
Pekoude
Betsalel n’a pas seulement exécuté les instructions : sa sagesse était en parfaite résonance avec la volonté divine transmise à Moché. En rappelant qu’on bâtit d’abord une “maison” avant d’y placer ses ustensiles, il révèle un principe spirituel : la crainte du Ciel est le “coffre” qui protège la Torah et les mitsvot. Sans ce réceptacle, même les plus beaux trésors restent exposés. Pekoudé nous réapprend l’ordre juste : préparer l’intérieur avant d’y déposer la lumière.
Auteur : Beth Chelomo
Date : 19 mars 2026
Sommaire :
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Le verset clé : Betsalel “fait tout ce que Hachem a ordonné à Moché”
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Pourquoi ce n’est pas “ce que Moché a ordonné” : l’accord parfait avec le Sinaï
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L’inversion d’ordre : ustensiles ou Michkan d’abord ?
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Deux plans, deux mondes : le céleste et le terrestre
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Le Michkan comme coffre : la crainte du Ciel qui protège la Torah
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“Où vais-je entreposer les ustensiles ?” : le message de Betsalel
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Deux niveaux de crainte : punition vs grandeur
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Conclusion : remettre de l’ordre pour que la sagesse se maintienne
Un rappel à l ‘ordre
« ובצלאל בן אורי בן חור למטה יודה עשה את כל אשר צוה ה’ את משה »
« Et Betsalel, fils de Ouri, fils de ‘Hour de la tribu de Yéhouda, fit tout ce que l’Eternel avait ordonné à Moché. »(4) (שמות לח, כב)
(4) Rabbi ‘Haïm Falaggi explique que Moché ne s’est pas associé directement à l’édification du Tabernacle mais il en donna seulement les instructions. En effet, si Moché avait participé à l’édification du Tabernacle, le Temple n’aurait jamais pu être détruit. C’est une des raisons pour laquelle Betsalel érigea le Michkan. (תנופה חיים)
Rachi explique la précision des termes employés : « tout ce que l’Eternel avait ordonné à Moché. » Il n’est pas écrit « Betsalel fit tout ce que Moché lui avait ordonné » pour nous apprendre que Betsalel réalisa certaines choses que Moché ne lui avait pas révélées mais qui furent dévoilées par l’Eternel à son maître. La pensée de Betsalel était en parfait accord avec les paroles de D.ieu qui furent révélées à Moché au Sinaï. (ברכות נה.)
Rabbi Chmouel bar Na’hmani a dit nom de Rabbi Yonatan : Betsalel fut nommé en raison de sa sagesse. Lorsque Hakadoch Baroukh Hou ordonna à Moché : va dire à Betsalel de me faire un Tabernacle, une Arche et des ustensiles, Moché inversa cet ordre et dit à Betsalel de réaliser une Arche, des ustensiles et un Tabernacle. Betsalel lui dit : Moché, mon maître, l’habitude du monde est qu’une personne construise une maison et ensuite y introduise des ustensiles, et toi tu me demandes de faire une Arche, des ustensiles et ensuite un Tabernacle ? Où vais-je donc entreposer les ustensiles que je fabrique ? Peut-être que Hakadoch Baroukh Hou a dit ainsi : un Tabernacle, une Arche et des ustensiles ? Moché répondit : peut-être étais-tu dans l’ombre de D.ieu et c’est ainsi que tu as su cela. (ברכות נה.)
Les commentateurs s’interrogent : comment est-il possible que Moché Rabbénou ait inversé l’ordre divin en disant à Betsalel de faire l’Arche, les ustensiles et ensuite le Tabernacle ?
Tossefot s’interrogent au sujet de ce passage talmudique : comment le Talmud a-t-il pu laisser entendre que Hakadoch Baroukh Hou ordonna à Moché : va dire à Betsalel de Me faire un Tabernacle, une Arche et des ustensiles, alors qu’il est écrit explicitement dans la paracha de Térouma que l’ordre divin donné à Moché était de réaliser les ustensiles puis le Tabernacle ?
Tossefot expliquent que dans la paracha de Ki Tissa, Hakadoch Baroukh Hou dit à Moché de transmettre ces paroles à Betsalel : « En chaque sage de cœur, J’ai mis la sagesse et ils feront tout ce que Je t’ai ordonné, la tente d’assignation, l’Arche du témoignage, le couvercle qui est sur elle et tous les ustensiles de la tente. » (שמות לא, ו) Nous voyons parfaitement ici que Hakadoch Baroukh Hou ordonna l’édification du Tabernacle avant la réalisation des ustensiles et nous pouvons à présent comprendre l’étonnement de Betsalel lorsque Moché lui ordonna de réaliser ces différents éléments dans le sens inverse.
Les commentateurs ne se sont pas contentés de la réponse de Tossefot. En effet, bien qu’Hakadoch Baroukh Hou ait formulé explicitement l’instruction de réaliser le Tabernacle avant les autres ustensiles du Temple, pourquoi cet ordre est-il inversé dans la paracha de Térouma ? De plus, face à cette apparente contradiction, comment Moché décida-t-il de conserver un ordre plutôt qu’un autre ?
Pour répondre à ces questions, introduisons les paroles du « עיון יעקב » qui explique d’après un enseignement du Talmud que : « Rabbi Yossi ben Rabbi Yéhouda a enseigné : une Arche de feu, une Table de feu et une Ménorah de feu sont descendues du ciel, Moché les observa et en confectionna de pareilles, ainsi qu’il est écrit : « Vois et fais selon leur plan que tu as vu dans la montagne. » (שמות כה, מ)
Le Talmud s’interroge : il est cependant écrit : « Tu dresseras le Tabernacle suivant son ordonnance que tu as vu dans la montagne. » (שמות כו, ל) Il semblerait donc que Moché ait également vu le Tabernacle de feu descendre du ciel. Le Talmud répond : concernant le Tabernacle, il est écrit « selon son ordonnance » afin de nous apprendre que D.ieu lui transmit seulement les lois relatives au Tabernacle et non le plan de construction comme pour les ustensiles dont le plan fut révélé, comme il est écrit « selon leur plan ». (ע »פ מנחות כט.)
Le « עיון יעקב » demande pourquoi les Sages du Talmud établirent-ils une telle différence ? La réponse se trouve dans le Zohar Hakadoch : « Le Tabernacle des mondes supérieurs ne peut être dressé tant que le Tabernacle du monde ici-bas n’est pas dressé. » (זוהר פ’ תרומה קנט.) Il est également écrit que le jour où le Tabernacle du monde d’en bas fut dressé, le Tabernacle des mondes supérieurs le fut aussi et une immense joie se fit ressentir dans les Cieux. (זוהר פ’ ויקרא ג.)
Nous retenons de cette étude un fondement essentiel du déroulement de l’édification du Michkan : Hakadoch Baroukh Hou commença par réaliser des ustensiles comme l’Arche, la Table et la Ménorah qui sont apparues sous forme de flammes à Moché. Cependant, en ce qui concerne le Tabernacle, il ne sera pas créé dans les mondes supérieurs tant que Moché ne l’aura pas créé dans le monde ici-bas.
À présent, nous comprenons pourquoi Hakadoch Baroukh Hou devança la conception des ustensiles à celle du Tabernacle dans la paracha Terouma car il s’agissait du Tabernacle des mondes supérieurs. A l’inverse, dans la paracha Ki Tissa, Hakadoch Baroukh Hou ordonna la réalisation du Tabernacle avant celle des ustensiles car il s’agissait de son édification dans le monde ici-bas. Ainsi, au départ Moché demanda à Betsalel : « Fais l’Arche et les ustensiles du Tabernacle. » car il suivait l’ordre de l’édification du Tabernacle Céleste. C’est alors que Betsalel rappela à Moché que son édification dans notre monde nécessite au préalable la construction du Tabernacle, ce à quoi Moché consentit.
Pourquoi Hakadoch Baroukh Hou réalisa-t-Il les ustensiles avant le Tabernacle dans les mondes supérieurs et inversement dans le monde ici-bas ? On peut se demander également, quel était le sens de l’argument de Betsalel à Moché : « Où vais-je donc entreposer les ustensiles que je fabrique ?» N’était-il pas possible de ranger les ustensiles dans un endroit adapté jusqu’à l’édification du Tabernacle ?
Il est rapporté dans le Talmud : Rav Yéhouda a enseigné : Hakadoch Baroukh Hou créa Son monde uniquement pour que les êtres humains qui l’habitent éprouvent de la crainte devant Lui, comme il est dit : « et D.ieu agit afin que l’homme éprouve de la crainte devant Lui. » (שבת לא: – קהלת ג, יד) Rachi explique que D.ieu créa le ciel et la terre uniquement pour la Torah qui est appelée « commencement » et pour Israël qui est appelé « prémices de sa récolte ». (רש »י בראשית א, א) Toutefois, il est impossible d’accomplir tous les commandements de la Torah, qu’ils soient positifs ou négatifs, sans crainte du ciel, comme le stipule le plus sage de tous les hommes : « En conclusion, tout ayant été entendu : crains D.ieu et observe Ses commandements, car c’est là toute l’essence de l’homme. » (קהלת יב, יג)
L’importance de la crainte du Ciel est rapportée dans de multiples passages talmudiques. En voici un exemple : « Rech Lakich demande quel est le sens du verset : « La confiance de ton temps et la force du salut sont la sagesse et le savoir ; la crainte de D.ieu est sa réserve. » ? (ישעיה לג, ו) Le mot « confiance » dans ce verset représente l’ordre de la Michna Zeraïm ; le terme « temps » représente l’ordre de Moed ; « la force » représente l’ordre de Nachim ; le mot « salut » représente l’ordre de Nezikim ; « sagesse » représente l’ordre de Kodachim ; et le terme « savoir » représente l’ordre de Taharot. Malgré tout cela, le verset s’achève sur les mots : « la crainte de D.ieu est sa réserve. »(5) (שבת לא.) –
(5) Ce passage de la prophétie d’Isaïe concerne le salut d’Israël face à la menace de San’heriv qui était le roi d’Assyrie. Dans ce verset, Isaïe déclare que si le peuple juif désire que sa nouvelle quiétude soit de longue durée, il devra acquérir la sagesse, la connaissance et la crainte de Dieu qui seront considérées comme une réserve pour lui en garantissant la paix dans le pays.
La Michna est composée de six ordres : Zeraïm qui traite des lois relatives à l’agriculture en terre d’Israël, Moed qui traite des lois concernant les différentes fêtes et il est donc intimement lié au temps, Nachim traite principalement des lois concernant les relations entre hommes et femmes, Nezikim détaille les lois concernant les dommages, les délits et les obligations monétaires générales, Kodachim traite des lois concernant le Temple et les sacrifices, et Taharot définit les lois de pureté et d’impureté.
Le Talmud nous enseigne qu’au-delà de l’étude des six ordres de la Michna, la chose la plus importante aux yeux du Créateur réside dans la crainte de D.ieu qu’il aura fait grandir dans son cœur.
Le « ערוגת הבשם » explique que la crainte est comparable à une caisse aux trésors scellée, renfermant à l’intérieur la Torah et les mitsvot. Un homme qui n’a pas la crainte du Ciel, que D.ieu nous en préserve, ressemble à celui qui possède un très grand trésor d’argent et d’or mais qui n’a pas de coffre pour le protéger. Par conséquent, tous ses biens sont à la merci des voleurs qui peuvent l’en déposséder à tout instant. Ainsi, celui qui s’affaire à la Torah et aux mitsvot mais qui n’a pas de crainte du Ciel sera sous la domination du sitra a’hra et des forces du mal qui tenteront de lui nuire à chaque instant, et c’est le sens des paroles du psalmiste : « Interviens pour le bonheur de ton serviteur, que des arrogants ne m’accablent point. »(6) (תהילים קיט, קכב)
(6) C’est également le sens de la Michna dans les Pirké Avot : « Rabbi ‘Hanina ben Dossa a enseigné : tout celui dont la crainte de la faute précède sa sagesse, sa sagesse se maintiendra. Et tout celui dont la crainte de la faute ne précède pas sa sagesse, sa sagesse le fuira. » (אבות פ »ג מ »ט) La crainte de la faute d’un homme doit être proportionnelle à sa sagesse et à ses connaissances. Tout celui qui augmentera sa sagesse dans la Torah devra également développer sa crainte de la faute afin d’agrandir son « coffre » et protéger à l’intérieur sa sagesse.
D’après ce que nous venons d’étudier, le « ערוגת הבשם » explique que l’intention de Betsalel était d’expliquer à Moché Rabbénou qu’il fallait devancer la construction du Tabernacle qui est comparable au coffre-fort. Puis, y déposer les ustensiles qui font allusion à la Torah, comme nous l’ont exposé les Sages du Midrach au sujet du verset : « Ils feront l’Arche. » (שמות כה, י) Pourquoi l’Ecriture emploie-t-elle ici le pluriel ? Hakadoch Baroukh Hou dit à tout Israël : « Venez tous vous affairer dans la construction de l’Arche afin que vous méritiez tous la Torah. » (שמות רבה לד, ב) Il en est de même pour la Ménorah, comme il est rapporté dans le Talmud : « Celui qui veut développer sa sagesse s’installera dans le sud car la Menorah était orientée vers le sud. » (בבא בתרא כה:)
Le Tabernacle lui-même, qui entoure tous les ustensiles comme des murailles fait allusion à la crainte de la faute, comme il est dit : « La crainte de D.ieu est sa réserve. » (ישעיה לג, ו) Ainsi, de la même façon que la crainte de D.ieu est le coffre qui permet de protéger la Torah et les mitsvot, le Tabernacle est comparable à ce coffre-fort qui protège tous les ustensiles qu’il contient à l’intérieur et qui font allusion à la Torah et à l’accomplissement des commandements. Nous comprenons à présent la réponse de Betsalel à Moché : « Moché notre maître ! L’habitude du monde est que tout d’abord une personne construise une maison et y introduise ensuite des ustensiles. Et toi, tu me dis de faire une Arche, des ustensiles et ensuite un Tabernacle. Où vais-je donc entreposer les ustensiles que je fabrique ? » (ברכות נה.) Où mettrai-je les ustensiles que j’ai fabriqués qui font allusion à la Torah et au mitsvot car sans crainte du Ciel, ils n’auront aucune protection ?
Il est écrit dans les Pirké Avot : « S’il n’y a pas de sagesse, il n’y a pas de crainte, s’il n’y a pas de crainte il n’y a pas de sagesse » (אבות פ »ג מ »יז)
S’il est impossible d’atteindre la sagesse sans crainte et qu’il est également impossible d’atteindre la crainte sans sagesse, il est donc impossible d’atteindre aucun des deux ! Comment comprendre cet enseignement des Sages d’après notre étude ?
Il est écrit dans דרשות הר »ן qu’il existe deux sortes de crainte de D.ieu. La première est appelée « crainte de la punition » et désigne la crainte des châtiments et des souffrances. Un service divin empreint de ce type de crainte est motivé par un intérêt personnel : celui de ne pas subir de souffrances. Il existe une deuxième crainte beaucoup plus élevée que l’on appelle « crainte de la grandeur ». L’homme pense continuellement à la grandeur de l’Eternel ce qui le remplit d’une crainte intérieure qui lui permet d’accomplir un service divin au nom du Ciel, motivé par l’amour de D.ieu. (דרוש י)
Nous pouvons également observer que Rabbi Chimon bar Yo’haï explique ces deux sortes de crainte dans le Zohar Hakadoch : « Il existe des hommes qui craignent D.ieu afin de préserver leurs enfants de la mort. Certains craignent D.ieu par crainte de souffrir dans leur corps ou de perdre leur argent. D’autres encore craignent D.ieu à cause de la punition dans les mondes supérieurs, au guéhinoam. Ce type de crainte n’est pas l’essence de la crainte de l’Eternel ! La véritable crainte de l’Eternel consiste à Le craindre du fait de Sa grandeur et de Sa puissance qui est à l’origine du maintien de tous les mondes, car aucun homme n’a d’importance face à Sa grandeur, comme il est écrit :
« Tous les habitants de la Terre sont comme s’ils n’avaient pas d’importance. » (הקדמה זוהר יא: – דניאל ד, לב)
À présent, nous pouvons comprendre pourquoi Moché Rabbénou ordonna à Betsalel de construire les ustensiles avant le Tabernacle. En effet, il est écrit dans le Talmud : « Rabbi ‘Hanina a enseigné : tout est entre les mains du Ciel sauf la crainte du Ciel, comme il est écrit : « Qu’est-ce que l’Eternel ton D.ieu te demande si ce n’est craindre l’Eternel. » (דברים י, יב) « Le Talmud demande : est-ce que la crainte du Ciel est une petite chose ? Pourtant Rabbi ‘Hanina a dit au nom de Rabbi Chimon bar Yo’haï : Hakadoch Baroukh Hou n’a rien d’autre dans Ses réserves qu’un trésor de crainte du Ciel, comme il est dit : « La crainte de l’Eternel est Son trésor. » Le Talmud répond : oui ! Pour Moché qui prononça ce verset, c’était une petite chose. » (ברכות לג:)
Moché Rabbénou avait déjà dépassé le niveau de « crainte de la faute » et dans son immense humilité, il pensait que tout le peuple d’Israël avait ce niveau. Par conséquent, l’essentiel du service divin était d’atteindre la « crainte de la grandeur de D.ieu » qui ne peut être atteinte que par l’étude de la Torah. C’est dans ce sens qu’il ordonna à Betsalel de commencer par construire des ustensiles qui font allusion à la Torah et aux mitsvot avant de construire le Tabernacle, qui fait allusion à la « crainte de la grandeur de Dieu ». Cependant, Betsalel qui fut béni de sagesse par le Créateur, savait parfaitement que seul Moché Rabbénou avait ce niveau exceptionnel et que le reste du peuple d’Israël avait besoin d’aide pour atteindre le niveau de « crainte de la faute » qui doit précéder l’étude de la Torah. Ainsi, il dit à Moché : « où va-t-on mettre les ustensiles que j’ai fabriqués ? » Puisque les ustensiles font allusion à l’étude de la Torah, il est nécessaire de faire devancer la construction du Tabernacle qui est comparable à la crainte de la faute afin que la Torah se maintienne dans leurs mains.
À présent, nous saisissons pleinement la réponse de Moché à Betsalel lorsqu’il lui dit : « Tu étais dans l’ombre de D.ieu et tu as su. » En effet, Betsalel signifie littéralement « dans l’ombre de D.ieu » = בצל-אל bétsel-el. C’est par amour et bienveillance pour le peuple d’Israël que Betsalel persuada Moché de conserver cet ordre de construction.