
BALAK
À travers les paroles de l’ânesse de Bilaam, ce commentaire révèle la force protectrice des trois fêtes de pèlerinage. Pessa’h, Chavouot et Souccot, liées aux trois patriarches, deviennent une réparation profonde de la faute du veau d’or et rappellent que la joie des fêtes possède une puissance spirituelle de pardon et de reconstruction.
Auteur : Hannah Zweb
Date : 25 juin 2026
Sommaire :
- L’ânesse de Bilaam évoque les « trois fois », allusion aux trois fêtes de pèlerinage.
- Ces fêtes protègent Israël des malédictions de Bilaam.
- Bilaam cherche à réveiller l’accusation liée à la faute du veau d’or.
- Le mot abîmé par cette faute trouve sa réparation dans les fêtes d’Israël.
- Pessa’h correspond à Avraham, Chavouot à Its’hak et Souccot à Yaacov.
- Les trois interventions de l’ange rappellent le mérite des trois patriarches.
- Les quinze jours de fête représentent 360 heures, soit soixante fois les six heures de la faute du veau d’or.
- La joie des fêtes devient ainsi une réparation, une protection et une expression de la bonté divine.
Une joie réparatrice
« ויפתח ה’ פי האתון ותאמר לבלעם מה עשיתי לך כי הכיתני זה שלש רגלים »
« L’Eternel ouvrit la bouche de l’ânesse et elle dit à Bilaam : que t’ai-je fait pour que tu me frappes ainsi trois fois ? »(5) (במדבר כב, כח)
(5) Le Ari Zal nous fait remarquer qu’il n’était pas nécessaire pour l’Ecriture de préciser que Bilaam frappa son ânesse avec un bâton. En réalité, Bilaam avait l’intention d’attirer l’influence des patriarches des mondes supérieurs sur son ânesse et c’est le secret du mot במקל = bâton qui est composé de la dernière lettre des noms de nos patriarches : Yaakov = יעקב ; Avraham = אברהם ; Its’hak = יצחק et Israël = ישראל. (ספר הליקוטים בלק)
Rachi explique au nom du Midrach l’expression « שלש רגלים » = trois fois comme ceci : l’ânesse fit une allusion à Bilaam : tu souhaites anéantir un peuple qui célèbre trois fêtes de pèlerinage par an ! (מדרש תנחומא) Nous apprenons de ce Midrach que le mérite de l’accomplissement des trois fêtes préserva le peuple d’Israël des malédictions de Bilaam.
Que vit donc l’ânesse pour mentionner tout particulièrement le mérite des trois fêtes plus que toutes les autres mitsvot ?
Il est rapporté dans le livre « בנין אריאל » une question au sujet du verset : « Bilaam vit qu’il était bon aux yeux de l’Eternel de bénir Israël et il n’alla pas comme les autres fois vers des divinations, il plaça sa face vers le désert. » (במדבר כד, א)
Rachi explique selon la traduction de Ounkelos que : « vers le désert » signifie vers le veau d’or qu’ils avaient fait dans le désert. En d’autres termes, Bilaam se tourna vers le désert pour éveiller les accusateurs créés par la faute du veau d’or en pensant ainsi pouvoir maudire Israël.
Rabbi Eliezer Haklir explique qu’il est écrit au sujet de la faute du veau d’or :
« אלה אלהיך ישראל »
« Voici ton dieu Israël. » (שמות לב, ד)
En effet, en commettant la faute du veau d’or, c’est le mot « אלה » qui fut endommagé. Aussi, ce mot nécessitait une réparation que l’on retrouve dans la déclaration de Hakadoch Baroukh Hou concernant les fêtes d’Israël :
« אלה הם מועדי »
« Voici Mes fêtes. » (ויקרא כג, ב)
En quoi les trois fêtes de Pessa’h, Chavouot et Souccot expient-elles les dommages occasionnés au terme אלה et par conséquent la faute du veau d’or ?
Commençons par introduire l’Ecriture lorsque Moché Rabbénou implora l’Eternel notre D.ieu en mentionnant nos patriarches : « Souviens-toi d’Avraham d’Its’hak et d’Israël Tes serviteurs auxquels Tu as juré par Toi-même, Tu as dit : Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel et tout ce pays dont J’ai parlé, Je le donnerai à votre descendance et ils en hériteront à jamais. » (שמות לב, יג)
Les Sages du Midrach expliquent : « Pourquoi les trois patriarches sont-ils mentionnés ici ? Ils répondent ainsi : Moché a dit : s’ils sont condamnables par le feu, souviens-toi d’Avraham qui a donné sa vie dans la fournaise pour glorifier ton Nom et que sa condamnation puisse acquitter celle de ses enfants. S’ils sont condamnables par l’épée, souviens-toi d’Its’hak qui a tendu son coup sur l’autel pour être égorgé en ton Nom et que cette condamnation puisse acquitter celle de ses enfants. Et s’ils sont condamnés à l’exil, souviens-toi de Yaacov qui s’est exilé de la maison de son père à ‘Haran et que cette condamnation puisse acquitter celle de ses enfants. Souviens-toi d’Avraham d’Its’hak et d’Israël. » (שמות רבה מד, ה)
Il est également rapporté dans le Midrach au sujet du verset : « Tu fêteras pour Moi trois fêtes dans l’année. » (שמות כג, יד) Hakadoch Baroukh Hou fixa trois fêtes dans la Torah par le mérite des patriarches. (שמות רבה לא, ב)
Le Tour sur qui fut fondé le Chou’han Aroukh apporte une explication au nom de son frère Rav Yéhouda : « Les fêtes qui furent instituées correspondent aux trois patriarches : Pessa’h correspond à Avraham, comme il est écrit : « pétris et fait des gâteaux. » (בראשית יח, ו) Il s’agit de Pessa’h. Chavouot correspond à Its’hak car le son du Chofar qui retentit le jour du don de la Torah émanait de corne de bélier d’Its’hak. Souccot correspond à Yaacov, comme il est écrit : « Et Yaacov voyagea vers Souccot. » (טור או »ח סימן תיז – בראשית לג, יז)
D’après ceci, nous comprenons mieux les paroles de l’ânesse de Bilaam lorsqu’elle évoqua les trois fêtes. En effet, celles-ci correspondent aux trois patriarches qui par leur mérite garantissent le maintien d’Israël et peuvent ainsi expier la faute du veau d’or.
D’après ces enseignements, nous comprenons pourquoi l’ange de l’Eternel s’interposa à trois reprises sur le chemin de Bilaam pour l’empêcher de maudire Israël. Bilaam frappa son ânesse en retour trois fois avec son bâton.
La première fois, comme il est écrit : « L’ange de l’Eternel se tint debout en chemin pour l’empêcher. Il chevauchait son ânesse et ses deux jeunes gens étaient avec lui. L’ânesse vit l’ange de l’Eternel qui se tenait debout dans le chemin, son épée dégainée dans sa main. L’ânesse se détourna du chemin et alla dans le champ. Bilaam frappa L’ânesse pour la ramener vers le chemin. »(6) (במדבר כב, כב)
(6) Rabbi Chlomo Astrok explique que l’ange tenait précisément une épée dans sa main pour faire une allusion à Bilaam qu’il allait mourir par l’épée.
La deuxième fois, comme il est écrit : « L’ange de l’Eternel se tint dans le sentier des vignes, un mur de ce côté et une barrière de l’autre côté. L’ânesse vit l’ange de l’Eternel, se pressa contre le mur et pressa la jambe de Bilaam contre le mur et il la frappa de nouveau. » (במדבר כב, כד)
La troisième fois, comme il est écrit : « L’ange de l’Eternel continua de passer et se tint dans un endroit étroit où il n’y avait pas de chemin pour se détourner, ni à droite, ni à gauche. L’ânesse vit l’ange de l’Eternel et s’accroupit sous Bilaam. La colère de Bilaam s’enflamma et il frappa l’ânesse avec le bâton. L’Eternel ouvrit la bouche de l’ânesse et elle dit à Bilaam : que t’ai-je fait pour que tu me frappes ainsi trois fois ? »(7) (במדבר כב, כו)
(7) Nos Sages de mémoire bénie nous ont enseigné que Bilaam mit en colère par trois fois l’ange de Dieu, ce qui est un mauvais signe pour les nations. En effet, la première fois, il y avait de l’espace des deux côtés pour que l’ânesse s’échappe, ce qui fait allusion au faste des nations qui jouissent des honneurs et de la richesse. La seconde fois, il ne restait plus qu’un seul côté de libre à l’ânesse pour s’enfuir afin de nous faire comprendre que leur grandeur va diminuer jusqu’à la Délivrance finale ne leur laissant plus aucun recours, ni à droite ni à gauche, pour échapper à la justice divine.
Nos Sages de mémoire bénie expliquent dans le Midrach que lors de la première apparition de l’ange, Bilaam avait la possibilité de tourner à droite ou à gauche, ce qui fait allusion à Avraham Avinou. En effet, si Bilaam avait la possibilité de maudire ses enfants, une place lui aurait été faite à droite et à gauche : d’un côté les enfants d’Ichmaël, de l’autre les enfants de Ketora.
Puis, lorsque l’ange de l’Eternel se tint pour la seconde fois face à Bilaam dans le sentier des vignes, l’ânesse n’avait plus qu’une seule voie pour fuir, ce qui fait allusion à Its’hak Avinou. En effet, si Bilaam avait la possibilité de maudire ses enfants, il n’aurait pu le faire que d’un seul côté, celui d’Essav.
Enfin, lorsque l’ange se tint pour la troisième fois face à lui, il n’y avait pas de chemin pour se détourner ni à droite, ni à gauche, il s’agit de Yaacov Avinou. Bilaam n’aurait pas eu la possibilité de maudire ses enfants car ils étaient tous des justes. (ע »פ תנחומא סימן ח)
L’ange de l’Eternel agit de cette façon afin d’éveiller le mérite des trois patriarches. En effet, c’est par leur mérite que Hakadoch Baroukh Hou va pardonner à Israël la faute du veau d’or en leur attribuant les trois fêtes qui les symbolisent respectivement.
Ceci étant, voici à présent une interprétation extraordinaire du Ben Ich ‘Haï rapportée au nom du « שער החצר » : lorsqu’Israël réalisa le veau d’or, cela dura six heures exactement. Nos Sages nous expliquent qu’un aliment interdit par exemple peut être annulé lorsqu’il est mélangé à une quantité soixante fois supérieure d’un aliment permis. D’après ceci, pour annuler l’interdit des six heures d’idolâtrie, que fit donc Hakadoch Baroukh Hou ? Il institua les trois fêtes à Israël : les sept jours de Souccot, les sept jours de Pessa’h et un jour de Chavouot. Nous avons au total quinze jours de fête soit 360 heures qui représentent exactement 60 fois six heures que dura la faute du veau d’or. (8)
(8) Nous pouvons rapporter l’explication du « כתנות אור » au sujet d’un enseignement du Talmud : « Tout celui qui néglige les fêtes, c’est comme s’il pratiquait l’idolâtrie. » (פסחים קיח.) Rachi explique qu’il s’agit de celui qui travaille durant ‘hol hamoed. En effet, d’après ce que nous venons d’étudier, les trois fêtes réunies ont une durée de 360 heures. Elles expient précisément la faute du veau d’or qui ne dura que six heures. Par conséquent, tous les jours de ‘hol hamoed sont comptés car sans eux, nous n’atteignons pas le compte précis des quinze jours pour l’expiation. Il est donc clair pour Rachi que travailler ‘hol hamoed s’apparente à pratiquer l’idolâtrie à cause des jours manquants qui ne leur permettent pas de réparer la faute du veau d’or.
Et c’est le sens des trois versets suivants qui débutent par le mot « אלה » :
« אלה אזכרה ואשפכה עלי נפשי »
« Voici que je me rappelle et mon âme se fond en moi-même. » (תהילים מב, ה)
L’Eternel dit Je me souviendrai toujours du mot אלה qui doit être réparé. De quel אלה s’agit-il ? Hachem répond :
« אלה אלהיך ישראל »
« Voici ton dieu Israël. » (שמות לב, ד) énoncée durant la faute du veau d’or.
Et quelle réparation doit-on faire pour que :
« גם אלה תשכחנה » ?
« Que même cela soit oublié. » (ישעיהו מט, טו) ?
Hachem répond :
« אלה הם מועדי »
« Voici Mes fêtes » (ויקרא כג, ב).
C’est par l’intermédiaire de l’observance des fêtes qui durent 360 heures que l’on pourra annuler les six heures d’idolâtrie réalisées durant la faute du veau d’or où il fut déclaré :
« אלה אלהיך ישראל » = « Voici ton dieu Israël. » (שמות לב, ד)
Nous pouvons y ajouter une autre allusion à cet enseignement dans le verset :
« אני אעביר כל טובי על פניך »
« Je ferai passer toute ma bonté devant toi. » (שמות לג, יט)
Le mot טובי se divise en deux טו בי qui signifie pour réparer la faute du veau d’or et annuler les six heures d’interdit, il faudra consacrer 15 = טו jours que sont Souccot, Pessa’h et Chavouot, pour Moi = .בי En d’autres termes, les trois fêtes sont égales à 360 heures de sainteté représentant les 15 jours de fête qui pourront annuler les six heures d’idolâtrie. (בן יהוידע על מגילה לב.)
Nous comprenons à présent le sens profond du commandement de se réjouir pendant les fêtes puisque nous réparons à travers elles la faute du veau d’or ! Infinie est la bonté du Maître de l’univers pour Ses enfants !(9) אין עוד מלבדו
(9) La bénédiction des Cohanim est également une réparation à la faute du veau d’or. En effet, elle est composée de trois versets avec deux bénédictions par verset, incluant quinze mots formés par soixante lettres. Les trois versets correspondent aux trois patriarches et aux trois fêtes qui expient par leur sainteté la faute du veau d’or et c’est la raison pour laquelle elle est composée de quinze mots qui correspondent aux quinze jours de fête. Les soixante lettres font allusion à la capacité des quinze jours des fêtes d’annuler la faute du veau d’or puisque leur durée est soixante fois supérieure aux six heures que dura la faute.