Tsav

Le sacrifice de ola n’expie pas seulement les actes, mais les pensées cachées du cœur. À travers l’épreuve de la Akéda, Avraham et Its’hak découvrent que même une divergence intérieure dans le service divin peut nécessiter réparation. De cette tension naît une vérité essentielle : l’équilibre parfait entre bonté et rigueur, qui donnera naissance à l’harmonie incarnée par Yaacov.

Auteur : Beth Chelomo

Date : 26 mars 2026

Sommaire :

  • Le sens du Korban Ola
  • Les pensées intérieures comme source de réparation
  • La question de la Akéda
  • Bonté vs Rigueur : un déséquilibre nécessaire
  • La fusion des opposés
  • Naissance de l’équilibre : Yaacov et la Tiferet

« וידבר ה’ אל משה לאמר צו את אהרן ואת בניו לאמר זאת תורת העולה… »

« L’Eternel parla à Moché en disant : ordonne à Aharon et ses fils en disant : ceci est la Torah de ola… » (ויקרא ו, א-ב)

Rachi nous explique que le korbane ola vient expier la transgression d’un commandement positif ou d’un commandement négatif lié à un commandement positif. (רש »י בשם תורת כהנים ויקרא א, ד)

Cependant, les sages du Midrach ajoutent que le sacrifice de ola est totalement kadoch car il n’est pas réalisé à cause de fautes telle que le vol, expié par un sacrifice acham, mais il vient expier les mauvaises pensées du cœur. (מדרש תנחומא צו אות יג)                                               

note : C’est également l’opinion du Zohar Hakadoch, qui écrit que le sacrifice ola vient expier les mauvaises pensées du cœur durant la nuit… (זוהר חדש נב.) Rabbi Its’hak Caro זצ »ל qui était l’oncle du Maran Rabbi Yossef Caro זצ »ל a écrit que le sacrifice ola correspondait aux mauvaises pensées du cœur qui viennent essentiellement durant la nuit puisque l’homme est occupé durant la journée. C’est pour cela que ce sacrifice restait durant toute la nuit sur l’Autel. (תולדות יצחק) consulter également : (זוהר נשא קכא: – זוהר נח ע. – זוהר קדושים פז. – זוהר פנחס רמז: – מדרש ויקרא רבה פ »ז אות ג)

D’après l’enseignement du Midrach, nous allons tenter de comprendre sous un angle différent le sens de l’Ecriture. À propos de la akéda d’Its’hak il est écrit : « prends je t’en prie ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Its’hak, et va pour toi vers le pays de la terre de Moria et apporte-le là-bas en sacrifice ola sur l’une des montagnes que Je t’indiquerai. » (בראשית כב, ב)

De quelle faute nos patriarches Avraham et Its’hak son fils se sont-ils rendus coupables pour apporter un sacrifice ola puisque nos maîtres nous ont enseigné que nos patriarches accomplissaient toute la Torah ? (יומא כח:)

Il est rapporté dans le livre « מאור ושמש » que Avraham avinou et Its’hak avinou avaient des caractères très différents. Avraham incarnait la bonté tandis que Its’hak incarnait la rigueur et chacun de ces deux justes était préoccupé par les traits de caractère de l’autre. En effet, le plus grand désir d’Avraham était que le Maître de l’univers dirige le monde uniquement par la bonté afin d’assurer la pérennité de celui-ci. En conséquence, Avraham contestait dans son coeur la façon dont Its’hak, son fils, accomplissait son service divin car celui-ci était uniquement dirigé par la rigueur. Ceci posait un problème aux yeux d’Avraham l’amenant à penser que peut-être le monde ne pourrait pas perdurer. A l’opposé, Its’hak pensait qu’il était préférable que Hakadoch Baroukh Hou dirige le monde par la rigueur, la crainte et la révérence afin que toutes les créatures le craignent et par conséquent s’écartent de la faute. Ainsi, le plus grand désir d’Its’hak était que le Maître de l’univers dirige le monde par la stricte justice. Par conséquent, Its’hak notre patriarche contestait dans son cœur la conduite du service divin de son père Avraham qui était toujours dirigé par la bonté. Ceci était difficile à concevoir pour Its’hak car il pensait que cette conduite pouvait les amener à ne pas craindre l’Eternel et donc à fauter, que D.ieu nous en préserve. Puisque chacun de nos deux justes contestait dans son cœur la conduite de l’autre, ils ont créé un dommage qui leur a été compté comme s’ils avaient fauté par la pensée. Ainsi, Hakadoch Baroukh Hou les a rendus tous les deux coupables d’apporter un sacrifice ola afin de réparer les pensées de leur cœur. C’est pourquoi Il demanda à Avraham de monter son fils Its’hak en sacrifice ola. Lorsqu’ Avraham et Its’hak prirent connaissance de leur devoir, ils se remirent en question et comprirent que la seule faute commune à chacun était de contester dans son cœur la façon dont l’autre accomplissait le service divin. Ils comprirent que D.ieu n’était pas d’accord avec leur pensée respective. La volonté du Créateur était de fusionner les conduites de nos deux patriarches. Ainsi, Avraham a agi selon l’attribut de rigueur en sacrifiant son fils tandis qu’Its’hak, en étant prêt à donner sa vie , a agi selon l’attribut de bonté. De ce sacrifice naîtra l’attribut de tiferet qui est l’équilibre parfait entre les deux approches différentes, incarné par Yaacov, le troisième patriarche. (מאור ושמש פרשת וירא)

C’est le sens de l’explication du Zohar Hakadoch à propos de la akeda d’Its’hak dont le but était de fusionner les deux approches du service divin d’Avraham et Its’hak. Pour ce faire, Avraham notre patriarche a dû accomplir un acte cruel sur son fils. Il a dû être prêt à l’égorger afin d’accomplir le commandement du Créateur et de ce fait, il ancra dans son cœur une partie de l’attribut de rigueur d’Its’hak son fils car cet acte ne pouvait s’effectuer que par l’attribut de rigueur. Its’hak, quant à lui, a dû se soumettre à son père en le laissant l’égorger sans s’y opposer par la force et par cela il a naturellement ancré en son cœur une partie de l’attribut de bonté de son père Avraham. C’est par cette épreuve redoutable que le désaccord entre le père et le fils disparut, faisant place à la paix et aboutissant à une intégrité parfaite. (זוהר וירא קיט:)

C’est par la force exceptionnelle de cette fusion entre Avraham et son fils Its’hak durant cette épreuve que la néchama de Yaacov notre patriarche a pu être créée dans les mondes supérieurs et s’introduire dans l’attribut de tiferet. Nous pouvons en trouver une allusion dans l’écriture : « le troisième jour, Avraham leva ses yeux et il vit l’endroit de loin. » (בראשית כב, ד) – En effet, le troisième jour est une allusion à Yaacov avinou qui deviendra le troisième patriarche du peuple d’Israël. Ainsi Yaacov sera l’élu des patriarches et sera appelé dans plusieurs endroits du Zohar Hakadoch : « l’élu des patriarches ». (זוהר ויצא קמז: – קנ. ועוד) car l’attribut le plus abouti est celui qui équilibre les deux extrêmes :  la droite pour la bonté d’Avraham et  la gauche pour la rigueur d’Its’hak. Comme l’explique le Rambam, le meilleur chemin que l’homme doit emprunter est celui du milieu. (חלכות דעות ב, ב)

Nous pouvons à présent comprendre le verset avec lequel débute la paracha de Toldot : « ce sont les descendants d’Its’hak le fils d’Avraham, Avraham engendra Its’hak. » (בראשית כה, יט)Ce n’est qu’à partir de ce témoignage de l’Ecriture que la Torah peut nous raconter comment Its’hak notre patriarche et Rivka notre matriarche ont pu mériter d’enfanter Yaacov après de nombreuses années de stérilité. Ce n’est que lorsque « Its’hak le fils d’Avraham », c’est-à-dire que Its’hak intégra une partie de la bonté du service divin de son père, et que « Avraham engendra Its’hak » en intégrant en lui la rigueur de son fils Its’hak,, que l’âme de Yaacov, qui incluait les deux attributs du service divin, put descendre dans ce monde. (אמרי נועם)