
Devarim
D’abord décrit comme un homme à la parole difficile, Moché Rabbénou devient, grâce au don de la Torah, celui qui transmet tout le livre de Dévarim au peuple d’Israël. Cette transformation nous enseigne que l’impossible devient possible lorsque l’homme place sa confiance en l’Éternel. Lue avant le 9 Av, la paracha Dévarim relie les remontrances de Moché à celles du prophète Isaïe afin d’éveiller Israël au repentir et de prévenir la destruction du Temple.
Auteur : Beth Chelomo
Date : 16 juillet 2026
Sommaire :
- Au buisson ardent, Moché affirme ne pas être un homme habile à parler.
- Après avoir reçu la Torah, sa parole est guérie et il transmet tout le livre de Dévarim.
- Cette transformation montre que l’Éternel peut donner à chacun les capacités nécessaires à sa mission.
- La paracha Dévarim est toujours lue lors du Chabbat ‘Hazon, avant le 9 Av.
- Ezra a rapproché les remontrances de Moché de celles du prophète Isaïe.
- Selon les enseignements du Ari Zal, Isaïe était une réincarnation de Moché.
- Moché et Isaïe furent tous deux atteints à la bouche par une braise avant d’être guéris pour prophétiser.
- Les deux prophètes ont appelé Israël au repentir afin d’empêcher la destruction du Temple.
- Leur parole sévère n’avait pas pour but de condamner, mais de ramener le peuple vers l’Éternel.
Parole de prophète
« אֵלֶּה הַדְּבָרִים אֲשֶׁר דִּבֶּר משֶׁה אֶל כָּל יִשְׂרָאֵל בְּעֵבֶר הַיַּרְדֵּן בַּמִּדְבָּר בָּעֲרָבָה מוֹל סוּף… »
« Voici les paroles qu’a prononcées Moché à tout Israël sur la rive du Jourdain dans le désert, dans la plaine, face à la Mer des joncs… » (דברים א, א)
Lorsque le Créateur s’est révélé à Moché à travers le buisson ardent pour l’envoyer en mission chez pharaon afin de libérer les enfants d’Israël, Moché refusa en déclarant : לֹא אִישׁ דְּבָרִים אָנֹכִי = « Je ne suis pas un homme habile à parler. » (שמות ד, י) En d’autres termes, il argumentait qu’il était incapable d’être un bon orateur. L’Écriture atteste ainsi à propos de Moché Rabbénou, juste avant sa mort : אֵלֶּה הַדְּבָרִים אֲשֶׁר דִּבֶּר משֶׁה אֶל כָּל יִשְׂרָאֵל = « Voici les paroles qu’a prononcées Moché à tout Israël. » (דברים א, א) Ainsi, avant de mourir, il exposa une dracha qui était la totalité du livre Dévarim et tel est le sens du verset : « Qui donc a donné une bouche à l’homme ? Qui le rend muet ou sourd, clairvoyant ou aveugle, si ce n’est Moi, l’Éternel ? » (שמות ד, יא) Ceci vise à rappeler à chacun d’entre nous que l’impossible n’existe pas lorsqu’on s’en remet entre les mains de l’Éternel.
Le chabbat qui précède la date du neuf Av est appelé chabbat ‘Hazon, qui coïncide immanquablement avec notre section hebdomadaire, première paracha du cinquième et dernier livre de la Torah, Dévarim, comme il est stipulé dans la halakha. (ש »ע או »ח תכח, ד)
Le Talmud nous explique que c’est Ezra qui a mis en ordre, à dessein, les parachiot hebdomadaires de la Torah. (מגילה לא:)
Pour quelle raison Ezra le scribe a-t-il fait en sorte que nous devions étudier et lire la paracha de Dévarim, chaque année, avant le 9 Av ?
D’après le sens simple, le Lévouch explique que nous lisons la paracha de Dévarim parce qu’elle débute par les remontrances de Moché et y est associée la Haftara ‘Hazon, qui contient les remontrances relatives à la destruction du Temple. (לבוש או »ח סימן תכח)
Ainsi, les Sages ont veillé à ce que nous puissions lire les remontrances du prophète Isaïe, comme il est écrit : « Oracle d’Isaïe, fils d’Amos, qui prophétise sur Yéhouda et sur Jérusalem… » (ישעיה א, א), en corrélation avec notre paracha, dans laquelle Moché Rabbénou nous adresse des réprimandes, comme il est écrit : « Comment donc supporterais-je seul votre labeur, votre fardeau et vos contestations ! » (דברים א, יב) Ainsi, Ezra le scribe souhaita juxtaposer les deux admonestations : celle de Moché avant sa disparition et celle du prophète avant la destruction de Jérusalem.
Il est souligné dans le livre אור הנר dont l’auteur est le Mékoubal Rabbi Meïr Papirach זיע »א, qui a écrit au nom du Ari Zal, que le prophète Isaïe était la réincarnation de Moché. (אור הנר ערך ישעיה אות י)
C’est dans ce même sens que le שבט מוסר ajoute : « Il est écrit dans le Séfer Haguilgoulim qu’Isaïe était la réincarnation de Moché et c’est la raison pour laquelle il était lent à la parole, comme Moché. » (שבט מוסר בשם מדרש תלפיות אות י ענף ישעיה)
Note : D’autres similitudes entre Moché Rabbénou et le prophète Isaïe ont été relevées par nos maîtres, de mémoire bénie : il est relaté notamment, dans le Midrach, que tous les prophètes, lorsqu’ils prophétisaient, ne savaient pas ce qu’ils prophétisaient, à l’exception de Moché Rabbénou et d’Isaïe. (ילקוט שמעוני תהילים רמז תתמא) Nos Sages ajoutent que la durée de vie du prophète Isaïe fut de 120 années. (ילקוט שמעוני רמז שפה) Rabbi Its’hak Falaggi זיע »א explique qu’Isaïe était la réincarnation de Moché et c’est la raison pour laquelle il a vécu 120 ans. (יפה תלמוד על ברכות י.) Autre point commun : Moché Rabbénou a eu un petit-fils qui s’est détourné du droit chemin en se mettant au service d’un prêtre d’un culte idolâtre, il s’agit de Yéhonatan ben Guerchom, fils de Moché. Néanmoins, il s’est totalement repenti et c’est la raison pour laquelle son nom a été changé ensuite en Chvouel. (בבא בתרא קי.) Il en fut de même pour Isaïe, qui a eu un petit-fils qui emprunta le chemin de la avoda zara ע’ סנהדרין קב:)) : il s’agit du roi Ménaché, fils de la fille d’Isaïe. (ע’ ברכות י. – זוהר בראשית יא. – זוהר ואתחנן רס.) Toutefois, le petit-fils d’Isaïe s’est également totalement repenti. (סנהדרין קג.)
Pourquoi le prophète Isaïe était-il particulièrement lent à la parole ?
Concernant la lenteur de sa parole, analogue à celle de Moché, replaçons-nous dans le contexte, lorsque l’Éternel se révèle à Isaïe afin qu’il aille prophétiser auprès d’Israël et que ce dernier refuse en raison de sa grande humilité :
« Malheur à moi, je suis perdu ! Car je suis un homme aux lèvres impures, je demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures et mes yeux ont vu le Roi, l’Éternel Tséva-ot ! » Alors, un des Séraphins vola jusqu’à moi, tenant dans sa main une braise de feu, qu’il avait prise sur l’Autel, avec des pincettes. Il en effleura ma bouche et déclara : « Ceci a touché tes lèvres. À présent, tes péchés ont disparu, tes fautes sont effacées. » (ישעיה ו, ה)
Rachi explique au nom du Midrach que le Séraphin a brûlé le prophète Isaïe avec une braise, pour avoir mal parlé du peuple d’Israël. En effet, cette braise est appelée רצפה, en un terme lié à la composition de deux mots : רצוץ פה = brise la bouche car Hakadoch Baroukh Hou demanda à l’ange de lui briser sa bouche pour avoir dit du mal de Ses enfants. (ע’ שיר השירים רבה א, לח)
Parallèlement, le Midrach rapporte à propos de Moché que la fille de pharaon l’embrassait, l’enlaçait et l’aimait comme s’il était son propre fils. Elle ne le faisait jamais sortir du palais du roi… Pharaon l’embrassait et le serrait dans ses bras lorsque soudain, Moché lui retira sa couronne pour la placer sur sa propre tête, sous le regard éberlué des conseillers et des magiciens d’Égypte qui observaient la scène. Ils suspectèrent alors l’enfant d’être le futur libérateur qu’ils avaient vu dans les astres. Certains conseillèrent de le tuer tandis que d’autres dirent qu’il fallait le brûler. Yitro qui était présent déclara : « Cet enfant n’a pas de discernement. Testez-le plutôt différemment en lui apportant dans un plateau de l’or et une braise. S’il tend la main vers l’or, assurément, il a l’intention de s’emparer du trône et vous devriez le tuer. En revanche, s’il tend la main vers la braise, très certainement, il n’a pas l’intention de convoiter le trône et ne mérite pas la peine de mort. » Immédiatement, ils apportèrent le plateau. Moché tendit la main et s’apprêtait à saisir l’or lorsque soudain, l’ange Gabriel vint et poussa la main de Moché vers la braise. Moché se saisit de la braise qu’il rapprocha de sa bouche et se brûla la langue, comme il est écrit : « J’ai la bouche lourde et la langue lourde. » (שמות רבה י, כו – שמות ד, י)
Nous apprenons d’ici que Moché comme Isaïe ont été frappés à la langue par une braise, ce qui leur causa un défaut. Toutefois, Isaïe a été guéri afin de pouvoir prophétiser à Israël en langage clair, de même que Moché a été guéri au moment du don de la Torah afin de pouvoir enseigner la Torah à Israël.
Voici ce qui est rapporté dans le Midrach à propos du début de notre paracha :
« Voici les paroles qu’a prononcées Moché à tout Israël sur la rive du Jourdain dans le désert, dans la plaine, face à la Mer des joncs… » (דברים א, א)
Avant que Moché n’ait eu le privilège de recevoir la Torah, il est écrit à son propos : « Je ne suis pas habile à parler. » (שמות ד, י) Cependant, après avoir reçu la Torah, sa parole a été guérie et il a pu prononcer des discours. D’où l’apprenons-nous ? Nous l’apprenons de notre verset : « Voici les paroles qu’a prononcées Moché à tout Israël sur la rive du Jourdain. » (דברים א, א)
Nous sommes ainsi à même de comprendre plus profondément la sagesse d’Ezra le scribe, qui a ordonné les sections hebdomadaires de telle façon que celle de Dévarim soit toujours lue avant le neuf Av et ainsi relier la remontrance de Moché à celle d’Isaïe. En effet, les deux personnages emblématiques du peuple juif aspiraient à éveiller Israël au repentir afin d’empêcher la destruction du Temple.
Nous voyons également des similitudes entre les deux prophètes, comme il est rapporté dans le Midrach : « Tous les prophètes qui ont prophétisé n’avaient pas conscience de leur prophétie, en dehors de Moché et Isaïe. » (שוחר טוב תהילים צ) Nous pouvons également y ajouter un autre Midrach : « Il n’y a pas plus grands prophètes que Moché et Isaïe. » (דברים רבה ב, ד)
Le Midrach ajoute également à propos de la déclaration suivante de Moché :
« נָבִיא מִקִּרְבְּךָ מֵאַחֶיךָ כָּמֹנִי יָקִים לְךָ יְהֹוָה אֱלֹהֶיךָ אֵלָיו תִּשְׁמָעוּן »
« C’est un prophète au milieu de toi, d’entre tes frères, comme moi, que l’Éternel ton D.ieu suscitera en ta faveur : c’est lui que vous devrez écouter. » (דברים יח, טו)
Nous pouvons dire que Moché a fait ici une allusion à Isaïe, sa propre réincarnation. En effet, les lettres du terme נביא = prophète sont les initiales de :
Néchama = נשמה
Isaïe = ישעיה
Fils = בן
D’Amos = אמוץ
En outre, il précise que ce prophète sera « comme moi » = כמני, terme qui est écrit dans le parchemin de la Torah sans la lettre ו et qui nous donne une valeur numérique équivalente à 120.
À partir de là, il est alors très agréable d’expliquer ce que Moché a demandé à Israël : « C’est lui que vous devrez écouter. » (דברים יח, טו) Ceci sous-entend que le prophète que l’Éternel enverra dans l’avenir aux enfants d’Israël sera la réincarnation de Moché, à savoir Isaïe le prophète, qui sera à tous égards semblable à Moché. Ainsi, Moché demande au peuple que, même s’ils n’ont pas écouté sa réprimande : « comment donc supporterais-je seul ? », il faudra tout de même écouter la remontrance du prophète qui sera comme moi : « c’est lui que vous devrez écouter. », quand il vous réprimandera : « Oracle d’Isaïe, fils d’Amos… », tout ceci dans le but d’empêcher la destruction du Temple.