
CHELAH LEKHA
La mitsva des tsitsit nous rappelle que chaque Juif, même lorsqu’il s’éloigne, demeure un enfant de D.ieu. Le fil de tekhelet évoque la mer, le ciel et le Trône céleste, jusqu’où peut parvenir une téchouva sincère. En réunissant les quatre tsitsit contre notre cœur lors du Chéma, nous exprimons notre foi profonde : un jour, tout Israël reviendra vers Hachem avec amour.
Auteur : Hannah Zweb
Date : 4 juin 2026
Sommaire :
- Le commentaire explique la mitsva des tsitsit et la signification du fil de tekhelet.
- Le tekhelet rappelle la mer, le ciel, puis le Kissé Hakavod, le Trône divin.
- Même sans tekhelet authentique, l’imagination spirituelle permet d’en garder le souvenir.
- L’histoire du prophète Isaïe et du roi Ménaché illustre la gravité de juger Israël négativement.
- Les tsitsit symbolisent le statut d’Israël comme enfants de D.ieu.
- Les tsitsit placés à l’avant et à l’arrière rappellent que ce lien demeure, même dans l’éloignement.
- La téchouva sincère peut atteindre jusqu’au Kissé Hakavod.
- En rassemblant les quatre tsitsit pendant le Chéma, nous exprimons l’espoir du retour complet de tout Israël vers Hachem.
Les enfants de D.ieu
« דבר אל בני ישראל ואמרת אליהם ועשו להם ציצית על כנפי בגדיהם לדורותם ונתנו על ציצת הכנף פתיל תכלת «
« Parle aux enfants d’Israël et dis-leur qu’ils se constituent des tsitsit aux quatre coins de leurs vêtements pour leurs générations, et qu’ils placent sur chacun des coins un fil azur. » (במדבר טו, לח)
Le Rambam explique que parmi les huit fils des tsitsit, il doit y en avoir un de couleur azur et sept autres blancs. (הלכות ציצית פ »א ה »ו)
D’après la loi stricte, même s’il n’y a pas de fil azur, il est tout de même possible d’accomplir la mitsva des tsitsit avec huit fils blancs comme l’a tranché le Maran Rabbi Yossef Caro. (ש »ע או »ח יג, ס »ב)
En effet, la Michna nous enseigne : « La couleur azur n’invalide pas le blanc et le blanc n’invalide pas l’azur car il est écrit : « vous le verrez » (במדבר טו, לט) et non pas : « vous les verrez » (מנחות לח.)
C’est la raison pour laquelle à notre époque, comme nous ne connaissons plus la teinte précise de la couleur azur « tekhelet » originelle, nous pouvons tout de même accomplir la mitsva des tsitsit avec huit fils blancs.
Note: C’est également l’interprétation donnée par les Sages du Talmud au sujet du verset : « Vous le verrez, vous vous souviendrez et vous les ferez. » La vue permet la mémorisation, et la mémorisation mène à l’acte. (מנחות מג:) Rachi explique que regarder les tsitsit nous amène à nous souvenir des mitsvot. Le Talmud nous enseigne : « Tout celui qui n’a pas de tsitsit transgresse cinq commandements positifs. » (מנחות מד.) Rachi les énumère : 1 – « vous ferez des tsitsit » 2 – « ils mettront sur les tsitsit de chaque coin, un fil d’azur. » 3 – « ce sera pour vous un tsitsit. » 4 – « vous le verrez. » 5 – « tu te feras des fils tressés. » (דברים כב, יב)
Rabbi ‘Haïm Vital explique au nom de son maître le Ari Zal, que bien que nous n’ayons plus à notre époque l’azur authentique, nous devons faire quelque chose de particulier en récitant le verset :
« וראיתם אותו וזכרתם את כל מצוות ה’ ועשיתם אותם »
« Vous le verrez et vous souviendrez de toutes les mitsvot de l’Eternel. » (במדבר טו, לט)
En effet, il explique que nous devons prendre soin d’imaginer un fil azur sur nos tsitsit lorsque nous disons « וראיתם אותו » = « vous le verrez ». (שער הכונות ק »ש דרוש ח)
Tentons à présent de comprendre l’intention du Ari Zal lorsqu’il préconise de nous représenter un fil azur, d’après les enseignements du Talmud : « Rabbi Méir a enseigné : quelle différence existe-t-il entre l’azur et toutes les autres couleurs ? Le tekhelet rappelle la mer, la mer rappelle le ciel et le ciel rappelle le Kissé Hakavod comme il est écrit : « Et sous Ses pieds, il y avait comme une œuvre de saphir et semblable à la pureté des Cieux. » (שמות כד, י) Il est également écrit : « Au-dessus du firmament, il y avait une sorte de saphir ayant la forme d’un trône. » (מנחות מג: – יחזקאל א, כו)
Rachi explique que la couleur azur rappelle à l’homme que le Maître de l’univers siège sur Son trône, le Kissé Hakavod.
Le Ari Zal souhaite que l’homme se rappelle que Hakadoch Baroukh Hou siège sur son Kissé Hakavod. (שער הכונות ק »ש דרוש ח)
Pour quelle raison devons-nous nous rappeler précisément du Kissé Hakavod ? N’est-il pas suffisant de nous rappeler directement de Hakadoch Baroukh Hou et de Ses commandements ?
Afin de répondre à cette question, j’aimerais aborder un sujet redoutable, celui du meurtre du prophète Isaïe par son petit-fils Ménaché, roi de Yéhouda, et fils du roi ‘Hezkiahou comme cela est rapporté par nos Sages de mémoire bénie : « Ménaché tua Isaïe. Rava enseigne que Ménaché jugea Isaïe de faux prophète et le condamna à mort d’après les lois de la Torah. Ménaché avança trois arguments prouvant qu’Isaïe était un faux prophète.
S’adressant à Isaïe, voici son premier argument : « Moché ton maître parlait au Nom de l’Eternel en disant : « Tu ne pourras pas voir Ma face car l’homme ne peut Me voir et vivre. » (שמות לג, כ) tandis que toi tu dis : « J’ai vu l’Eternel siégeant sur un trône élevé et majestueux. » (ישעיה ו, א)
Son second argument : « Moché ton maître disait : « Qui est comme l’Eternel notre D.ieu accessible à chaque fois que nous l’invoquons ? » (דברים ד, ז) alors que toi tu déclares : « Cherchez l’Eternel tant qu’il est accessible ! » (ישעיה נה, ו)
Son troisième argument : « Moché ton maître disait : « Je comblerai la mesure de tes jours. » (שמות כג, כו) alors que toi tu déclares au nom de l’Eternel à mon père le roi ‘Hezkiahou : « Je prolongerai ta vie de 15 ans. » (מלכים ב – כ, ו)
Les Sages du Talmud répondent à chacun des arguments de Ménaché comme si c’était le prophète Isaïe lui-même qui s’exprimait. Isaïe pourtant ne se justifia pas devant Ménaché comme cela est rapporté dans la Guémara : « Isaïe déclara (dans son cœur) : je sais pertinemment que Ménaché n’acceptera pas mes explications et si je lui permets de me tuer, je ferai de lui un assassin volontaire ! Le prophète prononça un Nom divin pour s’échapper et sauver sa vie et il fut englouti par un cèdre. Les serviteurs de Ménaché scièrent l’arbre et lorsque la scie arriva au niveau de la bouche du prophète Isaïe, il mourut, mesure pour mesure, pour avoir proféré des paroles accusatrices à l’encontre du peuple d’Israël : « Je demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures. » (יבמות מט: – ישעיה ו, ה)
Le Ben Ich ‘Haï s’interroge : comment Ménaché sut-il où se cachait le prophète Isaïe ?
Le Ben Ich ‘Haï répond en rapportant les paroles du Talmud de Jérusalem : « Lorsque le roi Ménaché poursuivit Isaïe pour le tuer, ce dernier s’enfuit et fut englouti par un cèdre. Seuls ses tsitsit restèrent accrochés à l’extérieur de l’arbre. Les serviteurs du roi virent les tsitsit dépasser de l’arbre et avertirent Ménaché. Le roi ordonna d’aller scier le cèdre. Ils coupèrent le cèdre et le sang coula de l’arbre. » (ירושלמי סנהדרין נא:)
Le Talmud poursuit : « וגם דם נקי שפך מנשה הרבה מאד עד אשר מילא את ירושלים פה לפה » = « Ménaché répandit aussi le sang innocent en si grande quantité que Jérusalem en était remplie d’une extrémité à l’autre. » (מלכים ב – כא, טז) Un homme a-t-il réellement la capacité de remplir de sang innocent la ville de Jérusalem ? Ce verset vient nous apprendre que Ménaché tua le prophète Isaïe dont la stature spirituelle égalait celle de Moché Rabbénou. (ירושלמי סנהדרין נא:)
Pourquoi précisément des tsitsit qui sont censés protéger celui qui les porte, trahirent-ils la présence du prophète à l’intérieur de l’arbre ? (בן יהוידע שם)
Le Ben Ich ‘Haï apporte une explication prodigieuse sur la raison pour laquelle Hakadoch Baroukh Hou punit le prophète Isaïe en laissant dépasser les fils de ses tsitsit à l’extérieur de l’arbre. Il explique les paroles du Midrach suivant :
« יראה אל עבדיך פעליך והדרך על בניהם »
« Montre Ton œuvre à Ton serviteur, et le chemin à ses enfants. » (תהילים צ, טז) Le terme « chemin » employé dans le verset désigne le tekhelet des tsitsit portés par Israël qui sont appelés « les enfants de D.ieu ». (מדרש שוחר טוב)
Le Ben Ich ‘Haï rappelle que nous devons porter des tsitsit à chaque coin d’un vêtement. Un tsitsit est constitué de huit fils et de cinq nœuds, ce qui est équivalent au mot אחד = un qui a une valeur numérique de 13. Si l’on multiplie la valeur du mot אחד = un par quatre, nous obtenons 52 soit la guematria du mot בן = enfant. Ceci afin de nous enseigner que par le mérite de la mitsva des tsitsit, nous accédons au statut « d’enfants de D.ieu ». (בן יהוידע שם)
Tentons d’expliquer plus en profondeur la mitsva des tsitsit qui doivent être portés précisément aux quatre coins du vêtement, deux à l’avant du vêtement et deux à l’arrière.
Rapportons tout d’abord la discussion entre Rabbi Yéhouda et Rabbi Méir au sujet du verset : « Vous êtes des fils pour l’Eternel votre D.ieu » (דברים יד, א) Rabbi Yéhouda a enseigné : « Lorsque vous vous comportez comme des fils, vous êtes appelés » fils « , et lorsque vous ne vous comportez pas comme des fils, vous n’êtes pas appelés » fils ». Rabbi Méir a enseigné : « Dans un cas comme dans l’autre vous êtes appelés « fils » comme il est écrit : « Des fils en qui il n’y a pas de fidélité. » (קידושין לו.)
Le Rachba explique cette discussion d’après un autre passage talmudique : « Lorsqu’il y a une discussion entre Rabbi Méir et Rabbi Yéhouda, la loi suit l’avis de Rabbi Yéhouda. » (עירובין מו:)
Le Rachba tranche que dans notre discussion, de manière très exceptionnelle, la loi va comme Rabbi Méir, c’est-à-dire que dans tous les cas, nous sommes appelés « fils » de Hakadoch Baroukh Hou car le langage employé dans l’Ecriture corrobore cet avis.
Ainsi, les deux tsitsit qui se trouvent à l’avant du vêtement font allusion à Israël lorsqu’ils accomplissent la volonté du Créateur de sorte que tous les commandements de l’Eternel se tiennent devant leurs yeux pour les accomplir. Et les deux tsitsit qui se trouvent à l’arrière font allusion à Israël lorsqu’ils n’accomplissent pas la volonté du Créateur puisque les mitsvot se situent dans leur dos. C’est pourquoi le Créateur a ordonné de placer quatre tsitsit à chaque coin de nos vêtements afin que nous soyons appelés « fils de D.ieu » en toute circonstance comme le soutient Rabbi Méir.
Note : le ‘Hida explique qu’Israël peut réparer à tout moment une transgression par le repentir sincère et ainsi donner l’opportunité au Créateur de pardonner à ses enfants comme cela est rapporté dans le Talmud : « Lorsqu’un père renonce à l’honneur qui lui est dû, son enfant n’est pas tenu de l’honorer. » (קידושין לב.) En effet, Hachem peut accepter le repentir d’Israël et renoncer à l’honneur qui lui est dû. Et c’est l’allusion de la mitsva des tsitsit car même lorsque l’homme n’accomplit pas la volonté de D.ieu, il est comparé aux deux tsitsit suspendus à l’arrière, et il est malgré tout appelé « enfant » car il peut à tout instant se repentir. (ראש דוד אמור)
À présent, nous comprenons la raison pour laquelle Hakadoch Baroukh Hou dirigea le cours des événements de la sorte, en punissant le prophète Isaïe pour avoir prononcé de mauvaises paroles à l’encontre Israël, par l’intermédiaire de ses tsitsit qui dépassèrent de l’arbre : en effet, le prophète Isaïe pensait que la loi suivait l’avis de Rabbi Yéhouda et que lorsqu’Israël ne faisait pas la volonté du Créateur, il n’était pas appelé « fils de D.ieu ». Ne laissant pas de porte ouverte au repentir en prononçant des paroles accusatrices à l’encontre du peuple d’Israël : « Je demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures. » (יבמות מט: – ישעיה ו, ה) il fut privé, mesure pour mesure, de ses tsitsit arrières qui symbolisent ceux qui n’accomplissent pas les commandements, qui restèrent en dehors de l’arbre et trahirent sa présence aux yeux des gardes de Ménaché.
Ainsi, comme l’explique Rabbi Méir, nous sommes en toutes circonstances appelés « enfants de D.ieu » puisque nous avons la possibilité de réparer nos fautes par le repentir qui atteint le Kissé Hakavod comme les Sages nous l’ont enseigné : « Le repentir est si grand qu’il arrive jusqu’au Kissé Hakavod. » (יומא פו.) Hakadoch Baroukh Hou ordonna précisément de mettre du tekhelet afin que nous nous souvenions du Kissé Hakavod jusqu’où arrivent les repentirs sincères de tous Ses enfants même lorsqu’Israël est comparé aux tsitsit qui se trouvent à l’arrière.
Comme il est bon de goûter au sens profond des coutumes d’Israël ! Notre Maitre le Ari Zal nous dévoile la signification de l’étreinte de nos tsitsit lors de la récitation du Chéma Israël : « Avant de réciter le Chéma Israël dans la prière du matin, nous devons rassembler nos quatre tsitsit et les saisir contre notre cœur. » (שער הכוונות תפילות השחר א)
En accomplissant ce geste durant la récitation du Chéma, nous exprimons notre désir de nous attacher à l’Eternel en prenant sur nous le joug divin, mais aussi notre conviction profonde qu’un jour viendra où tout le peuple, du juif le plus initié au plus éloigné, se repentira sincèrement et accomplira la volonté du Créateur en acceptant d’un cœur entier, à l’image de ces tsitsit avant et arrières réunis, la royauté du Créateur avec amour.
Note : Les Sages enseignent que le roi Ménaché fit téchouva durant 33 ans… Rabbi Chimon bar Yo’haï s’interroge au sujet du verset : « Il l’implora, et D.ieu l’exauça, entendit sa supplication, le ramena à Jérusalem sur son trône, et Ménaché reconnu que l’Eternel est D.ieu. » (דברי הימים ב – לג, יג) Pourquoi le terme supplié = ויחתר est-il employé, et non pas ויעתר qui est plus communément employé ? Parce que le terme ויחתר signifie également « fendre ». Ceci pour nous enseigner que Hakadoch Baroukh Hou réalisa une « fente » dans le ciel afin d’accepter le repentir de Ménaché, bloqué en quelque sorte à cause de la pleine mesure de rigueur. (סנהדרין קג.)
Autre note : Le Zohar Hakadoch rapporte : « A la cinquième porte d’entrée du Gan Eden se trouvent tous ceux qui se sont repentis entièrement de leur vivant, qui ont regretté profondément leurs fautes. Au seuil de cette porte se tient Ménaché le roi de Yéhouda qui se repentit intégralement durant son vivant et dont Hakadoch Baroukh Hou accepta la téchouva. (זוהר בראשית לט.)