Avraham vu de dos, un bâton à la main, face à une tente éclairée dans le désert sous une étoile, illustration de la paracha Lekh Lekha.

LEKH LEKHA

Pourquoi la brit mila est-elle liée au Nom divin « Cha-daï » ? À travers l’alliance d’Avraham et le combat de David contre Goliath, ce commentaire de Lekh Lekha explore la maîtrise des désirs, la force du dévouement à Hachem et la transmission d’une alliance éternelle.

Auteur : Beth Chelomo

Date : 15 octobre 2026

Sommaire :

  • Le Nom « Cha-daï » : Celui qui dit au monde « assez ».
  • La brit mila et l’inscription symbolique du Nom divin dans le corps.
  • La force de poser une limite aux tentations du yetser hara.
  • David face à Goliath : le dévouement au-delà des lois de la nature.
  • Le rôle du fer dans la mila, expliqué par le principe de « mesure pour mesure ».
  • Pourquoi Avraham attendit l’ordre divin pour accomplir la brit mila.
  • Une alliance éternelle, transmise à toutes les générations.

LEKH LEKHA 

Pourquoi l’inscription du Nom de D.ieu dans la chair

«  וירא ה’ אל אברם ויאמר אליו אני אל שדי התהלך לפני והיה תמים « 

« L’Éternel apparut à Avraham, Il lui dit : Je suis E–l Cha–daï, marche devant Moi et sois intègre. » (בראשית יז, א)

Rachi commente le verset : « Marche devant Moi » – par l’observance du commandement de la mila et, grâce à cela, tu seras entier. »

Nous savons tous que Hakadoch Baroukh Hou, que Son Nom soit glorifié, a plusieurs Noms. Chacun de ces Noms vient nous enseigner comment D.ieu dirige Son univers. Pourquoi Hachem ordonna-t-Il à Avraham de faire la mila, en mentionnant précisément les deux Noms א-ל  ש-ד-י,  et non d’autres Noms, comme par exemple י-ה-ו-ה ou א-ל-ה-י-ם ?

Nous trouvons, dans le Talmud, une explication sur le sens de l’emploi de ces deux Noms :

« Rav Yéhouda dit au nom de Rav : Lorsque Hakadoch Baroukh Hou créa le monde, le monde était continuellement en expansion jusqu’à ce que D.ieu gronde sur le monde et l’immobilise … et cela corrobore l’affirmation de Reich Lakich : que signifie le verset « Je suis E-l Cha-daï » – Je suis Celui qui dit au monde : assez ! » (חגיגה יב.)

D’après ce texte, Hakadoch Baroukh Hou arrêta, lors de la Création, l’expansion du monde par le Nom ש-ד-י = « Cha-dai ».  Quel est donc le lien entre l’arrêt du développement du monde et la mitsva de mila ordonnée à Avaham ?

Il est expliqué, dans le Zohar Hakadoch et les écrits du Ari Zal que, grâce à la mitsva de la mila, l’homme possède – inscrit sur son corps – le Nom ש-ד-י = « Cha-dai » en allusion. (זוהר הקדמה דף ד’)

La lettre ש = « Chin » est constituée par le corps de l’homme, à savoir les deux bras levés vers le Ciel qui sont figurés par les deux branches extérieures, et la tête est symbolisée par la branche centrale.

La lettre ד = « Dalet » se remarque en levant le bras gauche, tendu dans la continuité de l’épaule et en perpendiculaire par rapport au buste,

La lettre  י = « Youd » vient compléter le Nom par la mitsva de mila : lorsqu’on coupe le prépuce,  la peau est retournée pour faire la « couronne »[1]. (עץ חיים ש’ ל »ג פ »א – פ »ג)

Pourquoi le Nom de ש-ד-י = « Cha-dai » doit-il être inscrit sur le corps du Juif, ce Nom plus que  n’importe quel autre des Noms Divins ?

Dans son livre « Le Guide des Egarés », le Rambam écrit, à ce sujet, que le but de la mitsva de la brit mila est d’affaiblir la force des envies de l’homme. (רמב’ם מורה נבוכים)

L’explication apportée par le Rambam nous permet de mieux comprendre pourquoi c’est le Nom de ש-ד-י = « Cha-dai » qui est fixé sur le corps de l’homme et, particulièrement, la lettre  י  = « Youd » qui est inscrite à travers la mila.

La crainte de D.ieu est l’élément principal permettant de se renforcer contre le yetser hara, et d’affaiblir ce dernier.

Le Nom de « Cha-dai » est le Nom qui représente l’action d’arrêter et de rétracter une expansion, ainsi que nous l’avons vu lors de la Création du monde.

De même, le fait que le Nom ש-ד-י = « Cha-dai » soit inscrit sur le corps de l’homme lui donne, à lui aussi, la force – lorsqu’il sera tenté par le yetser hara – de dire די = « stop« .

Le Tour, ainsi que le Maran Bet Yossef dans le Choul’han Aroukh, ont tranché la loi suivante concernant la brit mila : « Nous faisons la mila même avec une pierre, du verre, avec tout objet tranchant…La meilleure des pratiques est de faire la mila avec du fer … nous avons la coutume de faire la mila avec un couteau.» (ע יו »ד סימן רסד- ב « שו)

Pourquoi la méthode la plus fréquemment utilisée est-elle celle du fer ?

Introduisons la réponse par un le livre kadoch « צאינה וראינה » qui rapporte le Midrach :

  • David Hamelekh utilisa sa fronde et lança une pierre vers le front de Goliath ; celui-ci était entièrement recouvert d’une armure. Le fer refusa de s’incliner et de laisser le passage à la pierre, jusqu’à ce que Hakadoch Baroukh Hou promette à l’ange du fer que, s’il laisse passer la pierre de David, les Bnei Israël feront la mitsva de mila avec le fer.

Suite à la promesse du Créateur, le métal de l’armure de Goliath le racha, s’ouvrit et Goliath s’écroula, comme il est écrit : « Il lança avec sa fronde et atteignit le Philistin au front, la pierre s’y enfonça et il tomba la face contre terre. » שמואל א, יז))

 

Nous voyons, à partir de cet élément, que Hakadoch Baroukh Hou Se conduit avec Ses créatures selon le principe de mesure pour mesure ! En quoi, la conduite du Maître du Monde, ayant ici promis à l’ange du fer de lui donner la mitsva de mila, est-elle mesure pour mesure ?

Il semble que la réponse à cette question se trouve dans le passage du Talmud qui analyse le verset: « Le Philistin s’approcha le matin et le soir » שמואל א, טז)) – Rabbi Yo’hanan a enseigné : Que c’était pour perturber et annuler la mitsva de lire le Chéma Israël le matin et le soir. » (סוטה מב.)

Nous discernons, à partir de ces propos de la Guémara, que Goliath connaissait parfaitement le fondement du judaïsme, à savoir le commandement positif de réciter le « Chema Israël ».

En sortant avec son épée pour provoquer le camp d’Israël matin et soir, il désirait perturber les Juifs et annuler leur concentration quand ils déclarent – matin et soir – dans le « Chema Israël », qu’ils sont prêts à mourir en Kidouch Hachem.

Lorsque David entendit les blasphèmes et les défis lancés par Goliath, il évalua – dans sa grande sagesse – que la situation s’avérait sans issue : d’après les lois de la nature, il n’était pas possible de vaincre Goliath.

Aussi telle était la volonté Divine : le seul moyen de parvenir à la victoire était d’être prêt à mourir en Kidouch Hachem.  Cela permettrait de recevoir l’aide de la Providence pour annuler l’impact de Goliath qui, par ses défis quotidiens durant 40 jours, avait réussi à induire chez les Bnei Israël la peur de se livrer à la mort dans ce combat.

David a réparé l’essence même du Juif – être prêt à mourir pour l’Honneur de D.ieu – en partant combattre – muni seulement de cinq pierres – face à Goliath, qui était entièrement recouvert de son armure et en armes.

« Qu’est-ce que ce Philistin incirconcis qui défie les légions du D.ieu Vivant » ?  (שמואל א, יז, לו)

David fait allusion à la faiblesse de Goliath qui désirait un combat à mort alors qu’il est incirconcis. Tandis que nous, le peuple élu du D.ieu Vivant, depuis le huitième jour de notre vie,  nous avons, en nous, la force de nous battre et de risquer notre vie par le mérite de la mila, c’est pour cela qu’il fallait précisément se battre contre Goliath au risque de sa vie.

Nous comprenons mieux, à présent, l’expression « mesure pour mesure » de la rétribution de l’Éternel à l’ange du fer. Hachem a fixé les lois de la nature, dans lesquelles le fer est plus fort que la pierre.  Or ici, Hachem demanda à l’ange du fer de laisser passer la pierre de David, celui-ci ayant offert sa vie pour sanctifier le Nom de D.ieu.

Hakadoch Baroukh Hou – mesure pour mesure – accorda au fer la mitsva de mila, accomplie par les Bnei Israël qui vouent leur vie à Hachem et s’imprègnent de ce fondement du judaïsme, précisément avec un couteau en métal.

Tous ces éléments viennent éclairer un passage Talmudique : « Rav Yéhouda a enseigné au nom de Rav : Lorsque Hakadoch Baroukh Hou dit à notre Patriarche Avraham : « Marche devant Moi et sois intègre » – il fut saisi de tremblement. « Se pourrait-il qu’il y ait chez moi un aspect déshonorant ? (Hachem ne me trouve-t-Il pas intègre ?) » Mais lorsque Hachem a rajouté : « J’établirai Mon alliance entre Moi et toi », Avraham retrouva sa sérénité. » (נדרים לב.)

Comme le dit Rachi : « Et sois intègre » : marche devant Moi par l’observance de la mila. Pourquoi Avraham trembla-t-il, en énonçant les paroles suivantes : « Peut-être existe-t-il chez moi un aspect déshonorant » ?

Le Talmud témoigne : « Rav a enseigné : Avraham Avinou accomplit toute la Torah, comme il est dit « Parce que Avraham écouta Ma voix, il garda Mon observance, Mes mitsvot, Mes statuts et Mes lois.» (בראשית כו, ה קידושין פב.-  יומא כח:-)

Puisque Avraham Avinou accomplissait toutes les mitsvot avant le don de la Torah, pourquoi donc notre Patriarche ne fit-il pas également la brit mila avant d’en recevoir l’ordre explicite de Hakadoch Baroukh Hou ?

Comme nous l’avons expliqué, le but de la mitsva de la brit mila est d’enraciner, au plus profond de chaque Juif, la capacité à sanctifier le Nom de D.ieu, en étant prêt à donner sa vie.

Puisque Avraham Avinou s’était déjà trouvé dans une situation où il put sanctifier le Nom de D.ieu au prix de sa vie – lorsqu’il se livra au feu de la fournaise de Nimrod – il n’avait donc pas besoin d’ancrer en lui cette aptitude car elle était déjà acquise. Aussi, Avraham n’accomplit-il pas la mitsva de mila, tant qu’il n’en reçut pas l’ordre explicite de D.ieu, afin de ne pas porter atteinte à l’intégrité de son corps sans raison.

C’est pour cette raison que lorsque Hachem dit à Avraham « marche devant Moi et sois intègre » – Avraham trembla et se dit en lui-même: « Peut-être existe-t-il chez moi un aspect déshonorant… » ? (נדרים לב.)

Avraham pensa : « Peut-être, n’étais-je pas prêt à mourir dans la fournaise de Nimrod au Nom du Ciel ? Sinon, pourquoi devrais-je faire la mitsva de mila dans le but d’ancrer en moi la capacité de mourir en kidouch Hachem » ?  Mais lorsque Hachem a rajouté : « J’établirai Mon alliance entre Moi et toi » –Avraham retrouva alors la sérénité.

Car le but d’une alliance entre deux entités qui s’aiment inclut également leurs enfants et les enfants de leurs enfants, pour toujours et pour l’éternité. C’est précisément ce que lui dit Hachem : « J’établirai Mon alliance entre Moi et toi et ta descendance après toi, tout au long de leurs générations pour une alliance éternelle, pour Etre un D.ieu pour toi et pour ta descendance après toi. » (בראשית יז, ז)

[1] Le Ari Zal explique que sans la lettre Youd, il ne reste que deux lettres : Chin et Dalet. (Consulter עץ חיים ש’ ל »ג פ »א – פ »ג)