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À travers les vingt-deux lettres de la Torah, la prière de l’homme devient le canal par lequel l’abondance divine se répand dans l’ensemble de la Création. Lorsqu’un Juif prie avec tout son cœur, il ne prie pas seulement pour lui-même : il élève les mondes, renouvelle leur vitalité et devient le représentant de toutes les créatures devant le Créateur.
Auteur : Beth Chelomo
Date : 28 juillet 2026
Sommaire :
- La Torah définit la prière comme le service divin accompli avec le cœur.
- La juxtaposition des versets relie la prière à la pluie et à l’abondance.
- Selon le Maguid de Mezeritch, la prière de l’homme éveille les cantiques des mondes supérieurs.
- L’homme contient en lui une part de tous les niveaux de la Création.
- Le monde a été créé à partir des vingt-deux lettres de la Torah.
- Ces lettres constituent vingt-deux canaux permettant à la vitalité divine de parvenir dans le monde.
- Par ses paroles, l’homme renouvelle l’énergie spirituelle présente dans ces lettres.
- Lorsqu’il prie, il devient le chalia’h tsibour, le représentant de toute la Création.
- Les animaux et les anges ne peuvent pleinement élever leur cantique qu’à travers la prière d’Israël.
Suivez le plan à la lettre !
» וְהָיָה אִם שָׁמֹעַ תִּשְׁמְעוּ אֶל מִצְוֹתַי אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוֶּה אֶתְכֶם הַיּוֹם לְאַהֲבָה אֶת יְהֹוָה אֱלֹהֵיכֶם וּלְעָבְדוֹ בְּכָל לְבַבְכֶם וּבְכָל נַפְשְׁכֶם »
« Tu mangeras, tu seras rassasié et tu béniras l’Éternel ton D.ieu pour la bonne terre qu’Il t’a donnée. » (דברים יא, יג)
Nos maîtres, de mémoire bénie, s’interrogent à propos du verset : « Pour aimer l’Éternel votre D.ieu et le servir de tout votre cœur. » (דברים יא, יג) Quel est le service divin qui doit être accompli à l’intérieur du cœur ? Il s’agit de la prière. Et puisque le verset suivant annonce : « Je vous donnerai la pluie pour votre terre en son temps, les pluies précoces et tardives. » (תענית ב. – דברים יא, יד), la juxtaposition des deux versets associe la pluie et la prière.
Toutefois, les Sages du Talmud nous avertissent que puisque la prière se trouve dans les hauteurs du monde, par nature, les êtres humains la négligent. (ברכות ו:)
Pourquoi les Sages d’Israël ont-ils particulièrement relié le service divin, qui prend sa source dans le cœur, à la prière, plus que n’importe quel autre commandement ?
Le Maguid de Mezeritch זיע »א délivre, à propos de la prière, un enseignement très concis : « Lorsqu’un Juif se tient pour prier, dans la crainte et la miséricorde, automatiquement, un cantique est prononcé dans la totalité des mondes supérieurs. Tous les anges, les séraphins ainsi que toutes les autres créatures célestes prononcent un cantique car ils sont tous inclus à l’intérieur de l’homme et tel est le sens de l’Ecriture : « Le Cantique des cantiques… » (שיר השירים א, א) Cela signifie qu’il existe un premier cantique prononcé par le Juif dans le monde d’en bas, qui entraîne automatiquement, une multitude de cantiques dans les mondes supérieurs. En ce sens, lorsque l’homme chante de toute son âme, de tout son cœur et de toutes ses forces, en y investissant toute son intention, il incarne la suite du verset : « … composé par Salomon » (שם) car il était le roi sur lequel la paix s’étendait. En d’autres termes, il savait parfaitement devant qui il priait. » (מגיד דבריו ליעקב אות רעד)
Expliquons son enseignement à l’aide des paroles du Ari Zal qui explique le verset suivant : « Faisons l’homme à Notre image et à Notre ressemblance. » (בראשית א, כו) Note Les Sages observent par l’emploi du terme « faisons » conjugué au pluriel qu’il aurait été plus logique d’écrire : « Je fais l’homme. » puisque Hakadoch Baroukh Hou est un et unique. Par ailleurs, le Zohar Hakadoch rapporte, à propos de notre verset : « D.ieu dit : faisons l’homme » (שם), après avoir terminé leur travail, Hakadoch Baroukh Hou dit aux artisans: « Il me reste une création à faire avec la participation de tous, réunissez-vous tous ensemble pour que chacun apporte sa contribution et Moi Je m’associerai à vous pour lui donner une part de Moi-même. » Il s’agit là du sens du verset : « Faisons l’homme à Notre image et à Notre ressemblance. » (שם) Nos Sages ont expliqué que la dimension et le titre de « Adam » s’appliquent uniquement à Israël, comme il est écrit : « Vous mes brebis, brebis que Je fais paître, vous êtes des hommes, Adam, Moi Je suis votre D.ieu, dit l’Éternel D.ieu. » (יחזקאל לד, לא) Ceci vient donc exclure les nations. « Que se réjouisse Israël de sa singularité ! » (זוהר פנחס רלח:)
Note : Ce verset est certainement l’un des plus complexes et profonds de toute la Torah. Bien que ce verset soit rapporté dans la plupart de nos ouvrages avec des explications porteuses de différentes nuances, il sera abordé pleinement avec son explication kabbalistique dans l’ouvrage Les secrets de la procréation dans nos éditions Tsror Ha’haim.
Le Ari Zal souligne que l’Ecriture emploie la forme du pluriel pour la création de l’homme alors que cela n’a pas été le cas pour toutes les autres créatures car l’émanation suprême a conçu la création en sachant que celle-ci n’a pas la capacité d’accéder à un niveau situé au-delà de ce qu’elle est. Ceci n’est pas le cas pour l’homme qui pour sa part, possède une aptitude à atteindre la totalité des mondes supérieurs et les unir dans l’unité suprême car telle est son essence. Ainsi, la volonté du Créateur était de nous attribuer une partie de chaque monde supérieur afin que ceux-ci prennent en pitié l’homme. S’il en vient à transgresser et à endommager la totalité des mondes, ces derniers demanderont miséricorde pour lui et s’il en a le mérite, la totalité des mondes se réjouiront à travers lui. Telle était la volonté du Créateur lorsqu’Il « prit conseil » auprès de Ses armées célestes. » (ליקוטי תורה כי תשא ד »ה ועתה) FIN
À présent, nous pouvons comprendre les paroles du Maguid de Mezeritch זיע »א quand il explique que lorsque l’homme chante un cantique, une multitude de cantiques sont prononcés dans les mondes supérieurs par les armées célestes. Cependant, le Maguid nous apporte un autre enseignement éblouissant sur notre sujet : « Nous savons que c’est grâce à la combinaison et à l’association des lettres que la totalité des mondes se maintiennent et chacune des paroles des six jours de la création se tient dans la totalité des mondes, depuis le début de la création, illuminant de vitalité chacune d’entre elles et tel est le sens du verset :
« לעולם ה’ דברך נצב בשמים »
« Pour l’éternité, Éternel, Ta parole demeure immuable dans les cieux. » (תהילים קיט, פט) Ainsi, c’est par l’intermédiaire des prières d’Israël que l’abondance de la vitalité se renouvelle sur les lettres qui se combinent et s’associent pour former des mots et des paroles dans la totalité des mondes. Il se trouve que nos paroles vont s’imprégner d’une nouvelle vitalité et éclairer davantage : tel est le sujet des cantiques. On peut ajouter que c’est la raison pour laquelle il a été institué de dire le Pérek Chira, chaque jour, tout de suite après la prière. Celui qui est doué de discernement comprendra mes propos. » (מגיד דבריו ליעקב אות רעד)
Comment comprendre la suite des propos du Maguid de Mezeritch ?
Commençons par introduire les paroles du Midrach : « La Torah déclare : j’ai été l’outil d’artisanat de Hakadoch Baroukh Hou. Lorsqu’un roi de chair et de sang désire construire son palais, il ne le fait pas lui-même mais fait appel à un architecte. Ce dernier ne bâtit pas le palais lui-même mais le conçoit à partir d’un plan d’architecture afin de déterminer où se situeront les différentes pièces du palais. Il en va de même avec Hakadoch Baroukh Hou qui a regardé la Torah avant de créer le monde. » (בארשית רבה א, א)
Nous apprenons de ce Midrach que le Maître de l’univers a créé le monde à partir des 22 lettres de la Torah. C’est sur cet enseignement que le Séfer Yétsira est fondé et il détaille comment chaque parole a créé le monde à partir de 22 lettres.
Le Mégalé Amoukot révèle que l’homme a été créé à partir des 22 lettres de la Torah. Ces dernières constituent 22 canaux qui descendent jusque dans notre monde, ici-bas, d’après le secret du verset :
« בך יברך ישראל »
« Par toi, Israël bénira. » (בראשית מח, כ) car chaque lettre constitue un canal unique qui déverse de l’abondance dans ce monde. (מגלה עמוקות ויצא)
Note : Le Mégalé Amoukot écrit par ailleurs à ce sujet que les 22 lettres de la Torah, depuis la lettre א jusqu’à la lettre ת, correspondent à 22 canaux reliés à notre monde. Il s’agit là du secret du verset « בך יברך ישראל » (בראשית מח, כ) en ce sens que le terme בך a une valeur numérique de 22 correspondant aux 22 lettres de la Torah. (מגלה עמוקות ואתחנן אופן נ)
Rabbi Elimélekh de Lijensk זיע »א écrit, au nom de son maître, le Maguid de Mezeritch זיע »א: « Lorsque la Volonté divine a souhaité créer le monde pour prodiguer du bien à Ses créatures, Hakadoch Baroukh Hou a rétracté Son émanation. J’ai entendu de la bouche de mon maître que l’émanation divine, une fois rétractée, s’est insérée dans les lettres de la Torah utilisées par D.ieu pour créer le monde. Il m’a dit que telle est l’explication des paroles de nos Sages « כביכול ברוך הוא » (עירובין כב. – יומא ג: – מגילה כא. – חגיגה יג:), ce qui signifie que c’est par les כב = 22 lettres de la Torah que Hakadoch Baroukh Hou יכול = peut résider dans ce monde. Lorsqu’un juste s’affaire à l’étude de la Torah au Nom du Ciel et dans la sainteté, il attire à l’intérieur des lettres de la Torah, la Présence du Créateur tout comme elle y résidait au moment de la création, apportant ainsi à l’homme une élévation. » (נועם אלימלך פרשת וירא) Après avoir cherché, je n’ai trouvé aucune expression similaire dans le Talmud, si ce n’est le terme » כביכול » qui signifie : « si l’on peut s’exprimer ainsi ». Rachi explique, d’après le sens littéral, qu’il s’agit d’une négation signifiant que la description présentée au sens littéral ne peut pas être comprise comme telle. (רש« י יומא ג) Cette expression est souvent employée au sujet de descriptions physiques attribuées à D.ieu. Rabbi ‘Haïm Vital nous a d’ailleurs averti dans ses écrits, dans ses introductions : « Tu dois savoir et comprendre qu’il ne se trouve aucun corps dans les mondes supérieurs, aucune corporéité, que D.ieu nous en préserve. Toutes les images mentionnées dans le Zohar Hakadoch et dans les autres livres de kabbala l’ont été uniquement afin de rendre cette sagesse intelligible à l’esprit humain. Sans ce type d’allégories, l’homme ne pourrait accéder à des notions aussi élevées dans la compréhension du divin. Aussi est-il permis de s’exprimer en utilisant des métaphores que nous trouvons également dans les versets de l’Ecriture, comme il est écrit par exemple : « Les yeux de l’Éternel sont tournés vers les Justes. » ou encore : « D.ieu créa l’homme à Son image, à l’image de D.ieu. » (בראשית א, כו) Si la Torah elle-même s’exprime de cette façon, nous pouvons nous aussi utiliser ce type de langage. Nous pouvons également utiliser la forme des lettres qui contiennent des lumières spirituelles. Néanmoins, il est évident qu’il n’existe aucune lettre à proprement parler dans les mondes supérieurs. C’est encore une fois une méthode allégorique utilisée pour rendre cette sagesse compréhensible à l’homme. (מהרח« ו שער הקדמות הקדמה) En effet, le Maguid de Mezeritch זיע »א s’appuie sur les enseignements du Ari Zal expliquant que lorsque le Maître du monde, béni soit Son Nom, a voulu créer ce monde matériel, Il a vu, dans Son infinie sagesse, que les créatures n’auraient pas la capacité de recevoir l’émanation de Sa grande lumière qui n’a ni fin ni limite. Ainsi, le Créateur rétracta l’intensité de Sa lumière immense, à plusieurs reprises, afin que Ses créatures, qui sont des êtres émanés, puissent recevoir Sa lumière en fonction du potentiel de chacun. (עץ חיים שער א ענף ב) Le corps même de l’être humain commence à se matérialiser à partir des 22 lettres de l’alphabet, comme rapporté par le Ari Zal. (עץ חיים שער לד פרק ב כלל כא)
Il faut donc expliquer que les 22 lettres de la Torah servent de supports et de réceptacles à l’émanation rétractée du Maître de l’univers et c’est là le sens de l’expression כביכול qu’il faut comprendre comme ceci : c’est à travers les כב= 22 lettres de la Torah que Hakadoch Baroukh Hou יכול = peut déverser Son abondance sur le peuple d’Israël – lorsque celui-ci les prononce – et résider dans ce monde.
À présent, nous pouvons comprendre l’importance particulière et le niveau très élevé de la prière que le peuple juif effectue chaque jour. En effet, aucune créature de l’Éternel ne peut recevoir d’abondance sans les 22 lettres que nous prononçons durant nos prières qui incarnent les 22 canaux, qui déversent l’abondance aux êtres créés et qui sont alimentées par la parole de l’homme. De fait, aucune créature au monde n’a bénéficié du don de la parole à l’exception de l’homme.
Ainsi, nous pouvons expliquer que Hakadoch Baroukh Hou a délégué la responsabilité du maintien à l’existence de la création à l’homme qui, par ses prières, va endosser le rôle du chalia’h tsibour pour l’ensemble de la création, entièrement incluse à l’intérieur de lui, comme nous l’avons appris plus haut. Par conséquent, lorsque l’homme prie de tout son cœur devant l’Éternel, sa prière contribue à la pérennité de l’ensemble de la création qui sera acquittée par sa parole, l’homme étant le seul à pouvoir prononcer les 22 lettres qui sont le réceptacle de l’abondance pour la création. Grâce à cela, c’est l’ensemble des êtres émanés de tous les mondes qui reçoivent l’abondance de vitalité par l’intermédiaire des 22 canaux que sont les 22 lettres de la Torah. Ainsi, l’ensemble de la création reçoit sa vitalité par le mérite de la prière de l’homme lorsqu’il la récite et ceci va dans le sens de l’enseignement : « Rabbi Eliezer Hagadol enseigne : tout celui qui s’affaire au Pérek Chira chaque jour, je témoigne à son égard qu’il héritera du monde futur. » (פרק שירה)
Cependant, lorsque l’on observe le Pérek Chira, il semblerait que les animaux eux-mêmes prononcent des cantiques. Dans ce cas, quelle est la spécificité des prières et des cantiques que l’homme prononce chaque jour ?
D’après ce que nous avons développé, nous pouvons répondre que les animaux prononcent effectivement des cantiques, selon leur langage, qui ne restent toutefois qu’une allusion, les animaux étant dénués des 22 lettres de la prière. Incarnant la quintessence de toute la création, l’homme à la capacité, grâce à sa bouche et sa langue, de prononcer concrètement les 22 lettres de la Torah tout comme D.ieu Lui-même les a prononcées pour créer le monde. Ainsi, la prononciation des 22 lettres par l’homme dans sa prière seront le réceptacle qui permettra aux animaux de recevoir l’abondance et la vitalité.
De plus, il faut ajouter que ceci est applicable aux créatures célestes. En effet, nos Sages, de mémoire bénie, nous ont déjà enseigné que les anges de service ne peuvent pas prononcer de cantiques dans les mondes supérieurs tant que le peuple juif n’a pas prononcé de louanges dans le monde d’en bas. (חולין צא:) Ainsi, il s’agit de la même règle générale : aussi bien pour les créatures terrestres que pour les créatures célestes, chaque Juif a le statut du chalia’h tsibour de toute la création. En prononçant la prière, l’homme acquitte chaque créature, depuis les minéraux, les végétaux, les animaux, jusqu’à l’ensemble des créatures célestes qui se trouvent dans les mondes supérieurs.