KORA’H

Dans ce commentaire sur la paracha Kora’h, le fil conducteur est la jalousie insatiable et le remède que lui oppose la Torah : la paix du Chabbat et la capacité d’être heureux de sa part. À travers le parallèle entre Caïn et Kora’h, le texte montre que l’errance intérieure, l’angoisse et la révolte naissent d’un manque de paix avec soi-même. Le signe donné à Caïn, la lettre ו (vav), symbolise justement l’abondance divine, la stabilité et l’acceptation de ce que D.ieu accorde à chacun. Kora’h, consumé par la jalousie envers Aharon, n’a pas su intégrer cette paix du Chabbat ni cette joie dans sa propre part ; c’est pourquoi la terre l’engloutit. Le commentaire enseigne ainsi que la véritable richesse ne réside pas dans l’acquisition d’un rang ou d’un pouvoir, mais dans la sérénité de celui qui sait accueillir sa part avec foi.

Auteur : Hannah Zweb

Date : 12 juin 2026

Sommaire :

  • Le Zohar enseigne que le monde ne se maintient que par la paix, et que le Chabbat en est la source.
  • Le texte relie le conflit de Kora’h à un défaut profond de paix intérieure.
  • Il établit un parallèle avec Caïn, condamné à une forme d’errance et d’instabilité intérieure.
  • Le signe donné à Caïn est la lettre vav (ו), symbole de protection, de vie et d’abondance divine.
  • Le Chabbat apaise l’homme et l’aide à calmer jalousie, peur et agitation.
  • La Michna « Quel est l’homme riche ? Celui qui est heureux de sa part » est associée à la lettre vav.
  • Celui qui vit avec foi peut recevoir sa part avec joie et paix.
  • Kora’h, jaloux du statut d’Aharon, incarne l’opposé de cette attitude.
  • La terre, symbole de celui qui accepte humblement sa place, engloutit Kora’h.
  • Le message central : la vraie richesse est d’être en paix avec sa part et avec la volonté divine.

Une quête inassouvie

 » ואם בריאה יברא ה’ ופצתה האדמה את פיה ובלעה אתם ואת כל אשר להם וירדו חיים שאלה וידעתם כי נאצו האנשים האלה את ה’  »

« Si c’est une création de l’Éternel, la Terre ouvrira sa bouche et les avalera avec tout ce qui est à eux, ils descendront vivants dans la tombe et vous saurez que ces hommes ont provoqué l’Éternel. » (במדבר טו, ל)

Il est rapporté dans le Zohar Hakadoch à propos de notre paracha : « Viens et constate que le monde ne peut se maintenir que si la paix règne. Et qu’est-ce que la paix ? Le Chabbat est la paix pour les créatures des mondes supérieurs comme du monde inférieur et tout celui qui est contre le Chabbat se coupe du monde. » (זוהר קרח קעו:)

Comment le Zohar Hakadoch a-t-il su que le fond du désaccord entre Moché Rabbénou et Kora’h concernait le Chabbat ?

Pour répondre à cette question, commençons par introduire les paroles de l’Ecriture qui rapportent la discussion entre Hakadoch Baroukh Hou et Caïn : « L’Éternel dit à Caïn… qu’as-tu fait ? La voix des sangs de ton frère crie vers Moi depuis la terre. À présent, maudit sois-tu plus que la terre qui a ouvert sa bouche pour recueillir les sangs de ton frère… fugitif et errant tu seras sur la terre. Caïn dit à l’Éternel : ma faute est trop grande à supporter, voici que Tu m’as chassé aujourd’hui de la surface de la terre et de Ta face, je serai caché et je serai fugitif et errant sur la terre, quiconque me trouvera me tuera. L’Éternel lui dit : Ainsi, pour celui qui tuera Caïn, au septuple il sera puni. L’Éternel plaça sur Caïn un signe afin que personne ne le trouve et ne le frappe. » (בראשית ד, ט)

Rachi explique que Hakadoch Baroukh Hou a gravé une lettre de son Nom sur le front de Caïn comme signe. (רש »י שם)

Bien que Rachi ne précise pas quelle lettre fut inscrite sur le front de Caïn, le Zohar Hakadoch écrit que puisque Caïn s’est repenti, il reçut la lettre vav = ו du Nom divin comme alliance pour le protéger. (תיקוני זוהר תירון סט דף קיח:)

Pourquoi Hakadoch Baroukh Hou choisit-il précisément d’inscrire la lettre vav = ו sur son front ?

Le « עבודת ישראל » s’interroge sur la malédiction que D.ieu prononça contre Caïn : « Fugitif et errant tu seras sur la terre. » Quel est le sens de cette malédiction ? D.ieu lui ôta-t-il la liberté de s’installer dans le lieu de son choix ? Il faut tout simplement expliquer que Caïn fut envahi d’une peur incontrôlable qui l’empêchait de s’installer à n’importe quel endroit. Ses pensées erraient sans arrêt et le rendaient instable et angoissé. Ce n’était qu’en se déplaçant d’un endroit à un autre de la terre qu’il se sentait apaisé. Si Caïn avait réussi à relier ses pensées au Créateur comme il convient, il n’aurait pas été envahi par la peur et aurait pu adoucir toutes les rigueurs qui le dominaient. Il faut donc comprendre que c’est le cœur même de sa malédiction : ses pensées étaient constamment désorientées et confuses, ce qui l’empêchait de s’attacher à D.ieu. Par conséquent, ce sont ses pensées qui étaient « fugitives » et ce qui créa en lui une forte angoisse le forçant à errer sans cesse sur terre. (ע »י בראשית ד »ה וישם)

Les Sages du Midrach ont enseigné à propos du signe d’alliance entre D.ieu et Caïn : « Ce signe est le Chabbat, comme il est écrit : « Entre Moi et entre les enfants d’Israël, c’est un signe pour toujours. » (תנחומא בראשית אות י – שמות לא, יז)

Le jour du Chabbat est un jour de sainteté et de repos pour toutes les créatures et Caïn se trouvait également apaisé le jour du Chabbat.

Cet enseignement concorde parfaitement avec un autre Midrach concernant le verset : « Caïn sortit de devant l’Éternel. » (בראשית ד, טז) Caïn rencontra Adam Harichon qui lui demanda : qu’en est-il de ton jugement ? Caïn lui répondit : je me suis repenti et je me suis parfait… Adam répondit : je ne savais pas que la force du repentir était si puissante. Immédiatement, Adam Harichon entonna le Mizmor du jour du Chabbat, qui est le jour du repos : « מזמור שיר ליום השבת ». (בראשית רבה כב, יג)

Nous comprenons à présent les paroles du Zohar Hakadoch au sujet de Kora’h. Hakadoch Baroukh Hou donna à Caïn le jour du Chabbat, qui est un jour de repos, afin qu’il puisse s’apaiser et calmer sa jalousie et ses envies. Kora’h, quant à lui, n’était pas en paix avec lui-même et jalousait Aharon au sujet du statut de Cohen Gadol. Il est évident qu’il ne respectait pas le Chabbat comme il convient et n’était pas en phase avec le jour du Chabbat qui est la source de la paix.

Expliquons ce passage du Zohar Hakadoch d’après l’enseignement de nos Sages de mémoire bénie : « Ben Zoma a enseigné : quel est l’homme sage ? Celui qui apprend de tout homme… Quel est l’homme fort ? Celui qui conquiert son mauvais penchant… Quel est l’homme riche ? Celui qui est heureux de sa part… Quel est l’homme honorable ? Celui qui honore toutes les créatures. » (אבות ד, א)

Le Ari Zal explique : « Cette Michna fait allusion à l’unité des quatre lettres du Nom divin  י-ה-ו-ה : Quel est l’homme sage ? Celui qui apprend de tout homme – correspond à la lettre youd = י incarnée par la ‘Hokhma. Quel est l’homme fort ? Celui qui conquiert son mauvais penchant – correspond à la lettre = ה représentée par la Bina. Quel est l’homme riche ? Celui qui est heureux de sa part – correspond à la lettre vav = ו incarnée par Tiféret. Et qui est l’homme honorable ? Celui qui honore toutes les créatures – correspond à la dernière lettre = ה qui est appelée Kavod. Lorsque l’homme étudiera cette Michna, il devra avoir la kavana d’unir les quatre lettres du Nom ineffable de D.ieu. » (שער מאמרי רז »ל אבות)

Nous apprenons de cet enseignement que la lettre vav = ו du Nom ineffable de Dieu qui fut attribuée comme signe d’alliance à Caïn, correspond au troisième enseignement de la Michna : « Quel est l’homme riche ? Celui qui est heureux de sa part. » Expliquons à présent ce qui relie la lettre vav = ו à cette attitude préconisée par nos Sages d’être heureux en toutes circonstances.

D’après le « דברי יחזקאל » qui s’appuie sur le Zohar Hakadoch : « La lettre vav =  ו représente la ligne de la vie qui attire l’abondance pour chaque créature en fonction de ses besoins. Aussi, celui qui a une foi entière et complète dans le fait que le Créateur prodigue Son abondance dans notre monde par la lettre vav = ו, sera heureux de sa part. De plus, il existe une allusion dans le mot בחלקו = dans sa part qu’il faut lire ainsi בחלק-ו c’est-à-dire heureux dans l’abondance que Dieu va lui attribuer par la ligne de vie qui est représentée par la lettre ו. (4) (ד »י פ’ ויחי – זוהר במדבר קכא.)

(4) Le Zohar Hakadoch explique que la lettre vav = ו est le secret de l’arbre de la vie. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas de verset qui commence par la lettre vav = ו dans le psaume « מזמור לדוד אליך ה’ נפשי אשא » – bien qu’il soit dans l’ordre alphabétique. (מ »מ זוהר במדבר קכא.)

À présent, nous comprenons pour quelles raisons Hakadoch Baroukh Hou a inscrit la lettre vav = ו sur le front de Caïn. En effet, puisque sa malédiction était d’être « fugitif et errant sur la terre. » (בראשית ד, ט) un mauvais esprit l’avait possédé sans lui laisser le moindre instant de répit pour pouvoir se réjouir de son lot et éteindre la jalousie qui le dévorait. Ceci le fit errer d’un endroit à l’autre du monde à la recherche constante de nouvelles échappatoires. Ainsi, Hakadoch Baroukh Hou lui a inscrit la lettre vav = ו de son Nom béni soit-Il qui correspond au troisième enseignement de la Michna : « Quel est l’homme riche ? Celui qui est heureux de sa part. » afin qu’il puisse se renforcer contre son mauvais penchant, celui de la jalousie, qui le mettait dans un état de manque perpétuel, et pouvoir enfin être heureux de sa part. (5)

(5) D’après cet enseignement nous comprenons mieux pourquoi Kora’h, qui était le guilgoul de Caïn, fut avalé par la terre avec toute son assemblée. En effet, le « תפארת שלמה » rapporte que la terre est la source de toutes les créatures, comme il est écrit : « tout vient de la terre… » (קהלת ג, ב) La terre eut le mérite d’être la mère de toutes les créatures car bien qu’elle soit aux pieds de toutes les créatures et piétinée par tous, elle est heureuse de sa part. (Consulter la paracha ‘Hayé Sarah qui développe cette idée dans nos éditions Tsror Ha’haïm). Nous pouvons comprendre la bénédiction de Hakadoch Baroukh Hou à Yaacov notre patriarche : « Que ta descendance soit comme la poussière de la terre. » (בראשית כח, יד) c’est-à-dire toujours heureuse de sa part.