Puits en pierre et cruche en terre cuite à l’aquarelle, évoquant la bonté de Rivka dans la paracha ‘Hayé Sarah.

HAÏ SARAH

Pourquoi Avraham attache-t-il tant d’importance au choix de l’épouse d’Its’hak ? À travers la mission d’Eliezer et la générosité de Rivka, ce commentaire de ‘Hayé Sarah révèle combien la bonté et l’humilité sont essentielles pour bâtir un foyer où règnent la paix et la Présence Divine.

Auteur : Beth Chelomo

Date : 4 novembre 2026

Sommaire :

  • Le refus d’Avraham de choisir une épouse cananéenne pour Its’hak.
  • La distinction entre les croyances erronées et les mauvais traits de caractère.
  • L’épreuve d’Eliezer : reconnaître la bonté à travers les actes.
  • Rivka et le don spontané, attentif aux besoins de l’autre.
  • Le « bon cœur », source de toutes les bonnes qualités.
  • L’orgueil comme obstacle à la Présence Divine.
  • L’humilité, fondement de la paix et de l’harmonie du couple.

 «  ואשביעך ביהוה אלהי השמים ואלהי הארץ אשר לא תקח אשה לבני מבנות הכנעני… « 

« Et je te ferai jurer par l’Eternel, le D.ieu du ciel et le D.ieu de la terre que tu ne prendras pas une femme pour  mon fils parmi les filles des Cananéens… ». (בראשית כד, ג)

Les Sages s’interrogent : Pourquoi Avraham était-il si déterminé à ne pas marier Its’hak avec une fille cananéenne ? Avraham savait que le comportement moral des filles de Canaan était corrompu, mais il savait aussi que Lavan, père de Ra’hel et de Léa, ainsi que ses bergers, tous originaires de sa terre natale, n’étaient pas non plus irréprochables. Pourquoi n’avait-il pas la même exigence pour les familles issues de Haran ?

Développons notre réponse en introduisant le commentaire de Rachi sur le verset :

« אלי לא תלך האשה אחרי »

« Peut-être la femme n’ira pas après moi » ? (בראשית כד, לט)

Rachi remarque que le mot « peut-être » =אלי  est écrit dans notre verset avec une lettre manquante, le          « vav » =ו  et aurait dû être orthographié אולי. Ceci pour nous enseigner qu’Eliezer avait une fille et il cherchait un prétexte pour qu’Avraham lui dise de se tourner vers lui car le motאלי  signifie « vers moi »  pour qu’il marie sa fille avec Its’hak. Avraham lui dit : « mon fils est béni et tu es maudit ». (Eliezer était un descendant de Canaan qui a été maudit par Noa’h) « Et le maudit ne peut s’unir avec le béni.» (ע »פ רש »י בראשית כד, לט)

D’après cette explication, il est clair qu’Avraham Avinou, qui descendait de Chem, fils de Noa’h, a craint la malédiction de Noa’h faite sur son fils ‘Ham et transmise à son petit-fils Canaan : « maudit soit Canaan, l’esclave des esclaves il sera pour ses frères. » (בראשית כה, ט)

C’est pour cette raison qu’Avraham fit jurer à son serviteur Eliezer de ne pas prendre pour son fils une femme descendante de Canaan !

Le « Ran » écrit à ce sujet : le refus d’Avraham de prendre une femme cananéenne pour son fils était dû aux traits de caractère corrompus de ceux-ci. Lavan quant à lui était idolâtre, mais il existe, malgré tout, une grande différence entre un être humain avec de mauvais traits de caractère et un être humain dont la réflexion et la croyance sont erronées. En effet, celui qui a une mauvaise façon de réfléchir, que cela provienne de mauvaises influences ou d’une erreur d’appréciation de la réalité, engendrera de la destruction autour de lui mais l’impact de ses erreurs de jugement aura une portée bien définie. Par contre, celui qui a de mauvais traits de caractère engendrera lui aussi de la destruction autour de lui mais en plus de quoi, il transmettra cet héritage à sa descendance ! Aussi Avraham refusa-t-il catégoriquement les filles de Canaan pour son fils Its’hak car d’une part, elles ont été maudites par Noah’ et d’autre part, leurs mauvais traits de caractère se transmettront de génération en génération. (בדרשות הר »ן דרוש ה)

D’après ce commentaire nous comprenons à présent pourquoi Eliezer, le serviteur d’Avraham, souhaitait mettre à l’épreuve les jeunes filles qu’il rencontrerait sur son chemin afin de faire ressortir leurs traits de caractère et d’identifier ainsi la future femme de Its’hak Avinou, comme il est écrit : « que la jeune fille à laquelle je dirai : veuille pencher ta cruche que je puisse boire, si elle dit « bois et je ferai aussi boire tes chameaux », c’est elle que Tu auras désigné pour ton serviteur Its’hak.» (בראשית כד, יד)

Lorsqu’Eliezer vit qu’Avraham refusait de choisir parmi les filles cananéennes, une épouse pour son fils, à cause de leurs mauvais traits de caractère, il demanda à Hachem de placer sur son chemin une fille remplie de bonté. C’est ainsi qu’il rencontra Rivka Imanou.

Nous pouvons encore mieux comprendre cela grâce à la Michna du Pirkei Avot : « Rabbi Yo’hanan Ben Zakaï avait cinq disciples : Rabbi Eliezer Ben Horkanos, Rabbi Yehochoua Ben ‘Hanania, Rabbi Yossé Hacohen, Rabbi Chimon Ben Nethanel et Rabbi Eléazar Ben Harakh.

Rabbi Yo’hanan demanda à ses disciples : Qu’y a-t-il selon vous, de plus avantageux pour l’homme ? Rabbi Éliezer répondit : « le contentement », Rabbi Yehochoua : « un ami sincère », Rabbi Yossé : « un bon voisin », Rabbi Chimon : « la prévoyance », Rabbi Eléazar : « un bon cœur ». Rabbi Yo’hanan conclut en disant : Je préfère l’opinion de Rabbi Eléazar Ben Harakh, car vos réponses sont toutes contenues dans la sienne. » (אבות  ב, יא)

Le Rav Ovadia Barténora explique que le cœur est la source de toutes les envies, et il est la source de toutes les démarches.

Nous pouvons apprendre de ceci que « le bon cœur » inclut tous les bons traits de caractère. C’est pour cela qu’Eliezer testa les jeunes filles potentielles sur le bon cœur, à savoir la capacité de donner et d’être à l’écoute du besoin de l’autre.  Ici, en l’occurrence, il s’agissait de servir de l’eau, non seulement à lui, mais aussi à ses chameaux, car il est évident que ce comportement dévoile un bon cœur, qui est la source de tous les bons traits de caractère et qui se transmet par hérédité.

Cependant le ‘Hatam Sofer vient poser une autre question sur notre verset : « tu ne prendras pas une femme pour mon fils parmi les filles cananéennes parmi lesquelles je séjourne ». À première vue « parmi lesquelles je séjourne » sont des mots supplémentaires. Or, nous savons, depuis le début qu’Avraham s’est installé en terre de Canaan. Que viennent-ils donc nous enseigner ?

Les Commentateurs nous informent qu’Avraham Avinou avait une intention très profonde pour trouver une épouse qui corresponde à Its’hak, ce qui est également valable pour chaque homme et femme qui souhaitent s’unir ! Lorsque nous analysons les paroles des Sages, il semble qu’il fut très attentif sur un point particulier : l’orgueil !

Comme il est écrit dans la Guémara : « pour toute personne qui a de l’orgueil, Hakadoch Baroukh Hou dit : « lui et Moi ne pouvons résider dans le même monde » comme il est dit : « Quiconque a calomnié, dans l’ombre, son prochain, Je l’anéantirai. Des yeux hautains et un cœur large d’orgueil, Je ne puis les supporter.» (תהילים קא, ה ; סוטה ה.)

Les Sages se sont beaucoup exprimés sur la grandeur de l’humilité :

« Rav Yossef a enseigné : un homme doit toujours apprendre de son Créateur, car Hakadoch Baroukh Hou a délaissé toutes les montagnes et les grandes vallées pour résider sur le mont Sinaï et a renoncé aux beaux et grands arbres pour résider dans un buisson. » (סוטה ה.)

Il ressort des paroles des Sages que, lorsqu’un homme et une femme cherchent à s’unir pour créer un foyer apte à accueillir la Présence Divine parmi eux, comme il est écrit dans le Talmud : « Rabbi Akiva a expliqué : si l’homme =איש  et la femme =אשה  sont méritants (humbles), la Che’hina résidera parmi euxאיש  –  אשה. S’ils ne sont pas méritants (orgueilleux) le feu les consumeraאיש – אשה . » (סוטה יז.) – Le point le plus important pour y parvenir est l’humilité.

Le facteur principal pour favoriser la réussite d’un mariage est l’humilité, afin que la Chekhina puisse résider entre l’homme et la femme et faire grandir la paix du couple.

A ce sujet, le Talmud enseigne : « celui qui se rabaisse mérite une femme… » (.יבמות מז)

Les Commentateurs expliquent que l’homme doit se rabaisser et faire preuve de beaucoup d’humilité pour se marier, afin de mériter la Présence Divine et la paix dans son foyer. Certains disent que nous l’apprenons du don de la Torah au mont Sinaï, où Hakadoch Baroukh Hou a sanctifié l’assemblée des enfants d’Israël, comme il est écrit : « Hachem est descendu sur le mont Sinaï ». Hachem est « descendu » pour sanctifier Sa mariée, l’assemblée d’Israël.

L’essentiel du service de l’homme, dans ce monde, est d’annuler son égotisme et son orgueil comme nous le trouvons en allusion dans l’Ecriture : « je me tiens entre l’Eternel et vous. » (דברים ה, ה) – C’est-à-dire le « je » de l’homme est comme un écran séparant D.ieu de l’homme.

Ainsi a agi Avraham Avinou en priant le Créateur de sauver les habitants de Sodome, comme il est écrit : « Avraham répondit et dit : voici donc, j’ai commencé à parler à mon Maître, alors que je suis poussière et cendre.» (בראשית יח, כז) – à présent que j’ai réduit à néant ce « je suis » c’est-à-dire mon égocentrisme, peux-Tu écouter ma demande et recevoir ma prière?

À présent, nous pouvons mieux comprendre les paroles d’Avraham à Eliezer, son serviteur lorsqu’il dit : «… ne prends pas une femme d’entre les filles cananéennes parmi lesquelles « je » séjourne.» L’Ecriture dévoile ainsi l’inquiétude profonde d’Avraham. Il sait parfaitement que l’égocentrisme est un trait de caractère enraciné au sein du peuple cananéen. Si Its’hak épouse une fille issue de ce peuple, il ne pourra pas accueillir la Présence Divine dans sa maison et accomplir ainsi avec succès et protection le dessein qui est le sien.  Ainsi Avraham dit à son serviteur : « c’est vers ma terre natale que tu iras et prendras une femme pour mon fils Its’hak.»