Bahalotekha

À travers l’allumage de la Ménorah, ce commentaire révèle qu’Aharon ne faisait pas qu’éclairer le Sanctuaire : il faisait redescendre dans le monde la lumière originelle créée au premier jour de la Création, puis cachée aux impies. La Torah souligne ainsi qu’« Aharon fit ainsi » pour montrer qu’il répara le manque du mot « כן » absent lors de la création de cette lumière primordiale.

Auteur : Hannah Zweb

Date : 28 mai 2026

Sommaire :

  • La paracha décrit l’allumage de la Ménorah par Aharon.
  • Les Sages enseignent que la Ménorah contient en allusion toute la Torah.
  • Aharon fut consolé de ne pas participer à l’inauguration des princes, car son rôle était encore plus élevé.
  • Rachi loue Aharon pour n’avoir rien changé à l’ordre divin.
  • Le commentaire s’interroge sur le sens profond de cet éloge.
  • Le livre ‘Hanoukat HaTorah remarque qu’à propos de la lumière originelle, il n’est pas écrit « ויהי כן ».
  • Cette lumière fut cachée pour les justes des générations futures.
  • Selon les Mékoubalim, Aharon fit redescendre cette lumière cachée grâce à la Ménorah.
  • Le verset « ויעש כן אהרן » indique qu’il répara le « כן » manquant dans la création.
  • L’allumage de la Ménorah devient ainsi une restauration spirituelle de la lumière du commencement.

Et la lumière fut

« דבר אל אהרן ואמרת אליו בהעלתך הנרת אל מול פני המנרה יאירו שבעת הנרות »

« Parle à Aharon et dis-lui : quand tu allumeras les luminaires vers la face de la Ménorah. » (1) (במדבר ח, ב)

(1) Les cinq livres de la Torah sont contenus en allusion dans la Ménorah. En effet, nous pouvons observer que le premier verset de Béréchit contient sept mots correspondant aux sept branches de la Ménorah. Le premier verset du livre de Chemot contient 11 mots qui correspondent aux 11 pommeaux. Celui de Vayikra contient neuf mots correspondant aux neuf fleurs. Celui de Bamidbar contient 17 mots correspondant à la taille de la Ménorah qui était de 17 tefa’him. Enfin, le livre Devarim débute par 22 mots correspondant aux 22 coupes. Tous ces éléments sont au nombre de 49 qui correspond aux 49 portes de compréhension de la Torah et en y ajoutant la Ménorah dans son entité, nous obtenons un résultat de 50, qui correspond à la 50e porte de compréhension.

Rachi pose la question suivante : pourquoi la paracha de l’allumage de la Ménorah est-elle juxtaposée à celle des sacrifices apportés par les princes de tribus lors de l’inauguration du Tabernacle ? Rachi répond que lorsqu’Aharon vit l’inauguration faite par les princes des tribus d’Israël, il s’affligea car il n’y assista pas, ni lui ni sa tribu. Hakadoch Baroukh Hou lui dit : « Par ta vie ! Ton rôle est plus grand que le leur car toi, tu allumes et tu prépares les luminaires de la Ménorah. »

En quoi le service divin de l’allumage de la Ménorah est-il plus élevé que l’inauguration du Tabernacle par les princes d’Israël ?

Commençons par analyser la suite de l’Ecriture : « Aharon fit ainsi : il alluma les luminaires vers la face de la Ménorah, comme l’Eternel avait ordonné. » (במדבר ח, ג)

Rachi explique au nom du Sifri le début de notre verset : « Aharon fit ainsi » L’Ecriture précise ceci pour faire l’éloge d’Aharon qui n’a rien changé à l’ordonnance qu’il reçut de l’Eternel.

Comment envisager qu’Aharon ait pu modifier quoi que ce soit à l’injonction du Maître de l’univers dans l’allumage de la Ménorah ? Quel est donc le sens de cet éloge ?

Il est écrit dans le livre « חנוכת התורה » une explication extraordinaire : dans toute l’œuvre de la création du Maître de l’univers, il est écrit après chaque création : ויהי כן = il en fut ainsi.

« יהי רקיע… ויהי כן »

« que soit un firmament… il en fut ainsi. » (בראשית א, ו – ז)

« יקוו המים… ויהי כן »

« que soient rassemblés les eaux… il en fut ainsi. » (בראשית א, ט)

« תדשא הארץ דשא… ויהי כן »

« que la terre se couvre de végétaux… il en fut ainsi. » (בראשית א, יא)

« יהי מארת… ויהי כן »

« qu’il y ait des luminaires… il en fut ainsi. » (בראשית א, יד – טו)

Il en est ainsi pour toute la création sauf en ce qui concerne la lumière originelle comme il est dit :

« ויאמר אלהים יהי אור ויהי אור »

« D.ieu dit que la lumière soit et la lumière fut. » (בראשית א, ג)

Quelle est donc la particularité de la création de la lumière originelle « or haganouz » par rapport à toutes les autres créations pour qu’il ne soit pas écrit : « il en fut ainsi » ?

Le »חנוכת התורה » répond en s’appuyant sur les paroles du Talmud : « Rabbi Éléazar a enseigné : Adam Harichon pouvait se servir de la lumière que créa Hakadoch Baroukh Hou le premier jour pour contempler le monde d’un bout à l’autre. Mais lorsque le Créateur observa la génération du Déluge et la génération de la tour de Bavel, Il vit que leurs actions étaient perverses. Il entreprit alors de leur cacher cette lumière, comme il est écrit : « Et la lumière fut retirée aux méchants. » (איוב לח, טו) Et pour qui conserva-t-Il cette lumière ? Pour les justes des générations à venir, ainsi qu’il est écrit : « D.ieu vit que la lumière était bonne. » (חגיגה יב. – בראשית א, ד) Dès le premier jour de la création, en observant les impies des générations futures, Hakadoch Baroukh Hou décida de cacher cette lumière unique pour la dévoiler à fin des temps.

À présent, nous comprenons pourquoi l’Ecriture ne précise pas à propos du premier jour de la création : ויהי כן = il en fut ainsi car bien que Hakadoch Baroukh Hou donnât l’ordre « que la lumière soit », Il la cacha et c’est la raison pour laquelle il est écrit seulement « et la lumière fut ». Néanmoins, une lumière a bien émané des astres comme le soleil par exemple, mais il ne s’agissait absolument pas de cette lumière originelle qui irradia le premier jour de la création.

C’est à ce propos que le roi David dit dans les psaumes :

« על כן לא יקמו רשעים במשפט »

« Ainsi les méchants ne se maintiendront pas lors du Jugement.» (תהילים א, ה)

Par l’absence du mot כן = ainsi dans la création de la lumière originelle, les impies ne mériteront pas de se maintenir lors du Jugement.

Nos maîtres les Mékoubalim expliquent que lorsqu’Aharon alluma la Ménorah dans la sainteté, il mérita de faire descendre cette lumière originelle exceptionnelle qui fut créée lors des six jours de la création. C’est comme s’il avait réinstauré le mot כן = ainsi absent du récit de la création par l’allumage de la Ménorah. Il fit descendre cette lumière unique, accomplissant ainsi la volonté première de l’Eternel notre D.ieu comme il est écrit :

« ויעש כן אהרן »

« Aharon fit ainsi… » (במדבר ח, ג)

L’Ecriture vient ici témoigner qu’Aharon fit la réparation du mot כן = ainsi qui manquait au sujet de la création de la lumière originelle et le commentaire de Rachi prend tout son sens : un éloge fut fait à Aharon car il ne changea pas la nature de la création de la lumière originelle qu’il fit descendre par l’allumage de la Ménorah.