ג  – שיר השירים א, ב)

En ce moment solennel, tous méritèrent de recevoir une lumière exceptionnelle, resplendissante, qui était comparable à la néchamanéchima – respiration qui fut insufflée par la bouche de l’Eternel au moment de la création d’Adam. Et c’est le sens des paroles du Zohar Hakadoch : « Trois niveaux se relient les uns aux autres : Hakadoch Baroukh Hou, la Torah et Israël. » (זוהר אחרי עג.) L’explication est la suivante : puisque la source de la Torah provient de la « bouche » de Hakadoch Baroukh Hou d’où émanent les paroles de Torah destinées à Israël, il en est de même pour la source des âmes d’Israël qui proviennent de la bouche de Hakadoch Baroukh Hou comme il est écrit : « Il insuffla dans ses narines une âme de vie. » (בראשית ב, ז)

Ainsi, la Torah et Israël sont reliés à la « bouche » de Hakadoch Baroukh Hou comme nous l’enseigne le roi Salomon : « Un triple fils ne se rompt pas facilement » (קהלת ד, יב)

Cet approfondissement éclaire les paroles des Sages concernant l’étude de la Torah comme il est écrit dans le Talmud : « Chemouel dit à Rav Yéhouda : ouvre ta bouche et lis l’Ecriture, ouvre ta bouche et étudie la Michna afin que ces enseignements prolongent tes jours. »   (עירובין נד.)

Note : Rabbi Eliezer avait un élève qui étudiait à voix basse. Au bout de trois ans, il oublia tout ce qu’il avait appris. On a dit aussi au sujet du verset : « Il est agréable que tu les retiennes en toi-même, les fixer en permanence sur tes lèvres. » (משלי כב, יח) Quand cela sera-t-il beau pour toi ? Lorsque tu les retiendras dans ton cœur. Et quand les retiendras-tu ? Lorsqu’elles -les paroles de Torah- seront fixées en permanence sur tes lèvres. Mais bien que l’étude à voix basse ne soit pas recommandée, Hachem réserve une récompense à celui qui pense et médite sur la Torah. (עירובין נד.)

C’est ainsi que le Rambam trancha la loi : « Tout celui qui entendra le son de sa voix au moment de son étude de Torah, son étude se maintiendra ; par contre celui qui lit à voix basse oubliera rapidement. » (תלמוד תורה פ »ג הי »ב)

Ceci est également l’avis de Rabbi Yossef Caro dans le Choulh’an Aroukh : étudier a priori autant que possible la Torah à voix haute. (ש »ע יו »ד רמו, כב)

Pourquoi est-ce si important d’étudier la Torah à voix haute ?

Rabbi ‘Haïm de Vologine זיע »א apporte dans son ouvrage Nefech Ha’haïm plus de précisions à ce sujet : « Toute la Torah, depuis ses règles générales jusqu’à ses règles particulières, et dans ses moindres petits détails se prononce par la bouche. Même lorsqu’un petit enfant questionne son Maître sur un sujet de Torah, tout provient à l’origine de la bouche de Hakadoch Baroukh Hou qui transmit la Torah à Moché Rabbénou sur le Mont Sinaï comme l’ont enseigné nos Maîtres. Non seulement cela, mais il faut savoir que lorsque l’homme se consacre à l’étude de la Torah dans ce monde-ci, chaque mot qu’il prononce sort pour ainsi dire de la bouche du Créateur au même instant. » (נפש החיים שער ד פרק ו)

Nous trouvons dans le Talmud une discussion entre Rabbi Avitar et Rabbi Yonatan au sujet de la concubine de Guiva qui exprime cette notion (שופטים יט) Il est rapporté que cette dernière repartit vivre dans la maison de son père après avoir, selon les Sages du Talmud, dégoûté son concubin. Rabbi Avitar affirma qu’ils se disputèrent à cause de la mouche qu’il avait trouvé dans son assiette tandis que Rabbi Yonatan pensa quant à lui qu’il y trouva un poil. Rabbi Avitar alla trouver Eliahou Hanavi et lui demanda : que fait Hakadoch Baroukh Hou en ce moment ? Eliahou Hanavi lui répondit : Il étudie le sujet de la concubine de Guiva. Et que dit-Il à ce sujet demanda Rabbi Avitar ? Il dit : Avitar Mon fils dit comme ceci, Yonatan Mon fils dit comme cela. Rabbi Avitar s’exclama : y a-t-il des doutes devant le Maître de l’univers ‘Hass Véchalom ? Eliahou Hanavi lui expliqua ainsi : ces paroles-ci et ces paroles-là sont les paroles du D.ieu vivant car Guiva trouva effectivement une mouche mais n’en tint pas rigueur à sa concubine, cependant il trouva également un poil et il lui en tint rigueur. (גיטין ו:)

Nous comprenons à présent que les discussions de Torah qu’entretiennent les Sages se trouvent dans la bouche de l’Eternel à chaque instant et se dévoilent lettre par lettre à travers les paroles prononcées par Israël. Aussi, si nous souhaitons dévoiler des ‘hidouchim de Torah, nous devons éveiller la parole de l’Eternel et ainsi nous attirerons à nous un dévoilement de la Torah.

En effet, ce mécanisme est une grande règle générale que nous trouvons dans le Zohar Hakadoch : « Lorsque se manifeste un éveil en bas, il se crée un éveil en haut. » (זוהר לך לך פח.)

Lorsque nous souhaitons recevoir de l’abondance, nous devons créer un éveil dans les mondes supérieurs grâce à un éveil préalable dans ce monde ici-bas. Ainsi, chaque juif qui se consacre à la Torah dans ce monde-ci devra faire jaillir de sa bouche le son des paroles de Torah, ce qui entraînera un éveil céleste et ainsi l’Eternel fera « sortir de Sa bouche » la Torah des mondes supérieurs.

Aussi, même si un homme connait des difficultés pour accéder à la compréhension de la Torah, lorsqu’il prononce son étude à voix haute, il se connecte directement avec la bouche du Créateur. Les capacités de son âme s’en trouvent élargies et par conséquent son accès à la compréhension de la Torah s’étend sans aucune limite.

Nous comprenons à présent pourquoi la Torah représente le terreau fertile, la source de vie du peuple d’Israël sans quoi il ne pourrait subsister comme nous le mentionnons dans la prière du soir : « Car elles sont – les paroles de Torah – nos vies et prolongent nos jours et c’est par elles que se reconduisent le jour et la nuit. » (ערבית)

Et c’est le sens des paroles de l’Eternel au peuple juif : « Si vous acceptez la Torah tant mieux » (שבת פח.) c’est-à-dire que vous allez créer un lien avec la source de cette dernière qui se trouve dans la bouche de l’Eternel, et attirer sur vous la source de vie. « Et si non » (שם) si vous n’acceptez pas la Torah, « ici sera votre tombe » (שם) car la relation verticale sera interrompue avec la bouche de l’Eternel et avec elle, le souffle de vie qui vous anime.

Ce développement éclaircit les paroles du Midrach que nous avons mentionné au début de notre étude : « Lorsqu’Israël reçut la Torah, les peuples du monde furent jaloux : « Qu’ont-ils de plus que les autres peuples pour se rapprocher ainsi de l’Eternel ? » Hakadoch Baroukh Hou leur ferma la bouche et leur dit : « Apportez-moi un livre dans lequel figure votre héritage généalogique, comme il est écrit : « Célébrez l’Eternel, familles des nations. »     (תהילים צו, ז) comme Mes enfants Me l’ont apporté ! » (ילקוט שמעוני פ’ במדבר)

Il convenait parfaitement aux enfants d’Israël de recevoir la Torah qui provient de la bouche de l’Eternel puis qu’ils furent les seuls à recevoir une « âme de vie » provenant aussi de la bouche de l’Eternel. Lorsque le peuple juif se consacre à la Torah avec sa bouche, il mérite d’éveiller les mondes supérieurs et d’attirer à lui la Torah provenant au même moment de la bouche de l’Eternel et d’accomplir ainsi la bénédiction que nous prononçons chaque jour : « Béni soit Tu l’Eternel… qui donne la Torah. » que nous exprimons au présent et non au passé !

A l’inverse, les peuples du monde dont la source de l’âme ne provient pas de la bouche de l’Eternel, n’étaient pas aptes à recevoir la Torah car ils n’ont pas la capacité de susciter par leur bouche un éveil des mondes supérieurs. C’est donc le sens des paroles du Midrach : « l’Eternel leur ferma la bouche. » Enfin : « Apportez-moi un livre dans lequel figure votre héritage généalogique (…) comme Mes enfants Me l’ont apporté ! » Ce livre est la Torah qui est prononcée à chaque instant depuis la bouche de l’Eternel et qui est aussi la source de l’âme de vie qui réside en chaque juif.