Bélier vu de dos près d’un autel en pierres, dans une lumière dorée, évoquant la ligature d’Isaac dans la paracha Vayera.

VAYERA

Dans la paracha Vayéra, la ligature d’Its’hak révèle la force d’une intention sincère : Hachem la considère comme un acte accompli. À travers le sens des sacrifices et le double appel « Avraham, Avraham », ce commentaire explore la valeur de la pensée qui accompagne les mitsvot et la bonté divine qui la récompense.

Auteur : Beth Chelomo

Date : 23 octobre 2026

Sommaire :

  • La Akéda : quand une intention sincère est considérée comme un acte.
  • L’ange vient rassurer Avraham sur la valeur de son engagement.
  • Le mont Moria, lieu de la Akéda et du futur Temple.
  • Les sacrifices : unir la pensée, la parole et l’action.
  • Le bélier offert par Avraham à la place d’Its’hak.
  • « Avraham, Avraham » : le double mérite de l’intention et de l’action.

« ויהי אחר הדברים האלה והאלהים נסה את אברהם… »                                                      

« Ce fut après ces paroles et D.ieu éprouva Avraham… » (בראשית כב, א)

Rachi commente, au nom du Talmud : « Ce fut après ces paroles… » – Certains de nos Sages disent que l’on fait allusion ici aux paroles du Satan, qui, en effet, accusait et disait : « À  chaque festin que fit Avraham, il n’offrit rien devant Toi, ni colombe ni tourterelle. » D.ieu dit au Satan : « Il n’a rien fait si ce n’est pour son fils, si Je lui avais demandé : « Sacrifie-le devant Moi », il n’aurait pas refusé. » (סנהדרין פט:)

Nous devons réfléchir pourquoi Avraham n’offrit jamais de sacrifice à Hachem ? En effet, il ne le fera qu’après la Akeda (la ligature de Its’hak), comme il est écrit : « Avraham alla, prit le bélier et le fit monter en holocauste … » (בראשית כב, יג)

Pour comprendre, introduisons le sujet par le récit relatant que Hakadoch Baroukh Hou appela Avraham Avinou, dans la section de la Akeda, à deux reprises : Il appela Avraham pour la première fois, au début de la paracha, comme il est écrit : « Ce fut après ces paroles et D.ieu éprouva Avraham et lui dit : « Avraham…» et il dit « me voici ».

Hachem l’appela une seconde fois à la fin de la paracha, ainsi qu’il est écrit : « L’ange de l’Éternel l’appela du Ciel et dit : « Avraham Avraham… » – il répondit : « me voici ». (בראשית כב, יא)

Nous voyons que, lorsque Hachem appelle Avraham la première fois, avant la Akeda, Il ne mentionne qu’une seule fois le nom d’Avraham. Par contre, après la Akeda lors du second appel, son nom est cité à deux reprises ?

Le Talmud nous enseigne, à ce sujet, un grand principe du judaïsme : « Hakadoch Baroukh Hou considère une bonne pensée comme un acte » (קידושין מ.)[1]. Nous voyons cette notion dans notre paracha : « Parce que tu as fait cette chose-là et tu n’as pas épargné ton fils, ton unique » (בראשית כב, טז) Avraham n’a pourtant pas sacrifié concrètement son fils. Malgré tout, Hachem dit dans l’Écriture : « Parce que tu as fait cette chose-là. »

Nous apprenons d’ici « Que Hachem considère une bonne pensée, comme si elle avait été réalisée dans les faits ». Puisque Avraham a réellement eu l’intention de sacrifier son fils Its’hak – seule l’intervention de Hachem l’en ayant empêché – sa pensée est considérée comme s’il avait réellement sacrifié son fils.

Sur ce sujet, le Rav Moché Tsvi de Savaran dit : « Avraham Avinou était triste et malheureux de ne pas avoir pu accomplir le commandement Divin de sacrifier Its’hak. Aussi, pour le réconforter dans sa peine, Hachem lui envoya l’ange créé par la mitsva de la Akeda (chaque fois qu’un homme accomplit une mitsva, un ange est créé), pour prouver à Avraham que la mitsva du sacrifice de Its’hak a été comptabilisée comme si elle avait été réalisée ».

C’est, dans ce sens, que l’ange s’adresse à Avraham et lui dit: « N’envoie pas ta main sur l’enfant et ne lui fais rien. » (בראשית כב, יב) – N’égorge pas Its’hak ! Ne t’inquiète pas de ne pas avoir accompli la mitsva : « Maintenant Je sais que tu crains D.ieu et tu n’as pas épargné ton fils, ton unique, pour Moi. » En vérité, tu n’as pas épargné ton fils, ton unique pour le sacrifier dans ta pensée et cette pensée est considérée comme accomplie concrètement. La preuve est donnée par la parole de l’ange qui dit : « de moi » car j’ai été créé par la mitsva du sacrifice de Its’hak sur l’autel.

Nous devons comprendre ce principe fondamental du judaïsme : « Une bonne pensée, intention, est considérée comme un acte. » (קידושין מ.) –  Pourquoi ceci nous est-il enseigné ici, précisément au moment de la ligature de Its’hak au Mont Moria (où se tiendra, à l’avenir, le Temple) ?

Il faut savoir que le but du Beit Hamikdach est d’apporter des holocaustes, comme l’explique le Rambam : « Il y a un commandement positif de la Torah de faire un Temple pour l’Eternel, prêt pour y sacrifier des holocaustes, un endroit de rassemblement pour les fêtes trois fois par an, comme il est dit : «Vous ferez pour Moi un sanctuaire. » (בית הבחירה פא’ ה’)

Le Ramban ajoute : « Pour que l’acte de l’homme qui amène un holocauste soit complet et répare sa faute, Hachem a ordonné à l’homme d’apporter son sacrifice en passant par trois étapes qui représentent trois domaines : la pensée, la parole et l’action, ceci se déroule comme suit :

  • Il doit poser ses mains sur l’animal, ce qui se rapporte à la réparation de l’acte ;
  • Il doit se confesser, afin de réparer par la parole ;
  • Enfin, il doit brûler les reins, qui sont les ustensiles de la pensée et des envies[2], les cuisses représentent les mains et les pieds de l’homme dans tout ce qu’il peut accomplir comme action et il jettera le sang sur l’autel en symbole du sang de sa vie.

Tout ceci est accompli afin que l’homme prenne conscience que, à cause de la faute commise avec son corps et son âme, il aurait dû verser son propre sang et brûler son propre corps, si ce n’était la bonté du Créateur Qui nous a donné la possibilité d’expier et de racheter nos péchés – mesure pour mesure – du sang contre du sang, une vie contre une vie, la tête et les membres de l’animal offerts en sacrifice en contrepartie de l’homme. »  (רמב »ן ויקרא א, ט)

Il ressort clairement de ces paroles que le but du sacrifice est de conduire l’homme à la réflexion. Afin qu’il comprenne que tout ce qui est fait à l’animal (égorgement, le sang versé, la combustion etc…) aurait été applicable à l’homme et, par cette pensée, il prend conscience qu’il aurait dû monter lui-même sur l’autel en tant que holocauste.

Ce sont également les paroles du Zohar Hakadoch : « Un homme qui sacrifie un holocauste, c’est comme s’il sacrifiait sa vie. » (זוהר ח »א, רנח)

L’Écriture nous fait également une allusion à cette idée : « un homme qui apportera de vous, une offrande pour l’Éternel. » (ויקרא א, ב) – car, en vérité, l’homme qui faute devrait mourir en sacrifice afin de réparer sa propre faute, si ce n’était la bonté Divine qui nous a indiqué d’amener un animal à la place.

À présent, nous comprenons pourquoi Hakadoch Baroukh Hou a dévoilé ce fondement du judaïsme (qu’une bonne pensée est considérée comme un acte) précisément au moment de la Akeda de Its’hak au Mont Moria, l’endroit du Temple. Ceci en vue de préparer la mitsva d’apporter des sacrifices au Beit Hamikdach ; car le but essentiel d’apporter une bête en holocauste est, en fait, de conduire l’homme à la réflexion qu’il aurait dû lui-même être à la place de ce sacrifice « Une bonne pensée est considérée comme une action ». On considérera donc l’homme comme s’il s’était sacrifié lui-même.

Ceci explique également pourquoi Avraham Avinou n’apporta pas de korbane avant la ligature de Its’hak. Il pensait, en effet, qu’une bonne pensée ne peut être considérée comme une action et que le but de la création de l’homme était qu’il se réalise en accomplissant les commandements de façon concrète et matérielle. Seulement, après que l’ange lui ait dit : « Puisque tu as fait cette chose-là », Avraham comprit alors qu’une bonne pensée est considérée comme un acte. Au moment de sacrifier le bélier, il dit à Hakadoch Baroukh Hou : « Maître du monde, considère le sang de ce bélier comme si c’était celui de Its’hak, mon fils … »  (בראשית רבה ו, יג)

Maintenant, il nous reste à expliquer pourquoi, après la Akeda, Hachem appela Avraham en doublant son nom : « Avraham, Avraham …»

Commençons par un passage de la Guémara : « Les Sages nous ont enseigné : il y eut un désaccord entre Bet Chamaï et Bet Hillel pendant deux ans et demi. Les premiers disent qu’il aurait été préférable pour l’homme de ne pas avoir été créé, plutôt que d’avoir été créé. Les seconds disent qu’il est préférable pour l’homme d’avoir été créé plutôt que de ne pas avoir été créé. En conclusion, ils ont fait les comptes, et enseigné qu’il aurait été préférable que l’homme ne soit pas créé plutôt que d’être créé.» (עירובין יג:)[3]

Le Maharcha explique que le mot נמנו = « compté » vient du mot מנין = « miniane » qui veut dire nombre. Ils virent que le nombre de mitsvot est de 613 pour Israël, il y a 365 mitsvot négatives et 248 positives. S’il en est ainsi, d’un côté l’homme peut accomplir 248 mitsvot positives mais, d’un autre côté, il peut, ‘halila, transgresser une des 365 mitsvot négatives. Puisque les mitsvot négatives sont plus nombreuses, la possibilité de fauter est plus grande. C’est donc après avoir fait « le compte » qu’ils arrivèrent à la conclusion qu’il aurait été préférable que l’homme ne soit pas créé.

Tous les Commentateurs expriment leur étonnement face à ce commentaire du Maharcha. En effet, Hakadoch Baroukh Hou n’est que bonté, Ses objectifs et Sa façon de procéder ne sont que pour le bien de Ses créatures. S’il en est ainsi, comment se peut-il que Hachem ait créé l’homme en le mettant dans une situation où la possibilité de fauter est supérieure ?

Le Gaon Hakadoch Rabbi Chamalka de Niklesbourg répond, en s’appuyant sur un autre passage de Guémara  dans le traité Kidouchin, que nous avons vu plus haut : « Une bonne intention est considérée comme un acte, une mauvaise intention n’est pas considérée comme un acte. » (קידושין מ.)

D’après cela, nous pouvons dire qu’une mitsva positive est multipliée par deux : car, en effet, la pensée s’additionne à l’acte de la mitsva, nous avons donc 248 mitsvot dans la Torah, multipliées par deux (soit 248 + 248 = 496).  Par conséquent, nous avons plus de mitsvot positives que de mitsvot négatives et donc la possibilité de gain pour l’homme est plus grande que la possibilité de perte.

Ceci nous explique désormais également pourquoi Hachem appelle, après la Akeda, Avraham à deux reprises : Avraham a, en effet, pour valeur numérique 248, ce qui correspond aux 248 mitsvot positives. Aussi, avant la Akeda, lorsque Avraham ne pensait pas qu’une bonne intention était considérée comme une mitsva pleine et entière, Hakadoch Baroukh Hou ne l’appela qu’une seule fois par son nom, ce qui vaut 248, équivalant aux 248 mitsvot accomplies de façon concrète, comme le pensait alors Avraham. Cependant, après la ligature de Its’hak, alors que Avraham était triste de ne pas avoir accompli la mitsva de sacrifier son fils, Hachem désira lui enseigner que la pensée était comptée dans les mitsvot, ainsi il est écrit : « L’ange de l’Éternel l’appela du Ciel et dit : Avraham, Avraham ! Et il dit : me voici. »

Hachem voulut alors faire une allusion à Avraham en l’appelant deux fois. Ceci afin de lui signifier que les commandements positifs qu’il réalise sont en fait multipliés par deux (Avraham = 248 qui correspond à la pensée, et Avraham = 248 qui correspond à l’acte) et qu’il ne doit donc pas s’attrister de ne pas avoir sacrifié Its’hak, cela étant de toute façon considéré dans le Ciel comme s’il l’avait effectivement sacrifié sur l’autel.

[1] En effet, il est rapporté dans le Talmud au sujet du verset : « Alors ceux qui craignent Hachem s’adressèrent l’un à l’autre, Hachem écouta et Il entendit, et un livre de souvenirs fut écrit devant Lui, en faveur des craignants Hachem et ceux qui songent à Son Nom » (מלאכי ג, טז) – Que signifie       « en faveur de ceux qui songent à Son Nom » ? Rav Assi dit : même si un homme a songé à accomplir une mitsva et qu’il fut empêché de l’accomplir, l’Écriture le lui compte comme s’il l’avait accomplie. Par contre, si l’homme songe à fauter, la Torah considère les hommes comme fondamentalement justes. Par conséquent, si quelqu’un a songé à pécher mais n’a pas mené à bien son dessein, il y a lieu de présumer qu’il n’aurait pas concrètement péché. (קידושין מ.)

[2] Dans la Torah, les reins sont décrits comme étant le siège des intentions. D’après Rachi, ceci peut être déduit du verset : « Je bénirai Hachem Qui me conseille, même de nuit mes reins m’exhortent » (תהילים טז,ז) – Le Talmud rapporte également : les Sages ont enseigné dans une beraïta : les reins conseillent, le cœur délibère, la langue articule, la bouche conclut… (ברכות סא.)

[3] La conclusion de cette beraïta est que, puisque de toute façon, l’homme est déjà créé, alors il doit scruter ses actions. (עירובין יג:)