«  » וַיִּקְרָא אֶל משֶׁה וַיְדַבֵּר יְהֹוָה אֵלָיו מֵאֹהֶל מוֹעֵד לֵאמֹר  »
« Il appela Moché, L’Eternel lui parla depuis la Tente d’assignation… » (ויקרא א, א-ב-ג)

note : le troisième livre de la Torah, le sefer Vayikra traite essentiellement des sacrifices, service divin exercé au Temple. C’est la raison pour laquelle il est appelé « Torat Cohanim ». Il contient 10 parachiot, 859 versets, ce qui en fait le livre le plus court du ‘houmach. Cependant le nombre de mitsvot comptabilisées y est le plus élevé des cinq livres de la Torah, car il en comporte 247. Pour rappel, d’après Rabbi Aharon Halévi de Barcelone, le livre de Béréchit contient trois mitsvot, celui de Chémot 111 mitsvot, celui de Bamidbar 52 mitsvot et celui de Dévarim en contient 200. (ע »פ ספר החינוך) La totalité du livre de Vayikra a été dévoilée à Moché Rabbénou en un mois soit, du 1er Nissan, date de l’inauguration du Tabernacle, au premier Iyar.
Lorsque nous observons bien notre verset, nous pouvons remarquer que D.ieu parle avec Moché Rabbénou en utilisant trois formes de langages différentes : ויקרא = Il appela : expression chaleureuse exprimant l’affection ; אליו וידבר = lui parla : expression induisant la fermeté ; לאמר= dire : langage intermédiaire qui dénote un rapprochement restant toutefois inférieur au premier langage.
Note : chaque fois qu’une convocation divine de Moché est mentionnée comme dans « ויאמר ה’ אל משה » ou bien dans »וידבר ה’ אל משה » ou encore dans notre paracha « ויקרא אל משה » seul Moché Rabbénou entendait la voix de D.ieu et non tout le peuple. Il s’agissait de la même voix redoutable que celle utilisée par l’Eternel durant le dévoilement au Sinaï. Cette voix était si puissante que les âmes des enfants d’Israël se sont envolées. Seul Moché Rabbénou avait la capacité de supporter la voie de D.ieu. Depuis la faute du veau d’or, la voix céleste s’est rétractée pour se concentrer au-dessus de l’Arche d’alliance dans la tente d’assignation. Seul Moché Rabbénou pouvait y pénétrer et l’écouter.
À ce propos le ‘Hatam Sofer a écrit : « nous pouvons remarquer que dans notre verset sont mentionnés les trois langages par lesquels la Torah nous a été transmise et que l’on appelle קד »ם qui sont les acronymes de מאמר – דיבור – .קריאה Ces trois langages expriment différents niveaux de proximité avec D.ieu. Nous pouvons en trouver une allusion dans le verset : « וכבוד מלכים חקר דבר » « C’est la gloire de D.ieu de s’entourer de mystère ; et la gloire des rois c’est d’examiner la chose. » (משלי כה, ב) – Les lettres du mot חקר = examiner forment les acronymes de :
Affection = חיבה
Rapprochement = רכות
Fermeté = קשה
(חתם סופר דיבור א)
Pour quelles raisons Hakadoch Baroukh Hou nous a-t-il transmis la Torah en utilisant trois langages différents qui dénotent sa proximité ?
Commençons par introduire les paroles des sages du Midrach à propos du verset : « Et Moché monta vers l’Eternel D.ieu. » – Comme il est écrit : « Tu es monté dans les hauteurs après avoir fait des prises, Tu as reçu des dons parmi les hommes. » (תהילים סח, יט)… Rabbi Brekhia a enseigné que les tables de la loi étaient d’une longueur de six téfa’him. Deux téfa’him se trouvaient pour ainsi dire dans la main du Maître de l’univers, deux autres dans les mains de Moché, quant aux deux téfa’him intermédiaires ils faisaient office de séparation entre la main de D.ieu et la main de Moché. » (שמות רבה כח, א)
Le « נזר הקודש » demande à propos de l’enseignement des sages du Midrach : « pourquoi le Créateur a-t-il agi de la sorte en nous donnant les tables de la loi d’une longueur précise et en les subdivisant en trois tiers : le premier tiers supérieur dans la main de D.ieu, le tiers inférieur dans la main de Moché et le tiers du milieu pour faire séparation ? Ceci est tout sauf un hasard ! » (נזר הקודש על בראשית רבה א, א)
Ainsi le « נזר הקודש » explique le langage énigmatique de nos sages : étant donné que les tables de la loi sont le fondement de toute la Torah, celle-ci se subdivise donc aussi en trois parties : le premier tiers inférieur qui était entre les mains de Moché Rabbénou est la partie qui incarne le sens littéral, la Torah écrite. En effet elle est dévoilée aux yeux de tous et se transmet à tout homme. C’est pourquoi elle est appelée la Torah de l’homme. Le tiers supérieur qui était entre les mains du Maître de l’univers, est la partie secrète de la Torah appelée la Torah cachée. Celle-ci n’est pas accessible à tout un chacun mais seulement à ceux qui se trouvent entre les mains de l’Eternel car il ne suffit pas de la désirer pour l’obtenir. Seul Hakadoch Baroukh Hou décide selon son bon vouloir de la transmettre uniquement à des hommes qui recherchent l’élévation comme il est écrit :
« סוֹד יְהֹוָה לִירֵאָיו וּבְרִיתוֹ לְהוֹדִיעָם »
« Le secret de l’Eternel appartient à ceux qui le craignent, Il leur révèle Son alliance. » (תהילים כה, יד) – Ainsi cette partie de la Torah est appelée la Torah de D.ieu.
Le troisième tiers qui se trouvait au centre des tables de la loi, n’était pas directement entre les mains de D.ieu ou entre les mains de Moché. Elle incarne la Torah orale. Celle-ci n’est pas aussi facile d’accès à tous comme l’est la Torah écrite mais n’est pas non plus totalement dissimulée au point d’être donnée uniquement à celui que D.ieu a choisi. Cette partie de la Torah est précisément le point d’équilibre entre la Torah écrite transmise à Moché et les secrets de la Torah qui sont entre les mains de D.ieu. En effet l’homme qui désire l’acquérir en aura la possibilité. Sa compréhension lui sera transmise au prorata de ses recherches et de ses efforts. Ce n’est que par le mérite de ses investissements sans relâche que cette partie de la Torah peut être appelée la Torah de l’homme et c’est le sens de l’enseignement de nos sages : Au début la Torah est appelée du nom de Hakadoch Baroukh Hou et finalement est appelée du nom du sage qui l’a étudiée. (קידושין לב: – עבודה זרה יט.)
Les sages du Talmud ont enseigné que l’on doit diviser son temps en trois parties en ce qui concerne l’étude de la Torah : un tiers de l’étude doit être dédié à la Torah écrite, un tiers à la Michna et un tiers au Talmud. (קידושין ל.) Rachi explique qu’il faut diviser les jours de la semaine en trois, deux jours devant être dédiés à une étude. (רש »י ד »ה ליומי) Tossefot quant à lui explique que ces trois études doivent être réalisées chaque jour. (תוספות ד »ה לא צריכא) Le Rambam a écrit que ceci n’est valable que durant la jeunesse. Lorsqu’il aura grandi dans la Torah, il ne lui sera plus nécessaire de respecter cet ordre. Il étudiera la Torah écrite et la Torah orale de temps en temps pour ne pas les oublier et consacrera la majeure partie de son temps au Talmud. (הלכות ת »ת פרק א ה »יב) C’est ainsi que le Maran Rabbi Yossef Caro a tranché la loi dans le Choul’han Aroukh : « un homme qui s’affaire durant trois heures à son travail consacrera neuf heures à l’étude : il étudiera durant trois heures la Torah écrite, durant trois heures la Torah orale et durant trois heures il étudiera quelque chose d’autre… » (ש »ע יו »ד סימן רמו, ד) – Toutefois le ש »ך écrit que si la personne ne peut étudier que 3 ou 4 heures par jour elle ne devra pas investir tout son temps uniquement dans le Talmud. (ש »ך יו »ד סימן רמו, ס »ק ד) En ce qui concerne la Torah cachée que l’on appelle la kabbala, consulter l’avant propos du livre « les secrets du Zohar et de lag baomer » dans nos éditions Tsor Ha’haim qui developpe ce sujet.
À ce sujet, le Baal Hatania a écrit : « Même si Hakadoch Baroukh Hou est appelé « sans fin » et que sa grandeur est sans limite, qu’aucune pensée ou entendement humain ne peut avoir accès… A ce propos les sages ont enseigné que partout où tu trouveras la grandeur de Hakadoch Baroukh Hou tu pourras y trouver aussi Son humilité car le Maître de l’univers a « compressé » sa sagesse et sa volonté dans les 613 commandements de la Torah ainsi que dans toutes les lois qui en découlent, dans les combinaisons des lettres du Tanakh, dans les exposés de nos sages, afin que chaque âme qui se trouve dans un corps d’homme puisse atteindre la compréhension à travers son intellect et accomplir tout ce qui lui est possible d’accomplir par les actes, la parole ou la pensée… C’est la raison pour laquelle l’eau est comparée à la Torah (תענית ז. – בבא קמא יז – עבודה זרה ה:) car de même que l’eau se dirige toujours vers le bas, de même la Torah est descendue des mondes supérieurs où se trouvent la volonté suprême et la sagesse du Créateur… Elle descendit de niveau en niveau et de monde en monde pour se matérialiser par les paroles et les sujets de notre monde d’ici-bas que sont les commandements de la Torah, écrits avec de l’encre sur un parchemin afin de pouvoir être un support qui nous soit accessible ליקוטי אמרים פרק ד)) et c’est le sens de l’Ecriture : « L’Eternel descendit sur le mont Sinaï. » שמות יט, כ)) – c’est-à-dire que D.ieu a rétracté et compressé sa grande sagesse, si on peut s’exprimer ainsi, en trois niveaux de Torah pour que chacun puisse y accéder selon ses possibilités.
Ainsi les tables de la loi qui ont été transmises par.D.ieu à Moché ont été subdivisées en trois parties qui représentent trois niveaux de haut en bas, correspondant 1 : aux secrets de la Torah, 2 : à la Torah orale 3 : à la Torah écrite. Ainsi le Maître de l’univers a dissimulé dans la Torah écrite, qui est la Torah dévoilée, tous ses fondements et ses secrets comme il est rapporté dans le Talmud : « il n’y a pas une chose dans le monde qui ne soit pas en allusion dans la Torah. » תענית ט.)) – Et qui sera comprise en fonction du niveau de chacun d’entre nous. Ainsi il est rapporté, à propos de Rabbi Akiva, qu’il arrivait à exposer des milliers de lois à partir de l’extrémité des lettres – les taguim – écrites dans le sefer Torah.מנחות כט:) )
D’après ces enseignements, nous pouvons comprendre à présent l’allusion qui se trouve dans l’Ecriture :
 » וְנָהָר יֹצֵא מֵעֵדֶן לְהַשְׁקוֹת אֶת הַגָּן וּמִשָּׁם יִפָּרֵד וְהָיָה לְאַרְבָּעָה רָאשִׁים »
« Un fleuve sortait d’Eden pour arroser le jardin et de là-bas il se divisait et formait quatre têtes. »בראשית ב, י) ) – Les trois facteurs qui ressortent de notre verset : עדן = Eden ; נהר = fleuve ; גן = jardin correspondent aux trois niveaux de la relation verticale entre D.ieu et l’homme. Éden est le plus grand de tous. Il correspond aux secrets de la Torah qui sont entre les mains du Maître de l’univers et dont les justes se nourriront au Gan Eden comme il est rapporté dans le Zohar Hakadoch זוהר תיקון מח דף פה.) ) ainsi que dans le Talmud : « nul œil hormis le Tien O D.ieu n’a vu ce qu’Il fera pour celui qui L’attend. » ברכות לד: – ישעיה סד, ג) )
Le נהר = fleuve qui sort d’Eden correspond à la Torah orale qui se répand comme un fleuve en fonction de l’effort de chaque érudit de la Torah. עיין חולין יח:)) Enfin le גן = jardin correspond à la Torah écrite. Il est rapporté dans le Zohar Hakadoch que le terme גן = jardin a une valeur numérique de 53 correspondant aux 53 parachiot de la Torah écrite. זוהר תיקון יג דף כט:))
Ainsi l’explication du verset est la suivante : « un fleuve sortait d’Eden pour arroser le jardin » – le fleuve qui est la Torah orale « sortait d’Éden » qui est issu de la Torah cachée se trouvant entre les mains de Hakadoch Baroukh Hou. Hachem a concentré la Torah cachée dans la Torah orale dans le but « d’arroser le jardin » en déversant d’innombrables explications des 53 parachiot de la Torah écrite pour faire germer et dévoiler tous les secrets qui y sont contenus de façon dissimulée. « De là-bas il se divisait et formait quatre têtes. » Car la Torah qui est descendue dans ce monde ici-bas et qui a été donnée à Israël se subdivise en quatre approches : le sens littéral = pchat, l’allusion = remez, l’enquête = drach et le secret = sod.
Note : Il faut savoir que chacun d’entre eux se subdivise en quatre parties : le pchat du pchat, le remez du pchat, le drach du pchat et le sod du pchat. Il y a également le pchat du sod, le remez du sod, le drach du sod et le sod du sod.
D’après ceci nous pouvons expliquer les paroles du roi David dans sa composition des psaumes :
« הִנֵּה טְפָחוֹת נָתַתָּה יָמַי »
« Voici, Tu as strictement limité mes jours. » תהילים לט, ו) ) Le roi David possédait la Torah orale c’est pourquoi il vécut 70 ans correspondant aux 70 facettes de la Torah orale (במדבר רבה יג, טז) comme il est enseigné dans le Talmud à propos du verset : « J’ai remarqué un fils d’Ichai de Betlé’hem, un musicien habile, un guerrier vaillant, entendu en toutes choses, il parlait avec intelligence, d’une belle apparence, et D.ieu est avec lui. » (שמואל א, טז – יח) – La Guémara explique : « un musicien habile » – il savait poser les questions à propos. « Un guerrier vaillant » – il savait répondre aux questions. « Un homme de guerre » – il savait se battre pour la Torah. « Il parlait avec intelligence » – il comprenait une chose à partir d’une autre. « D’une belle apparence » – il démontrait le sens de la loi. « L’Eternel est avec lui » – la loi suit toujours son avis. (סנהדרין צג:)
Ainsi il avait réussi à atteindre les deux tefa’him qui se trouvent au centre des tables de la loi et c’est le sens du mot טפחות = téfa’hot de notre verset. Le minimum étant de deux il s’agit des deux téfa’him de la Torah orale. Cependant le roi David ne s’arrêta pas là et pria pour pouvoir atteindre la partie supérieure de la Torah qui est entre les mains de D.ieu comme il est écrit :
 » גַּל עֵינַי וְאַבִּיטָה נִפְלָאוֹת מִתּוֹרָתֶךָ »
« Dessille-moi les yeux pour que je puisse contempler les merveilles issues de Ta Torah. » תהילים קיט, יח) )
A présent nous pouvons comprendre les trois différents langages par lesquels la Torah nous a été transmise ainsi que l’explication du ‘Hatam Sofer qui a écrit : « nous pouvons remarquer que dans notre verset sont mentionnés les trois langages par lesquels la Torah nous a été transmise et que l’on appelle קד »ם qui sont les acronymes de מאמר – דיבור – .קריאה Ces trois langages expriment un niveau de proximité et nous pouvons en trouver une allusion dans le verset : « וכבוד מלכים חקר דבר » « c’est la gloire de D.ieu de s’entourer de mystère ; et la gloire des rois c’est d’examiner la chose. » (משלי כה, ב). Les lettres du mot חקר = examiner forme les acronymes de :
Affection = חיבה
Rapprochement = רכות
Dureté = קשה
(חתם סופר דיבור א)
En effet il faut expliquer l’Ecriture de la façon suivante : « c’est la gloire de D.ieu de s’entourer de mystère. » (משלי כה, ב) L’honneur de l’Eternel implique de cacher les secrets de la Torah car il ne convient pas de les dévoiler. Mais cela n’acquitte pas un homme libre de s’affairer aux recherches des secrets que contient la Torah, au contraire c’est « la gloire des rois » (שם) C’est de l’honneur des Sages d’Israël et de la Torah qui sont comparés à des rois (גיטין סב.) de constamment viser à s’élever et « d’examiner la chose » (שם) en entreprenant leurs recherches dans les trois parties de la Torah issues des tables de la loi, représentées par les trois langages et dont les initiales forment le motחקר = examiner.