» וַיְדַבֵּר יְהֹוָה אֶל משֶׁה לֵּאמֹר צַו אֶת אַהֲרֹן וְאֶת בָּנָיו לֵאמֹר זֹאת תּוֹרַת הָעֹלָה… »
« L’Eternel parla à Moché en disant : ordonne à Aharon et ses fils en disant : ceci est la Torah de ola… » (ויקרא ו, א-ב)
Le Ramban dans son commentaire sur notre paracha explique la raison pour laquelle Hakadoch Baroukh Hou a ordonné à celui qui a commis un péché d’apporter un sacrifice. Celui-ci aurait dû être condamné à mort si ce sacrifice n’avait pas été apporté en contrepartie de sa propre personne. Rabbénou Bé’hayé, le Rekanati, ainsi que l’ensemble des commentateurs de cette époque, partagent son opinion. Voici ses propos : « Puisque l’action des hommes est un aboutissement de la pensée et de la parole, lorsque celui qui a fauté apportera un sacrifice, il appuiera ses mains sur l’animal, acte qui correspond à l’action même de sa faute, il confessera sa faute avec sa bouche, ce qui correspond à la dimension de la parole et il brûlera par le feu les reins de l’animal, organes à l’origine de la pensée et des envies… Il jettera le sang de l’animal sur le mizbéa’h, ce qui correspond à son propre sang, afin qu’il puisse méditer sur le fait que par sa faute, c’est son propre corps et sa propre âme qu’il convenait de brûler. Mais c’était sans compter de la grande bonté du Créateur qui prend une contrepartie et expie à travers le sacrifice son sang contre du sang, son âme contre une âme, ses membres contre des membres. » (רמב »ן ויקרא א – י)
note : Il est rapporté dans le Talmud que les êtres humains ont trois caractéristiques semblables à celles de l’animal : ils mangent et boivent comme l’animal, ils procréent comme l’animal et rejettent les déchets comme l’animal. (חגיגה טז.) – Le « באר מים חיים » explique que la partie animale de l’homme l’attire constamment vers le bas et le pousse à agir comme l’animal et à suivre ses volontés primaires… Aussi, l’essentiel du service divin de l’homme, durant sa présence sur Terre, consiste à dominer les envies bestiales qu’il a en lui. En effet, le Maître de l’univers a mis en l’homme une partie bestiale dans le seul but de l’éprouver afin de savoir si celui-ci s’attache à l’Eternel D.ieu de tout son cœur et de toute son âme. C’est le sens des paroles du Ramban dans son explication sur notre verset, à savoir que l’homme doit sacrifier la partie animale qui est en lui.
Le Ben Ich ‘Haï זיע »א appuie ces paroles par une magnifique allusion qui se trouve dans notre verset : le terme מכם = de parmi vous forme les acronymes de :
Mesure = מידה
Pour = כנגד
Mesure = מידה
note : Les sages, quant à eux, déduisent du mot מכם de notre verset que tout celui qui récite les 100 bénédictions journalières est considéré comme ayant apporté un sacrifice. (מנחות מג:) En effet, le terme מכם possède une valeur numérique de 100. Ceci vient nous apprendre l’importance de réciter les 100 bénédictions journalières. Consulter « Le secret des 100 bénédictions journalières » dans la paracha de Ekev, dans nos éditions Tsror Ha’haïm.
Le Alchikh hakadoch demande : est-il possible qu’un homme faute et que ce soit un animal qui paye pour lui ? Il eut été logique que l’homme qui ait fauté meurt ! Comment échanger un homme contre une bête ? Qu’ont fait ces animaux pour faire l’objet d’une condamnation ? Hakadoch Baroukh Hou n’est pas comme un roi de chair et de sang que l’on peut amadouer si l’on faute contre Lui… Comment est-il possible qu’un homme qui a fauté contre l’Eternel puisse expier sa faute en apportant comme cadeau à Dieu un animal qui n’a jamais fauté ?
Pour répondre à ces questions, commençons par introduire les paroles du « ישמח משה » qui explique que les sacrifices sont le substitut parfait pour prendre la place de l’âme de l’homme. Ce principe fondateur du judaïsme est né lors du sacrifice d’Its’hak… En effet, comme l’enseignent nos Sages, son âme s’est envolée et s’est introduite dans le bélier. Il en est de même pour chaque homme qui apportera un sacrifice avec la kavana adéquate. Cela sera considéré comme s’il s’offrait lui-même en sacrifice. (ישמח משה פרשת נח)
Il est rapporté dans le Zohar Hakadoch qu’au moment de la akeda, la néchama d’Its’hak s’est envolée, lui permettant de recevoir une nouvelle néchama du monde des âmes. (זוהר נח ס.) Le Ari Zal explique qu’Its’hak est né avec une âme féminine et c’est le sens du verset : « et voici un fils pour Sarah ta femme » (בראשית יח, י) Pourquoi Hakadoch Baroukh Hou ne dit pas : « et voici un fils pour toi Avraham » ? Il a été rattaché à sa mère Sarah, notre matriarche, en raison de son âme féminine. Ainsi, ce n’est que durant l’épreuve de la akéda que l’âme féminine d’Its’hak s’est envolée, lui permettant de recevoir une âme du côté masculin. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que l’Ecriture témoigne du fait qu’il est le fils d’Avraham, comme il est écrit : « A présent, Je sais que tu crains D.ieu et tu n’as pas épargné ton fils… » (בראשית כב, יב) C’est la raison pour laquelle Its’hak s’est marié uniquement après la akéda car tant qu’il avait une âme féminine, il n’avait pas la capacité de procréer. (ליקוטי תורה חיי שרה) A présent, nous comprenons le commentaire de Rachi sur le verset : « Et Avraham était vieux, avancé en jours, et l’Eternel bénit Avraham dans tout. » (בראשית כד, א) – Rachi explique que cette bénédiction dans tout = בכל a la même valeur numérique que le mot fils = בן car Hachem l’a béni par un fils et était venu le moment de le marier. Ne savions-nous pas qu’Avraham avait un fils qu’il devait marier ? En réalité, cela vient nous éclairer sur la métamorphose d’Its’hak après la akéda : ce n’est qu’après avoir eu « un garçon » qu’il devait le marier.
Comment Its’hak notre patriarche a-t-il pu recevoir une âme féminine ? Le Or Ha’haïm hakadoch explique que cela s’est produit à cause de Sarah notre matriarche qui a ri lorsqu’elle a appris qu’elle allait tomber enceinte. (או »ח בראשית כא, א) – Or, Hakadoch Baroukh Hou est pointilleux avec les Justes comme l’épaisseur d’un cheveu. (חולין קכב:) Si Sarah n’avait pas ri, la akeda n’aurait jamais dû se produire et Sarah notre matriarche n’aurait pas quitté ce monde au moment où elle l’a appris. Le Zohar Hakadoch explique également que durant la akéda se réalisa la fusion entre l’attribut de ‘hessed d’Avraham et l’attribut du din d’Its’hak. Ainsi, puisque la pleine mesure de rigueur d’Its’hak a été adoucie par la bonté d’Avraham, son âme est montée au Gan Eden pour redescendre masculine. (זוהר וירא קיט:)
Nous apprenons du « ישמח משה » que l’épreuve de la akeda d’Its’hak était par essence une préparation aux futurs sacrifices d’Israël dans le Temple. En effet, Its’hak Avinou était parfaitement apte à être élevé en holocauste pour l’Eternel, si ce n’est que Hakadoch Baroukh Hou a ordonné à Avraham de faire monter sur l’autel un bélier comme sacrifice à la place d’Its’hak, comme il est écrit : « Il prit le bélier et le fit monter en holocauste à la place de son fils. » (בראשית כב, יג)
En effet, le Ari Zal ainsi que Rabbi Mena’hem Azaria de Fano זצ »ל expliquent comment lors de la akeda, la néchama d’Itshak s’est envolée et s’est introduite à l’intérieur du bélier pour être ensuite remplacée par une nouvelle néchama. Par conséquent, lorsque Avraham a égorgé le bélier, cela a été considéré comme s’il avait vraiment sacrifié son fils Its’hak.
C’est le sens du commentaire de Rachi au nom du Midrach : « pourquoi est-il écrit « à la place de son fils » ? Parce qu’à chaque geste qu’Avraham accomplissait sur le bélier, il priait et disait : « Que ce soit Ta volonté que ceci soit comme si c’était fait à mon fils, comme si mon fils était égorgé, comme si son sang était répandu, comme s’il était dépecé, comme s’il était consumé et devenu de la cendre. » (תנחומא שלח יד)
Ainsi le « ישמח משה » explique : « tout celui qui apportait un sacrifice, son âme s’envolait à l’intérieur de l’holocauste et cette personne apportait sa propre âme en sacrifice… son âme revenait après avoir été purifiée et c’est la raison pour laquelle l’homme appuyait avec ses mains de toutes ses forces sur la tête de l’animal car par ce geste symbolique il faisait entrer son âme à l’intérieur de l’animal. » (ישמח משה פרשת נח)
S’il en est ainsi comment est-il possible que le fauteur reste vivant au moment du sacrifice puisqu’ un homme sans âme est un homme mort ?
Nous pouvons répondre à cette question d’après les écrits du Baal Hatania au nom de Rabbi ‘Haïm Vital זצ »ל (שער הקדושה ש »נ פ »ב) : « Chaque juif, qu’il soit juste ou impie, possède deux âmes comme il est écrit : « ונשמות אני עשיתי » « et ses âmes que J’ai Moi-même créées. » (ישעיה נז, טז) – La première âme est du côté de la klipa et de l’impureté et se loge à l’intérieur du système sanguin de l’homme. Elle fait vivre son corps, comme il est écrit : « car l’âme de la chair est dans le sang. » (ויקרא יז, יא) La seconde âme est du côté de la sainteté, elle est la partie au-dessus de toute contingence comme il est écrit :
» וַיִּפַּח בְּאַפָּיו נִשְׁמַת חַיִּים »
« Il insuffla dans ses narines une âme de vie. » (ליקוטי מאמרים פ »א – בראשית ב, ז)
Ainsi, lorsque l’homme commet un péché, il endommage son âme qui est du côté de la sainteté et entraîne par conséquent son retrait, ne lui laissant plus que le nefech du côté de la klipa, qui se trouve dans son système sanguin et qui lui permet de vivre.
D’après ceci nous comprenons pourquoi, au moment du sacrifice, lorsque l’âme de l’homme pénètre l’animal, cet homme se trouve toujours en vie. En effet, seule son âme du côté de la sainteté s’est retirée au moment de la faute et pénètre l’animal au moment de l’offrande tandis que l’autre partie de son âme qui est du côté de l’impureté réside toujours en lui et le maintient en vie. Une fois que le Cohen a approché le sacrifice pour l’Eternel, l’âme du côté de la sainteté se trouve purifiée et retourne dans l’homme sans aucun dommage.
Ainsi, lorsque l’homme apporte un sacrifice et se repent de tout son cœur, une transmigration de l’âme va être opérée entre celle de l’homme et celle de l’animal et par conséquent l’animal qui est sacrifié est bien considéré comme l’homme qui a fauté. Toutefois, dans Sa grande miséricorde, Hakadoch Baroukh Hou rétablit l’âme purifiée dans le corps de l’homme…