Le Mal : une grande illusion

« ויאמר ה’ אל משה בא אל פרעה כי אני הכבדתי את לבו… למען שתי אתתי… « 

 « L’Éternel dit à Moché : « Va vers Pharaon ; car Moi, J’ai endurci son cœur (…) dans le but de réaliser tous ces signes. » (שמות י, א)

Pourquoi l’Écriture mentionne-t-elle la requête d’Hachem envers Moché d’aller auprès de Pharaon pour le prévenir ? Ne s’était-il pas déjà rendu chez Pharaon auparavant sans pour autant que cela ne fût explicite ?

D’après le sens littéral, « Va vers Pharaon » nous indique que trois autres plaies devaient encore s’abattre sur l’Égypte. En effet, le mot « va » = בא a une valeur numérique égale à 3. (בעל הטורים)

Le Or Ha’Haïm hakadoch זצ »ל explique qu’en utilisant le terme « va » = בא, contrairement aux autres plaies, le texte souhaite nous indiquer que Pharaon s’était caché dans l’une de ses chambres fortes secrètes qu’il avait ensorcelées de toute part afin de ne pas être retrouvé. Il avait prononcé des incantations et sollicité des démons pour que sa cachette soit invisible et que personne ne puisse le retrouver ; comme s’il n’était plus de ce monde. Hakadoch Baroukh Hou savait que si Moché rabbénou le cherchait, il ne le trouverait pas. L’Éternel dit donc à Moché : « Va vers Pharaon », autrement dit : « Je te montrerai où il se trouve ». Moché s’exécuta et parvint à retrouver Pharaon sans la moindre difficulté. Lorsque Pharaon aperçut Moché, il fut extrêmement surpris. Il lui demanda : « Comment es-tu entré ? Comment as-tu fait pour trouver cet endroit ? » Moché lui répondit : « J’ai emprunté la même porte par laquelle tu es entré ». (אור החיים בא)

La surprise de Pharaon était si grande qu’il se dit : « Les plus grands sorciers d’Égypte ne peuvent entrer dans cette pièce, car j’ai mis en place une garde surnaturelle autour de ce lieu… » En effet, par ses forces d’impureté, Pharaon y plaça des meutes de chiens noirs de très grande taille. Ils n’étaient autres que des démons capables de nuire à tout celui qui tenterait d’y pénétrer. Alors que Moché certifia être entré par la même porte que lui, Pharaon comprit que Moché bénéficiait de la protection d’un Gardien Unique. Malgré tout, son cœur s’endurcit et il ne délivra pas Israël, c’est la raison pour laquelle Hakadoch Baroukh Hou demanda à Moché d’aller à sa rencontre…

Voici une explication surprenante de notre verset d’après le sod, rapportée par le Zohar hakadoch :

Lorsque nous associons le verbe « va » = בא avec le nom « Pharaon »= פרעה, nous obtenons la guématria du mot « serpent » = נחש, soit 358, qui est également la valeur numérique du nom « Satan » = שט« ן.

En d’autres termes, lorsqu’il est écrit : « Va vers Pharaon », cela signifie : « Va vers le Satan représenté par le serpent originel des six jours de la création ». Note 1 : L’intention d’Hachem était de sous-entendre à Moché : « Va vers Pharaon qui est, dans les mondes supérieurs, l’expression de la klipa et de la touma, l’ange de prédilection de toute l’Égypte et non le Pharaon de ce monde-ci ». Moché rabbénou redouta fortement de s’approcher de l’essence même de Pharaon au risque d’être touché par la puissance redoutable des forces d’impureté. C’est pourquoi Hakadoch Baroukh Hou le rassura et lui dit : « J’irai avec toi dans les mondes supérieurs, à la rencontre de Pharaon qui est à la tête des forces d’impureté ». C’est là le sens du verset : « Va vers Pharaon ». Et effectivement, il n’est pas écrit : « Pars chez Pharaon » puisqu’Hakadoch Baroukh Hou le rassura : « Viens avec Moi, nous irons ensemble et nous frapperons la source du mal qu’est Pharaon. Note 2 : Suite à cela, Hachem fit entrer Moché dans l’antichambre des mondes supérieurs où se trouve la source des forces d’impureté. Lorsque Moché rabbénou mesura la puissance redoutable des forces du sitra a’hra, il s’interrogea : « Est-ce seulement possible de les combattre ? » Hakadoch Baroukh Hou lui répondit : « Après les trois prochaines plaies, Je soumettrai les forces du mal et Je descendrai Moi-même libérer Mes enfants d’Égypte ». (זוהר בא דף לד.)

Note 1 : Il est écrit dans le Talmud que le mauvais penchant a sept noms : Raa, Arel, Tamé, Soné, Mikhchol, Even, Tséfoni.  (סוכה נב.) Lorsque nous additionnons les valeurs numériques des initiales de chaque nom, nous obtenons le nombre 910 qui est aussi la guématria du mot « שתי » = « Je place » utilisé dans notre verset initial : « למען שתי אתתי « . Cela nous enseigne que Pharaon possédait en lui les 7 sortes de mauvais penchants. (דורש ציון)

Note 2 : Comprenons qu’en tant qu’êtres humains, créatures terrestres, nous sommes le reflet d’une émanation provenant des mondes supérieurs. Ainsi, lorsque nous parlons du Pharaon des mondes supérieurs, nous faisons référence à la source de ce qu’il représente. Car le Pharaon de chair et de sang dont nous parlons est juste un reflet de sa source, dont l’origine se trouve dans les mondes supérieurs.

A présent développons notre analyse. Pourquoi Hachem demanda-t-Il à Moché de Le suivre vers le Pharaon des mondes supérieurs, à sa source du mal, précisément durant la plaie des sauterelles ?

Pharaon pensait que deux forces antagonistes s’opposaient. D’un côté, celle des Égyptiens, avec leurs idoles ; de l’autre, celle des hébreux avec à leurs côtés, l’Éternel D.ieu. Pharaon refusa donc de se soumettre pour plusieurs raisons :

  • « Vous, le peuple juif, êtes la projection de la sainteté des mondes supérieurs, dans ce monde tandis que je suis la projection des forces d’impureté dans ce monde ».
  • « Vous, le peuple juif, émanez du bien, tandis que je suis par définition l’émanation du mal ».
  • « Vous, le peuple juif, incarnez la bénédiction et la pureté, tandis que j’incarne la malédiction et la klipa ».

Or durant la plaie des sauterelles, tous ces arguments s’avérèrent caduques. Pharaon voulut tourner la plaie des sauterelles à son avantage en inversant le bien et le mal. Il n’attendait qu’une seule chose : la mort des sauterelles. Il prévoyait de les saler et de les conserver en vue de préparer des bons plats… Inverser cette plaie de mauvais augure à son avantage en la transformant en plaisir corporel était pour lui un signe de victoire.

Le Midrach raconte à ce sujet que lorsque survint la plaie des sauterelles, les égyptiens se réjouirent. Afin de s’enrichir, ils se rassemblèrent et réunirent un maximum de fûts dans lesquels ils conservèrent les sauterelles qui avaient envahi le pays par millions. Immédiatement, l’Éternel leva un vent d’Est puissant qui balaya toute l’Égypte jusqu’à ce qu’il ne reste plus aucune sauterelle. Même les sauterelles que les égyptiens avaient réussi à mettre en conserve dans des tonneaux disparurent avec les autres. (מדרש הגדול י, יט)

Hakadoch Baroukh Hou déclara : « Viens et regarde combien les forces d’impureté sont puissantes. Le serpent n’a en réalité aucune force car le mal n’a aucune substance, il n’est que néant. Ne te méprends pas à croire qu’il est possible de mener un quelconque chemin à partir du sitra a’hra car il n’est qu’illusion. Tout ce qui germe, éclot et prospère à partir du yetser hara n’est que fourvoiement. L’essence de la vie se trouve dans la kédoucha et le service divin ». Voilà pourquoi le commandement de nous souvenir chaque jour de la sortie d’Égypte nous fut donné, afin que nous sachions et que nous nous rappelions que rien n’existe en dehors de la sainteté de la Torah.