
KITAVO
Dans la paracha Ki Tavo, les sévères remontrances adressées au peuple d’Israël cachent une profonde dimension de miséricorde. Moché Rabbénou mentionne à plusieurs reprises le Nom divin associé à la Miséricorde, jusqu’à établir un lien remarquable avec le Chabbat. Le Chabbat apparaît ainsi comme une force spirituelle capable d’atténuer la rigueur et comme la source de toutes les bénédictions.
Auteur : Beth Chelomo
Date : 24 août 2026
Sommaire :
- Les malédictions de Ki Tavo sont prononcées par Moché, mais sous inspiration prophétique.
- Selon le Zohar, Moché est en parfaite harmonie avec la volonté divine.
- Les paroles de Moché sont « filtrées » par l’attribut de Miséricorde.
- Le Nom divin associé à la Miséricorde apparaît de nombreuses fois au sein des remontrances.
- Ces occurrences montrent que même au cœur de la rigueur se cache la compassion divine.
- Selon le Rokéa’h, le Nom divin apparaît 27 fois dans l’ensemble du passage.
- La valeur de ces 27 occurrences correspond à celle du mot Chabbat.
- Le Chabbat est présenté comme la source de l’émanation et de la bénédiction divines.
- Sa sainteté possède ainsi la force de protéger Israël et d’atténuer la rigueur des jours de la semaine.
- Moché révèle donc, derrière les malédictions, une voie de protection et de bénédiction à travers le Chabbat.
« וְהָיָה אִם לֹא תִשְׁמַע בְּקוֹל יְהֹוָה אֱלֹהֶיךָ לִשְׁמֹר לַעֲשׂוֹת אֶת כָּל מִצְוֹתָיו וְחֻקֹּתָיו אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם וּבָאוּ עָלֶיךָ כָּל הַקְּלָלוֹת הָאֵלֶּה וְהִשִּׂיגוּךָ »
« Ce sera si tu n’écoutes pas la voix de l’Éternel ton D.ieu pour garder et accomplir tous Ses commandements et Ses statuts que Je t’ordonne aujourd’hui alors viendront sur toi toutes ces malédictions et elles t’atteindront. » (דברים כח, טו)
Nos Sages, de mémoire bénie, demandent : « Pour quelle raison les malédictions qui ont été prononcées dans le livre Vayikra sont-elles prononcées au pluriel alors que les malédictions prononcées dans le livre Dévarim sont exprimées au singulier ? Parce que Moché les a prononcées de sa propre bouche. (מגילה לא:)
Note : D’après la halakha, on ne doit pas marquer d’interruption durant la lecture de la paracha, dans la montée qui contient les malédictions. (ש »ע או »ח תכח, ו)
Rachi explique que Moché a prononcé les malédictions en tant qu’émissaire de Hakadoch Baroukh Hou dans le livre de Vayikra tandis que dans le livre de Dévarim Moché les a prononcées de lui-même en avertissant : « Si vous transgressez les commandements, D.ieu vous en tiendra rigueur. » (רש »י שם)
Cependant, dans son commentaire, Tossefot explique que lorsque les Sages du Talmud affirment que Moché a prononcé les malédictions de lui-même, c’était par roua’h hakodech. (תוספות שם ד »ה משה)
C’est également l’avis du Zohar Hakadoch où il est écrit : « Sache que toutes les remontrances qui ont été prononcées par la bouche de Moché ne venaient pas de lui-même car nous avons reçu par transmission que toute la Torah, depuis le premier mot Béréchit jusqu’à son dernier mot Israël, tout a été écrit par Moché, dicté par la bouche du Créateur. Quant à ce que nos Sages ont exposé dans le Talmud, à savoir que les malédictions se trouvant dans le livre Vayikra ont été prononcées par Hakadoch Baroukh Hou tandis que celles du livre Dévarim proviennent de Moché, cela signifie simplement que Moché était en parfait accord avec Hakadoch Baroukh Hou. » (זוהר ואתחנן רסה.)
D’après ces enseignements, comment comprendre que Moché Rabbénou, le fidèle berger d’Israël, qui a risqué à plusieurs reprises sa vie pour sauver les enfants d’Israël, en étant son premier défenseur au point de s’opposer à la décision divine de détruire le peuple après le veau d’or, comment a-t-il pu ajouter des malédictions sur le peuple juif de sa propre bouche ? Et même si c’était par prophétie, comment a-t-il pu accepter de maudire Israël sans s’opposer à cela comme il l’avait fait durant le veau d’or ?
Commençons par introduire les paroles de Rabbi Chimon bar Yo’haï qui sont présentées dans le Zohar Hakadoch : « Te viendrait-il à l’esprit que Moché ait pu dire de lui-même, ne serait-ce qu’une petite lettre de la Torah, sans qu’elle émane de la bouche de Hakadoch Baroukh Hou ? En réalité, l’enseignement des Sages est un très bel enseignement (Moché les a prononcées de sa propre bouche) car ils n’ont pas enseigné que Moché les a prononcées « de lui-même » mais plutôt « de sa propre bouche. » Et qu’est-ce que signifie « de sa propre bouche » ? Pour les malédictions du livre de Vayikra, il s’agit de la voix de l’Attribut de rigueur qui s’est unie à la sienne tandis que pour les malédictions du livre de Dévarim, il s’agit du niveau auquel s’est attaché Moché et qui était supérieur à celui de tous les autres prophètes. » (זוהר ואתחנן רסה.)
Dans son commentaire sur ce passage énigmatique du Zohar Hakadoch, le Mékoubal Rabbi Moché Kordovéro זיע »א explique que la première malédiction prononcée dans le livre de Vayikra émanait de la stricte rigueur. Par contre, celles qui ont été prononcées par la bouche même de Moché ont été filtrées par la racine même de son âme qu’est l’attribut de Miséricorde, même si elles ont été exprimées par prophétie. (ע’ רמ »ק שם)
Malgré ces explications, bien que Moché les ait exprimées par prophétie en utilisant la miséricorde, les malédictions restent des malédictions et non des bénédictions ! De plus, en quoi les secondes malédictions sont-elles plus miséricordieuses que les premières ?
Dans son responsa, Rabbi David Ben Zimra זיע »א se demande pourquoi les malédictions de la paracha de Bé’houkotaï sont accompagnées de paroles de consolation tandis que celles énoncées dans la paracha de Ki Tavo ne sont pas accompagnées de paroles de consolation ? Voici sa réponse : « Il me semble que nous pouvons répondre qu’il n’était pas nécessaire de mentionner des paroles de consolation dans la paracha de Ki Tavo car il n’y a pas un seul verset où n’est pas mentionné le Nom divin י-ה-ו-ה qui est celui de la Miséricorde, afin de nous enseigner que leur approche était dans un esprit de Miséricorde, de l’ordre du verset : « Car Il blesse et panse la blessure, Il frappe et ses mains guérissent. » (שו »ת רדב »ז חלק ב סימן תשסט – איוב ה, יח)
Note : En effet, après les malédictions mentionnées dans la paracha de Bé’houkotaï, il est écrit : « Je Me souviendrai de Mon Alliance avec Yaacov, et aussi de Mon Alliance avec Its’hak et de Mon Alliance avec Avraham. Je M’en souviendrai. Je Me souviendrai de la terre… » (ויקרא כו, מב)
Le Baal Hatourim a écrit que dans notre Paracha, le Tétragramme est mentionné à 26 reprises dans les remontrances, correspondant aux 26 Noms divins que l’on prononce dans les 18 bénédictions de la prière de la Amida, en dehors de la bénédiction sur les impies. (בעל הטורים על דברים כח, סח)
Le ‘Hida זיע »א a écrit, au nom de Rabbi Yéhouda Arié Leïb זיע »א, que n’est pas mentionné le Tétragramme à chaque verset des malédictions mais qu’il est mentionné à 26 reprises. Le Nom divin ayant une valeur numérique de 26, lorsque nous multiplions ces 26 occurrences du Nom divin par sa propre valeur numérique de 26, nous obtenons 676, équivalant aux lettres רעות afin de pouvoir annuler toutes les mauvaises malédictions. (יוסף תהלות מזמור ס)
Rabbi Yéhouda Arié Leïb זיע »א ajoute une explication du verset suivant qui se trouve dans les psaumes : « רבות רעות צדיק ומכולם יצילנו ה' » « Nombreux sont les maux du Juste mais l’Éternel le préserve de tous. » (תהילים לד, כ) Il s’agit des 26 Noms divins י-ה-ו-ה qui sont mentionnés dans les malédictions et qui ont une valeur numérique équivalente à maux = רעות que les Justes peuvent endurer. (לב אריה פרשת וילך אות א)
D’après ces enseignements, il faut toutefois remarquer que le dernier verset des malédictions dans lequel est mentionné le Nom divin י-ה-ו-ה n’a pas été comptabilisé : « אלה דברי
הברית אשר צוה ה’ את משה לכרות את בני ישראל בארץ מואב מלבד הברית אשר כרת אתם בחרב » « Telles sont les paroles de l’Alliance que l’Éternel a ordonné à Moché de conclure avec les enfants d’Israël dans le pays de Moav, à part l’Alliance qu’Il avait conclue avec eux à ‘Horev. » (דברים כח, סט) Il convient de souligner que les Sages n’ont pas comptabilisé ce verset car il vient conclure notre paracha. Il n’est pas relié uniquement aux malédictions qui le précèdent mais également aux bénédictions précédentes, comme il est écrit au début de la paracha : « Ce sera si tu écoutes la voix de l’Éternel ton D.ieu pour garder, accomplir tous Ses commandements que Je t’ordonne aujourd’hui… toutes ces bénédictions viendront sur toi et elles t’atteindront… » (דברים כח, א)
Toutefois, un Tossefot, le Rokéa’h זיע »א écrit dans son commentaire sur la Torah que les malédictions contiennent 775 mots. Lorsque nous comptabilisons les mots dans l’Écriture, il est évident qu’il a inclus également le dernier verset : « Telles sont les paroles de l’Alliance que l’Éternel a ordonné à Moché de conclure avec les enfants d’Israël… » (הרוקח פרשת כי תבא)
Ainsi, d’après le Rokéa’h, nous recensons un Nom divin י-ה-ו-ה supplémentaire, ce qui nous donne un total de 27 fois le Nom divin י-ה-ו-ה qui forme un bouclier pour nous, face aux malédictions.
D’après ce commentaire du Rokéa’h, pourquoi Moché Rabbénou a-t-il choisi de mentionner dans les malédictions 27 fois le Nom divin י-ה-ו-ה ?
Nous pouvons répondre à cette question d’après l’enseignement lumineux du Ari Zal qui a écrit que le mot chabbat = שבת est équivalent à 27 fois le Nom divin י-ה-ו-ה. (פרי עץ חיים שער הנהגת הלימוד פ »א ד »ה עוד שבת)
Le « בני יששכר » explique pour sa part que toute la Torah est rédigée à partir des 22 lettres de l’alphabet classique ainsi que des cinq lettres finales מנצפ« ך. Chaque lettre puise sa force du Tétragramme י-ה-ו-ה qui est la source même de toute la Torah. Or, les Sages du Talmud nous ont enseigné que la Torah a été donnée au peuple d’Israël durant chabbat. (שבת פו:) C’est la raison pour laquelle lorsque nous multiplions la valeur numérique du Tétragramme, qui est de 26 par les 27 fois où il a été prononcé dans les malédictions, nous obtenons la valeur numérique de 702 qui est équivalente au mot chabbat = שבת. En effet, c’est durant le jour de chabbat que se dévoile la source de l’émanation divine des 27 lettres de la Torah qui ont été utilisées pour créer le monde. (בני יששכר מאמרי השבתות מאמר א אות א)
À ceci, nous pouvons ajouter l’enseignement du Zohar Hakadoch : « Qu’est-ce que chabbat ? C’est le Nom de Hakadoch Baroukh Hou. C’est un Nom divin parfait de toutes parts. » (זוהר יתרו פח:) Il faut expliquer à propos de ce Nom de Hakadoch Baroukh Hou, chabbat = שבת qu’en d’autres termes, il s’agit du Nom י-ה-ו-ה à partir duquel émane Sa Lumière sur la totalité des 27 lettres de la Torah, ce qui fait allusion au chabbat et en cela, il est effectivement parfait, de toutes parts, le chabbat étant venu parfaire la création.
Ainsi, nous devons expliquer que c’est la raison pour laquelle Moché Rabbénou a eu le mérite d’avoir la même intention que le Maître de l’univers. En effet, il demanda à mentionner à 27 reprises le Nom divin י-ה-ו-ה qui est l’équivalent du chabbat, pour nous enseigner que la force de la sainteté du chabbat peut nous préserver de toutes les malédictions. En effet, le chabbat est la source même de toutes les bénédictions des mondes supérieurs vers notre monde inférieur, comme il est rapporté dans le Zohar Hakadoch. (זוהר יתרו פח.)
Note : Consulter l’ouvrage : Le Verre de la Délivrance, qui explique les différentes étapes que nous traversons durant Chabbat pour atténuer la stricte rigueur des six jours de la semaine, dans nos éditions Tsror Ha’haïm.