NASSO

À travers la bénédiction des Cohanim, ce commentaire dévoile pourquoi Aharon et ses descendants furent choisis pour transmettre la paix à Israël. En reliant la fraternité réparée de Moché et Aharon aux grandes tensions fraternelles de la Torah, il montre que la véritable bénédiction ne peut résider que là où règnent l’amour, l’unité et la paix.

Auteur : Hannah Zweb

Date : 21 mai 2026

Sommaire :

  • La paracha présente la bénédiction des Cohanim, qui se conclut par la paix.
  • Les Sages enseignent que la paix est le véritable réceptacle de toutes les bénédictions.
  • Aharon est choisi car il incarne l’amour de la paix et la recherche de l’unité.
  • La bénédiction doit être donnée “avec amour”, sans haine entre le Cohen et la communauté.
  • Le commentaire explore les tensions fraternelles bibliques : Caïn et Abel, Ichmaël et Its’hak, Essav et Yaacov, les frères et Yossef.
  • Ces conflits expriment souvent la jalousie de l’aîné envers le cadet.
  • Moché et Aharon réparent cette fracture : chacun se réjouit de la grandeur de l’autre.
  • Aharon, sans jalousie, devient digne de transmettre la bénédiction de paix.
  • Les Cohanim bénissent Israël au nom de cette paix réparée.
  • La paracha enseigne que l’amour fraternel est la condition profonde de toute bénédiction.

De frères en fils

« וידבר ה’ אל משה לאמר דבר אל אהרון ואל בניו לאמר כה תברכו את בני ישראל אמור להם יברכך ה’ וישמרך יאר ה’ פניו אליך ויחונך ישא ה’ פניו אליך וישם לך שלום ושמו את שמי על בני ישראל ואני אברכם  »

« L’Eternel parla à Moché en disant : parle à Aharon et ses fils en disant : ainsi vous bénirez les enfants d’Israël, dis-leur : Que l’Eternel te bénisse et te protège. Que l’Eternel éclaire Sa face vers toi et t’accorde la grâce. Que l’Eternel lève Sa face vers toi et mette sur toi la paix. » (במדבר ו, כב)

Les Sages d’Israël nous ont enseigné dans le Talmud que la bénédiction des Cohanim est :

« ברוך אתה ה’ אלקנו מלך העולם אשר קדשנו בקדושתו של אהרון וצונו לברך את עמו ישראל באהבה »

« Béni sois-Tu Eternel notre D.ieu Roi de l’univers qui nous a sanctifié par la sainteté d’Aharon et nous a ordonné de bénir son peuple Israël avec amour. » (סוטה לט.)

Cette formule est également celle adoptée d’après la halakha. (ש »ע או »ח סימן קכח, יא)

Nous apprenons d’ici que la bénédiction des Cohanim leur fut attribuée par le mérite de la sainteté d’Aharon. De plus, nous pouvons remarquer que le fait de bénir le peuple d’Israël avec amour est véritablement un ordre divin.

Pour quelle raison est-ce un ordre divin de bénir le peuple d’Israël avec amour ?

Commençons par apporter un enseignement du Midrach qui pourra nous éclairer sur notre sujet : « Rabbi Chimon ben ‘Halafta a enseigné : grande est la paix car il n’y a pas de réceptacle de bénédiction si ce n’est la paix comme il est dit : « Que l’Eternel bénisse son peuple par la paix. » (תהילים כט, יא) Même la bénédiction des Cohanim qui se trouve à la fin de toutes les autres bénédictions se termine par le mot « paix » : « Que l’Eternel … mette sur toi la paix. » Tout ceci afin de nous enseigner que les bénédictions ne prennent effet que si la paix les accompagne. » (במדבר רבה יא, ז)

Ainsi, il faut expliquer que puisque la paix est l’unique réceptacle pour recevoir la bénédiction, aucune bénédiction au monde n’a de valeur si elle n’est pas accompagnée par la paix. Cela ressemble à celui qui se rend au puit sans aucun ustensile pour récupérer l’eau à l’intérieur. Ainsi la bénédiction des Cohanim se finit par la paix car comme l’ont enseigné les Sages : « Tout va d’après la fin. » (ברכות יב.)

Ainsi, lorsque la paix règne au sein du peuple d’Israël, toutes les bénédictions sont contenues dans celle des Cohanim.

Pourquoi Hakadoch Baroukh Hou choisit-Il Aharon et ses descendants pour effectuer la bénédiction de la paix sur les enfants d’Israël ?

Nous pouvons répondre d’après le sens littéral à travers une règle générale que nos Maîtres de mémoire bénie nous ont enseigné : « Embellis-toi toi-même, ensuite embellis les autres. »      (בבא מציעא קז:)

A partir de cet enseignement, nous comprenons que pour pouvoir bénir le peuple d’Israël par des bénédictions de paix, il faut que la personne soit elle-même bénie par la paix et soit entièrement imprégnée par cette dernière. Et qui de mieux qu’Aharon qui incarnait l’attribut de la paix comme cela est enseigné dans la Michna : « Hillel disait : fais partie des élèves d’Aharon qui aime la paix et poursuit la paix, qui aime ses prochains et les rapproche de la Torah. » (אבות פ »א מי »ב)

Nous pouvons également expliquer qu’il est mentionné dans les trois bénédictions des Cohanim, le Nom divin  .י-ה-ו-ה Il est rapporté dans le Talmud que le Nom de Hakadoch Baroukh Hou est également paix = שלום comme il est écrit : « Il appela l’Eternel « paix ». » (שבת י: – שופטים ו, כד) et c’est le sens du verset: « Ils placeront mon Nom sur les enfants d’Israël et Moi Je les bénirai. » C’est-à-dire qu’une fois que vous mentionnerez mon Nom qui est paix = שלום Je vous bénirai de toutes les bénédictions précédentes. Nous pouvons ajouter à ceci une halakha : « Lorsqu’un Cohen hait la communauté ou inversement, lorsqu’une communauté hait un Cohen, le Cohen se met en danger en récitant la bénédiction. Il sera préférable qu’il sorte de la synagogue et c’est la raison pour laquelle les Sages ont institué de faire la bénédiction : « Qui nous a ordonné de bénir son peuple Israël avec amour. » (הלכות נשיאת כפים סעיף יט) La source de cet enseignement se trouve dans le Zohar Hakadoch. (זוהר נשא קמז:)

A présent, tentons de répondre à cette question d’après le Sod : pourquoi Hakadoch Baroukh Hou choisit-Il Aharon et ses descendants pour effectuer la bénédiction de la paix sur les enfants d’Israël ?

Commençons par introduire les paroles du Midrach qui analyse le verset suivant : « L’Eternel dit à Aharon : va à la rencontre de Moché dans le désert. » (שמות כז.) C’est le sens du verset : « Si seulement tu étais comme mon frère. » (שיר השירים ח, א) Les Sages du Midrach s’étonnent et demandent : tous les frères éprouvent-ils de la haine les uns envers les autres ? Caïn haïssait Abel comme il est écrit : « Caïn se jeta sur Abel son frère et le tua. » (בראשית ד, ח) Ichmaël haïssait Its’hak comme nous le voyons dans le verset : « Sarah vit que le fils d’Agar … se livrait à des railleries. » (בראשית כא, ט) Mais il ne s’agissait pas de simples railleries car il souhaitait sa mort comme il est écrit : « Que les plus jeunes s’avancent et s’escriment. » (שמואל ב, ב- יד) Notes : Les Sages du Midrach font une juxtaposition du terme מצחק qui est mentionné à deux reprises dans l’Ecriture. Même si dans le premier cas il s’agit de railleries, sache qu’il n’en est rien puisque l’Ecriture utilise ce même terme pour s’exprimer sur un combat à mort = ויצחקו. Rachi explique qu’Ichmaël tirait des flèches sur Its’hak lorsqu’ils sortaient dans les champs. (רש »י בראשית כא, ט)

Essav abhorrait Yaacov comme il est écrit : « Essav haïssait Yaacov… et Essav s’est dit en son cœur… » (בראשית כז, מא) Les tribus détestaient Yossef comme il est écrit : « Et ils le détestaient. » (בראשית לז, ד)                                                                                                          A quels frères Hakadoch Baroukh Hou fait-Il allusion si ce n’est Moché et Aharon comme il est dit : « Qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères de résider ensemble ! » (תהילים קלג, א) car ils s’aimaient et se chérissaient l’un l’autre et lorsque Moché accéda à la royauté et Aharon à la prêtrise, ils ne se jalousèrent pas, bien au contraire, chacun se réjouit de la grandeur de l’autre. (מדרש תנחומא שמות אות כז)

Pour comprendre les paroles du Midrach, penchons-nous sur les caractéristiques de certaines des plus illustres relations fraternelles mentionnées dans l’Ecriture.

La relation fraternelle entre Caïn et Abel

Commençons par introduire les paroles du Ari Zal qui nous dévoile un fondement de la création : « La majorité des âmes ont pour source l’âme de Caïn ou l’âme de Abel, qui sont les enfants d’Adam Harichon. » (שער הגלגולים הקדמה ו)

La majorité des âmes se divise en deux catégories : celle possédant les caractéristiques de Abel qui ne fut que très peu atteint par le mal, et l’autre possédant les caractéristiques de Caïn qui tua son frère par jalousie.

Nous pouvons remarquer un point commun aux quatre exemples donnés par le Midrach : c’est le grand frère qui jalousait le frère cadet et refusait de se soumettre devant lui. Nous pouvons donc constater que les grands frères mentionnés dans le Midrach avaient les caractéristiques de Caïn tandis que les cadets avaient pour source la néchama d’Abel.

La relation fraternelle entre Ichmaël et Its’hak

Concernant la relation fraternelle entre Ichmaël et Its’hak, les fils d’Avraham Avinou, le Midrach rapporte l’oraison funèbre que prononça Avraham à sa femme Sarah : « elle se procure de la laine et du lin. » (משלי לא, יג)

Le « עץ יוסף » dévoile que le secret de ce Midrach se trouve dans la suite sur le verset : « Caïn présenta du produit de la terre… les Sages ont enseigné qu’il s’agissait de graines de lin tandis qu’Abel avait apporté les prémices de son troupeau avec leur laine et c’est la raison pour laquelle il est interdit de mélanger la laine et le lin comme il est dit : « Tu ne t’habilleras pas d’une étoffe mixte, mélange de laine et de lin. » (דברים כג, יא תנחומא חיי שרה אות ט –)

Ainsi l’intention de Sarah était de séparer Its’hak le juste d’Ichmaël l’impie qui pratiquait l’idolâtrie, la débauche et le meurtre.

Il est rapporté dans le « שם משמואל » qu’Ichmaël était la guilgoul de Caïn tandis qu’Its’hak était le guilgoul d’Abel comme cela est rapporté dans le Zohar Hakadoch. Abel fut assassiné et ne bénéficia pas de la protection d’Hakadoch Baroukh Hou à cause d’un fait bien précis.               (זוהר תיקון םט דף קב.)

En effet, le Ari Zal explique que lorsque le feu divin descendit pour accepter le sacrifice d’Abel, ce dernier contempla la Chekhina et fut condamné à mort.     (ליקוטי הש »ס דף כב)

Le Ari Zal nous dévoile au sujet d’Its’hak, qui était la réincarnation d’Abel, qu’il ne put monter sur l’autel en sacrifice avant l’âge de 37 ans qui correspond à la valeur numérique du nom de Abel = הבל afin de réparer le dommage que ce dernier avait causé en contemplant la Présence divine. (ליקוטי תורה וירא סוד העקידה)                                                                                                                 

C’est le sens des paroles d’Avraham à son fils Its’hak :                                                                     « אלקים יראה לו השה לעולה בני »                                                                                                     « D.ieu pourvoira à l’agneau pour l’holocauste mon fils. » (בראשית כב, ח)

Nous pouvons remarquer que les initiales des trois derniers mots du verset forment le nom d’Abel = הבל . Its’hak devait donc être ligoté sur l’autel pour expier la faute commise par Abel.

Parallèlement, Ichmaël était la réincarnation de Caïn. Sarah dit à Avraham : « Renvoie cette servante et son fils car il ne restera pas avec mon fils, avec Its’hak. » (בראשית כא, י) Rachi explique que Sarah ne voulait pas que le fils de cette servante hérite avec son fils. En effet, Ichmaël se disputait avec Its’hak au sujet de l’héritage et il disait : « Je suis l’aîné et je prendrai une double part. » Et lorsqu’ils sortirent dans le champ, Ichmaël prit son arc et tira sur Its’hak des flèches. Le « שם משמואל » explique que qu’Ichmaël avait un point commun avec Caïn, celui de vouloir tuer son frère.

Note : pourquoi Avraham était-il si réticent à l’idée de renvoyer Ichmaël au point d’attendre l’injonction d’Hakadoch Baroukh Hou qui lui dit : « Ne t’oppose pas au renvoi du garçon et ta servante. Tout ce que te dira Sarah, écoute sa voix car c’est par Its’hak que tu auras une descendance. » (בראשית כא, יב) Avraham notre patriarche pensait qu’Ichmaël avait réussi à réparer l’âme de Caïn. Aussi, c’est une mitsva de l’unir avec Its’hak comme nous l’apprenons de la mitsva des tsitsith qui ne sont pas soumis à l’interdiction du mélange de lin et de laine puisqu’ils sont conçus d’un mélange de lin et de laine. Ainsi, le Créateur avertit Avraham qu’Ichmaël était un impie et qu’il ne répara pas l’âme de Caïn. Par conséquent, il ne devait pas préserver cette union fraternelle tout comme il est interdit d’unir le lin et la laine.

La relation fraternelle entre Essav et Yaacov

Essav et Yaacov n’étaient pas de simples frères mais des jumeaux. Note il est rapporté dans le Pirké dé Rabbi Eliezer que Caïn et Abel étaient des jumeaux. (פרקי דרבי אליעזר פרק כא) Déjà durant les prémices de leur création, alors qu’ils étaient encore dans le ventre de leur mère, cette dernière ressentait les influences de leurs incarnations précédentes, Caïn et Abel, comme il est écrit :    « Les enfants se disputaient en elle. » (בראשית כה, כב)

Rachi explique que lorsque Rivka passait près des maisons d’études de Torah, Yaacov s’agitait pour sortir et lorsqu’elle passait près des portes des maisons d’idolâtrie, c’est Essav qui s’agitait pour sortir.

La première source que nous connaissons qui traite de la réincarnation de Cain en Essav se trouve dans le Zohar Hakadoch : « Essav prit en haine Yaacov » (בראשית כא, יב) Yaacov était la réincarnation d’Abel et Essav celle de Caïn. (תיקוני זוהר סט, דף קיח:)

Rabbi Moché Kordovéro, plus connu sous le nom du Ramak, explique dans son commentaire sur le Zohar : « Nous trouvons de réelles similitudes entre ces quatre personnages. Essav et Caïn furent des premiers-nés tandis qu’Abel et Yaacov furent des cadets. Au sujet d’Essav, l’Ecriture nous enseigne qu’il était « un homme des champs », c’est-à-dire qu’il travaillait la terre tandis que Yaacov était un berger. Caïn rejeta le droit d’aînesse et s’attacha aux fruits de la terre tout comme Essav, tandis qu’Abel qui n’était pas le premier-né, s’attacha au droit d’aînesse tout comme Yaacov et apporta les premiers-nés de son troupeau en sacrifice. Et si ‘Hava avait usé du même stratagème que Rivka, elle l’aurait sauvé des mains de son frère. Effectivement, Rivka sauva Yaacov comme il est écrit : « Voici Essav ton frère qui veut se consoler à ton sujet et te tuer. » (בראשית כז, מב) Abel fut tué par son frère aîné mais Yaacov fut sauvé par sa mère des desseins machiavéliques de son frère aîné Essav qui ne parvint pas à le tuer. (אור יקר בראשית ח »ב ריז.) note il est écrit « ich sadé » = « homme des champs » pour désigner Caïn et Essav

Note: Le ‘Hida rapporte dans le livre « חומת אנך » au nom du Mékoubal Rabbi Papirach זיע »א un enseignement du Ari Zal qui soutient la thèse qu’Essav et Yaacov furent les réincarnations de Caïn et Abel. En effet, Essav prit en haine Yaacov à cause du droit d’aînesse qu’il lui ôta, tout comme Caïn prit en haine Abel pour la même raison. (טל אורות דרוש קרח)

La relation fraternelle des douze fils de Yaacov.

Une différence fondamentale va distinguer la relation fraternelle qui unissait ces illustres personnages aux autres relations fraternelles étudiées ci-avant. En effet, au sein de chacune des relations fraternelles que nous venons d’analyser, existait un juste face à un impie. Ce n’est pas le cas en ce qui concerne les enfants de Yaacov puisque tous les frères étaient tous des justes. (פסחים נו.)

Toutefois, ils furent éprouvés quant à la solidarité au sein de la fratrie et tombèrent dans la faute à cause de la haine qu’ils éprouvaient envers leur frère Yossef. Le droit d’aînesse fut ôté à Réouven qui était le premier-né, et donné à Yossef comme il est écrit : « Impétueux comme l’eau, tu ne prendras pas davantage. » (בראשית מט, ד) Yaacov donna ce droit d’aînesse à Yossef comme il est écrit : « Et moi, je t’ai donné une part de plus qu’à tes frères. » (בראשית מח, כב)

Éclairons davantage notre sujet en rapportant l’explication du Ari Zal : « Réouven tu es mon premier-né. » (בראשית מט, ג) Yaacov savait déjà parfaitement que Réouven était la réincarnation de Caïn et c’est la raison pour laquelle il fut nommé Réouven = ראו בן qui signifie « regarde le premier fils de l’humanité qui versa le sang dans le monde ». Réouven répara sa faute lorsque ses frères souhaitèrent tuer Yossef et qu’il s’y opposa en souhaitant le ramener à son père. Néanmoins, Réouven ne répara pas la faute qu’il commit avec la sœur jumelle d’Abel lors de son guilgoul précédent. Et c’est le sens des paroles : « Réouven tu es mon premier-né. » (שם) Te reviennent naturellement la prêtrise, le droit d’aînesse, et la royauté, mais que puis-je faire ? Tu as profané le lit de ton père ! (ליקוטי תורה ויחי)

En effet, le Midrach nous explique qu’Abel naquit avec deux sœurs jumelles et que Caïn souhaita acquérir la deuxième jumelle d’Abel argumentant qu’il était le premier-né et qu’il avait légitimement droit à une double part. Abel refusa prétextant qu’elle était née avec lui et que par conséquent, c’est à lui que revenait le droit de l’épouser, ce qui poussa Caïn à le tuer. (בראשית רבה כב, ז)

Le Ari Zal explique que Bila était la réincarnation de la deuxième sœur jumelle d’Abel. Il explique ceci en s’appuyant sur le verset suivant :

« ויהי בשכן ישראל בארץ ההוא וילך ראובן וישכב את בלהה פילגש אביו »

« Et ce fut alors qu’Israël séjournait dans ce pays, Réouven alla et cohabita avec Bila, la concubine de son père. » (בראשית לה, כב) Le Ari Zal nous fait remarquer que le nom de Bila = בלהה est composé des mêmes lettres que le nom Abel = הבל avec la lettre = ה en plus faisant allusion à la deuxième sœur jumelle de Abel. En empêchant son père de s’unir à Bila, il réitéra le dommage que Caïn avait causé en empêchant Abel de s’unir avec sa deuxième sœur jumelle. (שער הפסוקים וישלח)

Note : Le « יערות דבש » s’appuie sur cet enseignement lorsqu’il écrit : « Réouven était la réincarnation de Caïn tandis que Yossef était la réincarnation d’Abel. Réouven souhaitait réparer le dommage causé par Caïn qui avait assassiné son frère et c’est la raison pour laquelle il fit tout ce qui était en son pouvoir pour ramener Yossef à son père. Cependant, il échoua concernant la deuxième sœur jumelle qui était revenue en guilgoul dans Bila et c’est ainsi que Yaacov dit à son sujet : « Impétueux comme l’eau, tu ne prendras pas davantage. » (בראשית מט, ד)

Note : Il est rapporté dans le Talmud : « Tout celui qui dit que Réouven a fauté se trompe comme il est écrit :     « Les fils de Yaacov furent douze. » (שבת נה:) Ceci vient nous enseigner que Réouven était un juste parfait. Cependant, il n’a pas réussi à parachever la réparation de la néchama de Caïn car le temps n’était pas encore venu pour que la promesse d’Hakadoch Baroukh Hou à Rivka ne s’applique : « Et le grand servira le plus jeune. » (בראשית כה, כג) Nos Maîtres de mémoire bénie nous ont enseigné au sujet du verset : « כבד את אביך ואת אמך » = « honore ton père et ta mère. » (שמות כ, יב) La lettre vav = ו fut ajoutée pour nous apprendre que ce commandement inclut le respect du grand frère. (כתובות קג.) Si Réouven avait réussi à compléter la réparation de l’âme de Caïn, il aurait certainement réussi à user de son pouvoir de premier-né pour influencer tous ses autres frères et les obliger à faire la paix avec Yossef empêchant ainsi sa vente aux Égyptiens. Cependant, après l’épisode de Bila, il perdit son leadership de premier-né vis-à-vis de ses autres frères et ne réussit donc pas à les convaincre.

Le Zohar explique également que Yossef reçut le droit d’aînesse de façon tout à fait légitime. En effet, lorsque Yaacov se maria avec Léa pensant s’unir à Ra’hel, les prémices de sa semence qui provenaient de ses pensées, firent descendre la néchama de Yossef. Cependant, Hakadoch Baroukh Hou selon son plan divin, conserva cette première pensée qui devait engendrer Yossef pour ne la lui restituer qu’au moment précis où Ra’hel devait engendrer Yossef. Dans l’absolu, Yossef est bel et bien le premier-né des douze tribus comme il est écrit : « Au premier-né son taureau, la splendeur est à lui. » (זוהר ויצא קנה: – דברים לג, יז)

La fraternité entre Moché et Aharon

À présent, approfondissons la relation fraternelle évoquée dans notre Midrach, celle entre Moché et Aharon, cette relation si spécifique qui bouleversa l’essence même de la fratrie au point où Aharon, le frère aîné, accepta avec amour le statut de dirigeant du peuple attribué à Moché son frère cadet. Cette relation fut décrite par le roi David à travers la louange suivante : « Qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères de résider ensemble ! » (תהילים קלג, א)

Analysons les similitudes existant au sein de la relation entre Moché et Aharon et celle de Caïn et Abel d’après les écrits du Ari Zal. Commençons par rapporter les paroles du Zohar Hakadoch qui affirme explicitement que « Moché était la réincarnation d’Abel. »              (תיקוני זוהר סט דף ק.) Rabbénou Bé’hayé s’interroge sur le verset suivant : pourquoi est-il écrit : « Moché était berger. » (שמות ג, א) ? Pourquoi l’Ecriture ne s’exprime-t-elle pas au présent au sujet de Moché : « Moché est berger. » ? L’Ecriture fait allusion au fait que Moché était déjà un berger durant sa vie antérieure, celle d’Abel comme il est écrit : « Abel était berger. » (בראשית ד, ב)

Le Ari Zal explique que la réincarnation d’Abel en Moché avait pour but de réparer le dommage causé par Abel qui fut condamné à mort pour avoir contemplé la Chekhina lorsque l’Eternel fit descendre un feu pour accepter son sacrifice. Ainsi, lorsque Hakadoch Baroukh Hou se dévoila à Moché Rabbénou à travers le feu du buisson ardent, il est écrit : « Moché cacha son visage car il craignait de regarder vers D.ieu. » (שמות ג, ו) Moché cacha son visage car il eut peur de conTempler ce qu’il avait déjà vu autrefois, lors de son guilgoul précédent, tel un homme qui a honte de revivre la même situation inconvenante déjà vécue par le passé. (ליקוטי הש »ס ד »ה אמרו)

Concernant Aharon, il est expliqué dans les écrits du Ari Zal : « La meilleure partie de la néchama de Caïn se trouvait à l’intérieur d’Aharon. » (ספר הגלגולים פרק לה)

Aharon était la réincarnation de la partie non-entachée par le mal de l’âme de Caïn. Nous pouvons y associer la déduction fabuleuse du « מגלה עמוקות » sur le verset : « l’Eternel dit à Moché : parle à Aharon ton frère, qu’il ne vienne pas à tout moment dans le Sanctuaire. » (ויקרא טז, ב) Pour quelle raison l’Ecriture fait-elle usage des termes « ton frère » ? Ne savons-nous pas qu’Aharon est le frère de Moché ? Hakadoch Baroukh Hou avertit Moché par allusion de prévenir Aharon d’être vigilant lors de son service au Sanctuaire et de ne pas s’y présenter à tout instant au risque d’y conTempler la Présence divine et d’être condamné à mort à son tour comme le fut Abel. (מגלה עמוקות פ’ אחרי מות)

Ainsi dans ce guilgoul, Aharon et Moché réussirent à entamer la réparation de l’âme de Caïn grâce à la solidarité extraordinaire dont ils firent preuve. En effet, Aharon ne fut à aucun moment jaloux de la grandeur de son frère cadet. Au contraire, il s’en réjouit grandement comme l’explique Rachi au sujet du verset : « Voici, il sort à ta rencontre, il te verra et se réjouira dans son cœur. » (שמות ד, יד) D.ieu dit à Moché : « Ne crois pas qu’il pourrait t’en vouloir si tu accèdes à la grandeur. Par ce mérite, Aharon héritera des ornements du pectoral qui seront placés sur son cœur. (שבת קלט.) Aharon procéda à la réparation de l’attribut de rigueur qu’avait endommagé Caïn et c’est le sens des paroles d’Hakadoch Baroukh Hou : « Si tu t’améliores, il te sera pardonné. » (בראשית ד, ז) En d’autres termes, si tu te renforces pour dominer ta jalousie contre Abel ton frère, tu pourras mériter de t’élever et d’accéder à la prêtrise. Ainsi après avoir procédé à la réparation de Cain, Aharon accéda au rang de Cohen Gadol.

Combien devons-nous nous réjouir de pouvoir comprendre les enseignements énigmatiques du Midrach qui nous détaillent les relations fraternelles depuis la première génération jusqu’à Moché et Aharon. Le Ari Zal nous dévoile à quel point Adam Harichon fut affecté par la mort d’Abel. Il donna soixante-dix années de sa vie au roi David qui sera sa réincarnation et qui déclarera dans ses Psaumes : « Qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères de résider ensemble ! » (תהילים קלג, א) car finalement, après plusieurs réincarnations, les deux frères réussirent à accomplir leur réparation et à s’unir dans la sainteté. (ספר הליקוטים האזינו)

Pour conclure, nous pouvons comprendre à présent pourquoi Hakadoch Baroukh Hou choisit précisément Aharon et ses enfants pour faire la bénédiction sur tout le peuple d’Israël, la bénédiction des Cohanim qui se finit par « Que l’Eternel … mette sur toi la paix. » Ses enseignements nous éclairent sur la raison pour laquelle les Léviim réalisent l’ablution des mains aux Cohanim avant de procéder à la bénédiction sur le peuple comme cela est rapporté dans le Zohar Hakadoch (זוהר נשא קמו.) et c’est ainsi que la loi fut tranchée dans le Choul’han Aroukh (ש »ע או »ח קכח, ו)

Le Ramban explique que la tribu de Lévi provient de la néchama de Caïn et en faisant l’ablution des mains aux Cohanim, qui proviennent de l’âme d’Abel, ils se mettent ainsi à leur service dans la paix et c’est grâce à cela qu’ils peuvent bénir tout Israël dans la paix. (רמב »ן בראשית יב, ו)