Comme un seul homme, d’un seul coeur

« וידבר אלהים אל משה ויאמר אליו אני ה’. וארא אל אברהם אל יצחק ואל יעקב« 

 « D.ieu parla à Moché, Il lui dit : Je suis l’Éternel. Je suis apparu à Avraham, à Its’hak, et à Yaacov… » (שמות ו, ג)

Note : La guématria du terme = וארא Je suis apparu est de 209 (avec le collel). Comme nous le savons, nous sommes restés 210 ans esclaves en Égypte, et Moché rabbénou a été envoyé après 209 ans pour nous libérer. Puis durant une année entière, les 10 plaies se sont abattues sur l’Égypte jusqu’à atteindre les 210 ans requis en vue de la délivrance.

Le terme = וארא Je suis apparu se retrouve six autres fois dans l’Écriture. Trois fois au sujet d’Avraham, deux fois à propos d’Its’hak, et une fois pour Yaacov. Les dernières lettres des trois mots du verset : « וארא אל אברהם  » forment le mot אלם = aveugle. Pour ne pas avoir de mauvaises pensées ou ressentir de découragement, nos patriarches ont fait face aveuglément aux épreuves envoyées par le Créateur. Et c’est de cette façon qu’Avraham put franchir les 10 épreuves.

Rachi explique à propos de notre verset qu’Hachem est apparu aux patriarches.

Tous les commentateurs s’étonnent de ce commentaire car Rachi a pour habitude d’éclaircir des notions qui présentent des difficultés de compréhension. Or dans notre verset, on lit explicitement « Je suis apparu à Avraham, à Its’hak, et à Yaacov ». Que vient apporter ce commentaire en disant qu’Hachem est apparu aux patriarches ?

Note : Il faut savoir qu’à chaque fois que Rachi émet un commentaire, cela a pour but de nous apprendre quelque chose car chacun de ses mots sont d’une précision chirurgicale. Rabbénou Tam son petit-fils, écrit à propos de Rachi qu’avant d’entreprendre son commentaire sur la Torah, il jeûna à 613 reprises, en rappel au nombre des commandements. Sachant qu’une année compte 365 jours et qu’il ne pouvait pas jeûner les jours de chabbat, les jours de fête, les jours de roch ‘hodech, ainsi que tout le mois de Nissan où il est interdit de jeûner, Rachi a jeûné sur une période d’environ trois ans dans le but de se préparer à écrire son incroyable commentaire sur la Torah. Rabbénou Tam témoigne dans son livre : je peux faire à présent tout ce qu’a réalisé mon grand-père Rachi, excepté son commentaire sur la Torah. Aucun mot de ses écrits n’est de trop.

Commençons notre explication à l’aide des enseignements du Talmud : « Avraham avinou a accompli toute la Torah, comme il est dit : « Parce qu’Avraham écouta Ma voix, il garda Mon observance, Mes mitsvot, Mes statuts et Mes lois. » (יומא כח: בראשית כו, ה)                                  Tous les commentateurs s’étonnent de cette affirmation : comment Avraham a-t-il pu accomplir tous les commandements de la Torah sans même l’avoir reçue ?

Nous pouvons répondre à cette question avec un regard nouveau d’après l’introduction extraordinaire de deux tsadikim que sont le Rav d’Apta זי »ע dans son livre « אוהב ישראל » ainsi que le Rabbi Its’hak Lévi de Berditchov זי »ע, auteur du « קדושת לוי » sur le verset suivant : « Car Je l’ai connu afin qu’il ordonne à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l’Éternel, pour faire le bien et la justice… » (בראשית יח, יט)  Il est rapporté dans le « קדושת לוי » : « Nous savons qu’avant qu’un fruit ne pousse, il existe déjà dans le patrimoine génétique de l’arbre sur lequel il va se développer. Il en est de même pour l’homme. Avant de naître, il préexiste dans le patrimoine génétique de son père, plus exactement dans le cerveau de son père. Puisqu’Avraham était le premier des patriarches, tout Israël était inclus dans les pensées du cerveau d’Avraham. »

En accomplissant tous les commandements de la Torah, ainsi que les ordonnances des sages, Avraham mérita d’être le fondateur de tout le peuple d’Israël qu’il contenait en lui. Il est donc évident que tout le peuple juif porte en lui une part de l’accomplissement des mitsvot d’Avraham.

D’après cela, nous pouvons également répondre à une question qui se pose dans la hagada de pessa’h. En effet, il est écrit : « Et s’Il nous avait seulement rapprochés devant le mont Sinaï et qu’Il ne nous avait pas donné Sa Torah, cela nous aurait suffi ». (הגדה פסח) À première vue, ces paroles sont très étonnantes ! Quel était l’intérêt pour Israël de se rapprocher du mont Sinaï si ce n’était pour recevoir la Torah ? Par allégorie, cela ressemble à un homme assoiffé qui se rapproche d’un puits rempli d’eau sans pouvoir s’en abreuver. De plus, il déclare : « Cela me suffit ! »

Le « קדושת לוי » répond en rapportant les paroles du Talmud : « Lorsqu’Israël se tenait face au mont Sinaï, leur souillure se retira ». (שבת קמו:) C’est en se rapprochant du mont Sinaï que le peuple juif put acquérir par lui-même toute la Torah. La raison pour laquelle Hakadoch Baroukh Hou donna la Torah aux enfants d’Israël était de leur léguer Ses commandements, afin de les pratiquer et de recevoir une très grande récompense. Comme il est dit dans le Talmud : « Rabbi ‘Hanina enseigna : tout celui qui accomplit un acte en ayant reçu l’ordre de le faire est plus grand que celui qui accomplit un acte sans en avoir reçu l’ordre ». (קידושין לא.)

S’il en est ainsi, comment les enfants d’Israël ont-ils pu accéder à toute la Torah avant même de l’avoir entendue de la bouche de D.ieu au mont Sinaï ?

Nous pouvons répondre en rapportant ce qui est écrit dans le Zohar : « La Torah comporte 600 000 lettres, et chacune de ces lettres correspond à une néchama d’Israël. En effet, le peuple comptait 600 000 âmes lorsqu’il se tenait devant le mont Sinaï ». (זוהר הקדוש שיר השירים עד) Cela est rapporté en allusion dans le Zohar, au sujet des lettres du mot Israël = ישראל  :

Il y a                      = יש

60                     = ששים

Myriades            = רבוא

De lettres        = אותיות

Dans la Torah = לתורה

(זוהר המתורגם נשא קמה.)

Ainsi lorsque le peuple juif se retrouva au mont Sinaï, tout Israël s’unit comme un seul homme et d’un seul cœur, comme il est écrit : « Israël campa là-bas en face de la montagne ». (שמות יט, ב) Rachi traduit ce passage par « comme un seul homme, d’un seul cœur ». Nous pouvons y associer ce que nous avons dit plus haut : « Lorsqu’Israël se tenait face au mont Sinaï, leur souillure se retira ». (שבת קמו:) 600 000 enfants d’Israël débarrassés de toute souillure correspondant aux 600 000 lettres de la Torah. Voici pourquoi ils purent atteindre et accéder à toute la Torah avant même de la recevoir.

Comme il est expliqué dans le livre « ערוגות הבשם » : « Au moment du don de la Torah, les yeux s’ouvrirent et tout le peuple d’Israël fut à même de voir la Torah écrite d’un feu noir sur fond de feu blanc. Chacun reconnut l’origine de sa néchama ainsi que l’origine de l’âme de son prochain. Chacun sut alors quelle lettre lui correspondait par allusion. Tout Israël se tenait uni en bas de la montagne, placé selon l’ordre établi de l’assemblage des lettres de la Torah au-dessus d’eux ».

Le »ערוגות הבשם » ajoute encore : « Celui qui avait reconnu l’origine de son âme et qui correspondait par exemple à la lettre bet = ב du mot Béréchit = בראשית reconnaissait également son ami qui était la lettre rech = ר du mot Béréchit = בראשית. Il allait automatiquement se placer près de son ami dont la racine provenait d’une lettre dans la Torah qui était à côté de la sienne. Et c’est ainsi que tout le peuple s’organisa pour prendre sa place en fonction des lettres de la Torah qui étaient inscrites dans les hauteurs. C’est le sens du verset : « Et tout le peuple vit les voix » (שמות כ, טו) – c’est-à-dire que tout le peuple vit les lettres de la Torah qui étaient écrites avec du feu. « Le peuple vit, ils tremblèrent » – ils tremblèrent et allèrent se tenir chacun à côté de son prochain afin de pouvoir s’unir en bas à l’image de la disposition des lettres de la Torah en haut. »

À présent, nous comprenons mieux comment Avraham notre patriarche mérita d’acquérir toute la Torah avant de l’avoir reçue. Car comme nous l’avons étudié dans les livres « אוהב ישראל » ainsi que « קדושת לוי », puisqu’en Avraham notre patriarche résidaient toutes les âmes du peuple d’Israël correspondant aux 60 myriades de lettres de la Torah, il mérita lui aussi, par le mérite des âmes qu’il contenait, de pouvoir atteindre toute la Torah avant même qu’elle n’ait été donnée.

Les sages du Talmud nous enseignent : « Le titre de patriarche ne s’applique que pour trois personnes ». (ברכות טו:) Pourquoi seuls Avraham, Its’hak et Yaacov sont-ils appelés « patriarches » ?

Nous savons à présent qu’Avraham notre patriarche contenait en lui toutes les âmes d’Israël qui allaient naître à l’avenir jusqu’à la fin des générations. Cependant, lorsqu’Its’hak naquit, il reçut par transmission toutes ces âmes, ne laissant à Avraham plus que la source de sa propre néchama. Ensuite, lorsque Yaacov naquit, toutes les âmes d’Israël lui furent transmises, laissant uniquement à Its’hak la source de sa propre âme. Lorsque naquirent les 12 tribus, toutes les âmes d’Israël furent divisées et partagées entre les tribus, chaque âme ayant été attribuée à une certaine tribu.

Nous comprenons à présent pourquoi le langage du Talmud est si précis : « Le titre de patriarche ne s’applique qu’à trois personnes » (ברכות טז:) – car seuls les patriarches portèrent en leur sein la totalité des néchamot d’Israël.

À présent, revenons au premier verset de notre section hebdomadaire : « D.ieu parla à Moché, Il lui dit : Je suis l’Éternel ». (שמות ו, ג) Rachi explique qu’Hakadoch Baroukh Hou réprimanda Moché sur la rudesse de son langage : « Pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple ? » (שמות ה, כב)  Hakadoch Baroukh Hou lui répondit : « Je suis apparu à Avraham, à Its’hak, et à Yaacov ». (שמות ו, ג) Malgré toutes les épreuves que les patriarches ont affrontées, ils n’ont jamais pensé à se plaindre de Ma façon d’agir. Et toi tu viens argumenter : « Pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple ? »

Note : C’est la mesure de rigueur qui s’adressa à Moché en premier lieu car il avait prononcé des paroles inconvenantes : « Pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple ? » (שמות ה, כב) Hakadoch Baroukh Hou lui répondit qu’au contraire, lorsque la souffrance et la douleur augmentent, c’est un signe de rapprochement de la délivrance. Cela ressemble à une femme qui est sur le point d’accoucher. Plus les contractions sont fortes, plus sa délivrance approche. Cela vient également nous enseigner par allusion que Moché rabbénou ne rentrera pas en terre d’Israël comme l’a expliqué Rachi au nom du Talmud sur le verset précédent : « Tu verras ce qui adviendra de Pharaon, mais tu ne verras pas ce qui adviendra du roi des sept nations lorsque Je conduirai Israël sur sa terre ». (סנהדרין קיא.) Les sages donnent une autre raison pour laquelle Moché n’a pas été enterré en Israël : si le peuple juif est amené à l’avenir à être exilé à cause de ses fautes, sachant où est enterré Moché, ils s’y rendraient et crieraient : » Moché, Moché, lève-toi de ta sépulture et demande miséricorde pour nous ». Alors la délivrance interviendrait immédiatement. (סוטה יד.)

Il est plutôt surprenant de constater que d’après Rachi, Hakadoch Baroukh Hou dut se justifier à l’aide du comportement des patriarches quant à Sa façon d’agir. Il est évident qu’aucune preuve n’était nécessaire à Moché pour comprendre qu’il était interdit de se plaindre contre Hakadoch Baroukh Hou !

Rachi explique les termes : « Hachem est apparu aux patriarches ». En effet, Hachem mentionna le comportement des patriarches à Moché rabbénou pour lui rappeler qu’ils furent les seuls à avoir contenu en leur sein la totalité des âmes d’Israël jusqu’à la fin des générations. Ce qui signifie : pourquoi agis-tu ainsi Moché, différemment des patriarches qui n’ont jamais contesté Mes décisions ? La source de ton âme ne provient-elle pas de ces Justes ? Comme nous l’avons étudié, un enfant hérite des traits de caractère de ses pères !

Le ‘Hatam Sofer ajoute que nous devons savoir que Moché rabbénou savait qu’il n’était pas acceptable de parler de cette façon à l’Éternel en disant : « Pourquoi fais-Tu du mal à ce peuple ? ». Il aurait mérité d’être puni pour cela car il est interdit de contester et de se plaindre sur la façon d’agir d’Hachem. Cependant, Moché a agi ainsi dans le but honorable de sauver le peuple juif. Il risqua sa vie en parlant de la sorte au Créateur. Et c’est le sens de la suite du verset : « Je suis l’Éternel » – c’est-à-dire la pleine mesure de miséricorde, et « puisque ton intention était au nom du Ciel, puisque tu étais prêt à sacrifier ta vie pour le bien d’Israël, la récompense de tes actes sera toujours inscrite devant Moi ».