« אלה פקודי המשכן משכן העדות אשר פוקד על פי משה »
« Ce sont les comptes du Michkan, le Michkan du témoignage, qui furent comptés sur l’ordre de Moché. »(12) (שמות לח, כא)
(12) Le terme de Michkan = משכן provient de המשכה qui signifie « attirer » car le rôle du Tabernacle sur terre était d’attirer l’abondance du Tabernacle Céleste. Une fois cette abondance dirigée dans ce monde ici-bas, elle est déversée dans le monde entier. C’est la Présence divine qui effectue la répartition de cette abondance dans le monde entier. Nous pouvons constater dans notre verset « אלה פקודי המשכן » – que les trois dernières lettres ont une valeur numérique de 65 qui est aussi celle du Nom divin א-ד-נ-י qui symbolise la Présence divine chargée d’attirer l’abondance sur le peuple d’Israël.
Nous pouvons également remarquer que le terme פקודי = comptes est écrit pleinement avec la lettre vav = ו. Le Zohar Hakadoch en explique la raison : une fois le Tabernacle érigé, le sitra a’hra déploya toutes ses forces pour créer des disputes au sein du peuple juif afin d’empêcher la Présence divine de résider dans le Tabernacle. Il voulut faire pénétrer dans le cœur du peuple d’Israël l’idée que Moché Rabbénou avait profité de l’argent pour le Tabernacle à des fins personnelles, que D.ieu nous en préserve. Ainsi, Moché rassembla toute l’assemblée d’Israël, hommes, femmes et enfants et leur exposa toute la comptabilité sur le moindre sou. Suite à cela, la Présence divine détailla au peuple les comptes de chaque don et leur montra comment Moché avait utilisé les donations de chacun. Ainsi la lettre vav = ו est une allusion aux 600 000 âmes du peuple juif qui reçurent la justification de chacun des dons. (זוהר פקודי)
Pour quelle raison le mot Michkan est-il mentionné à deux reprises dans notre verset ?
Rachi explique d’après le Midrach que le mot Michkan est écrit à deux reprises pour faire allusion aux deux Temples qui seront détruits à cause des péchés d’Israël.
(ע »פ שמות רבה נא, ג)
Un autre Midrach apporte une seconde explication à cette redondance : « Il s’agit des comptes du Tabernacle », comme il est écrit dans les Psaumes : « Eternel, j’aime le séjour de Ta maison, et le lieu où réside Ta gloire » (תהילים כו, ח) Rabbi Chimon bar Yo’haï nous enseigne que le Temple terrestre est orienté face au Temple Céleste, comme il est écrit : « La demeure pour Ton séjour que Toi Eternel Tu as faite, le Sanctuaire de l’Eternel que Tes mains ont établi. » (מדרש תנחומא פקודי א – שמות טו, יז)
Nous pouvons y ajouter un autre enseignement à propos d’un autre verset :
« Et celle-ci est la bénédiction dont fut béni Moché, homme de D.ieu. » (דברים לג, א)
Que signifie l’expression « homme de D.ieu » ? Rabbi Avine enseigne que la moitié se trouve en bas : « l’homme », tandis que l’autre moitié se trouve dans les mondes supérieurs : « D.ieu ». » (דברים רבה יא, ד)
Quel est le sens de cet enseignement ?
Moché Rabbénou, dans sa grande sainteté, représente le Temple d’en bas. Il était constamment orienté face au Temple d’en haut d’où provient sa Néchama et qui symbolise « l’autre moitié » qui est située dans les mondes supérieurs. Nous en trouvons une illustration lors du don de la Torah quand Moché monta dans les mondes supérieurs durant quarante jours pour recevoir la Torah et la transmettre à Israël, comme il est écrit : « l’Eternel parlait à Moché face-à-face comme un homme parle à son prochain. » (שמות לג, יא)
Cependant, lorsqu’il redescendit transmettre la Torah au peuple d’Israël, il s’agissait de « la moitié qui se trouve en bas » : l’homme. Sa Néchama réintégra son corps pour descendre sur terre et enseigner la Torah au peuple. Ainsi, Moché montait, envoyé par le peuple, dans les mondes supérieurs vers l’Eternel et redescendait vers le peuple d’Israël envoyé par le Maître de l’univers.
Ceci est l’explication de notre verset « Ce sont les comptes du Michkan, le Michkan du témoignage. » Il est mentionné à deux reprises le terme « Michkan » pour faire allusion au Temple terrestre qui est orienté face au Temple Céleste.
Le « בני יששכר » approfondit notre sujet d’après l’enseignement du Talmud : « Le fils de David ne viendra pas tant que toutes les Néchamot du Gouf ne sont pas descendues. »(13) (יבמות סב.)
(13) Il faut préciser que le mot Gouf signifie littéralement « corps ». A ce propos le Zohar Hakadoch demande : Y a-t-il un corps dans les mondes célestes ? Le Zohar répond : du fait que toutes les Néchamot intègrent un corps dans le monde ici-bas, Hakadoch Baroukh Hou leur façonne un corps spirituel à la ressemblance du corps de l’homme. Ainsi, le « coffre-fort » qui renferme les âmes des mondes supérieurs est appelé Gouf. (זוהר חדש בראשית יד.)
Rachi explique que le mot Gouf est une sorte de « caisse » où se trouvent toutes les âmes dans le ciel. Malgré tout, il faut savoir que la source de l’âme, elle, reste à son emplacement d’origine car la spiritualité ne peut être déracinée d’un endroit vers un autre. Seule son intensité peut augmenter ou diminuer. Ainsi, la partie de l’âme qui reste dans les cieux éclaire son autre partie qui est à l’intérieur du corps de l’homme sur la terre tandis que cette dernière désire ardemment retrouver sa source qui est dans les mondes supérieurs. (בני יששכר אדר מאמר ב)
Il se trouve donc que l’âme se subdivise en deux parties : l’une dans ce monde ici-bas et l’autre dans les mondes supérieurs. La partie de l’âme qui reste dans les cieux garde intacte sa sainteté et ne subit aucun dommage à cause des fautes qui pourraient être commises par le corps. Parallèlement, elle n’a pas la possibilité d’accomplir les mitsvot par l’intermédiaire des membres du corps. La partie de l’âme qui intègre le corps humain, a un grand avantage sur celle qui réside dans les cieux car elle peut s’affairer à l’étude de la Torah et à l’accomplissement des commandements par l’intermédiaire du corps. Ainsi, lorsque l’âme qui est à l’intérieur du corps accomplit le service divin, elle ajoute de la sainteté à sa propre sainteté et crée un désir des deux parties de la Néchama de se réunir afin d’augmenter l’intensité de la lumière. En effet, l’âme du monde d’en bas intensifie sa lumière par l’intermédiaire de la Torah et de l’accomplissement des mitsvot tandis que sa partie qui réside dans les mondes supérieurs en perçoit l’émanation.
D’après ces enseignements, le « בני יששכר » explique le passage du Talmud suivant : « Rabbi Yo’hanan a enseigné celui qui désire accepter la totalité du joug de la royauté divine, doit d’abord faire ses besoins, puis se laver les mains, mettre ses téfiline, réciter le Chéma Israël et prier, et ceci constitue une acceptation totale de la Royauté divine. » (ברכות יד:)
(14) Vérifier la propreté de son corps avant de prier est une loi du Choul’han Aroukh. Consultez (ש »ע או »ח ב, ו) – les Mékoubalim expliquent que les excréments représentent les forces des klipot. L’organisme du corps humain est parfaitement agencé pour trier entre la force vive des aliments et ses déchets qui doivent être expulsés. Consultez le secret de baal péor qui explique davantage ce sujet. (צרור החיים במדבר)
En effet, l’âme qui se trouve dans le corps se répand sur les 248 membres et il est de même pour celle qui est dans les mondes supérieurs, qui se répand sur les 248 membres spirituels. Ainsi, lorsque la partie inférieure accomplit les mitsvot, elle s’unit avec la partie supérieure et de la lumière jaillit de cette union. Si nous multiplions 248 par 2, nous obtenons 496 qui est la guématria du mot מלכות = royauté.
Nous pouvons à présent comprendre notre passage talmudique : « Celui qui désire accepter la totalité du joug de la royauté divine » c’est-à-dire unir les deux parties de la Néchama qui symbolisent ainsi la royauté, comme cela est indiqué dans la suite du Talmud : « doit d’abord faire ses besoins puis … et ceci constitue une acceptation totale de la Royauté divine. »
Nous pouvons aussi expliquer la Akédat Its’hak par le biais de cet enseignement, comme il est écrit : « L’ange de l’Eternel l’appela du ciel et dit : Avraham, Avraham ! Il lui dit : me voici. » (בראשית כב, יא) En étant prêt à sacrifier son propre fils, Avraham mérita par cet acte un rapprochement si intense avec son Créateur que les deux parties de son âme, celle du monde ici-bas et celle des mondes supérieurs voulurent se réunir et c’est le sens de notre verset : « Il dit : Avraham, Avraham ! » (שם) – le terme Avraham = אברהם a une valeur numérique de 248. Étant prononcé à deux reprises nous obtenons 248 × 2 = 496, c’est-à-dire la royauté = מלכות car Avraham accepta par cet acte la totalité du joug divin.
(15) Le « בני יששכר » ajoute que l’on peut remarquer et déduire du langage du roi A’hachveroch adressé constamment à Esther : « Je te donnerai jusqu’à la moitié de la royauté » car il ne voulait pas qu’Israël parvienne à l’acceptation totale du joug divin, ce qui reviendrait à faire régner pleinement la Royauté divine sur terre.
Nous pouvons enfin apporter une explication concernant la mitsva du demi-shekel que les enfants d’Israël durent apporter pour réparer la faute du veau d’or. En effet, le mot shekel = שקל à la même guématria que le mot âme = נפש c’est-à-dire qu’un shekel était équivalent à l’âme complète. Le demi-shekel correspond à cette moitié d’âme qui se trouve dans ce monde ici-bas à l’intérieur du corps humain. Hakadoch Baroukh Hou ordonna d’apporter seulement un demi-shekel car c’est seulement cette moitié d’âme qui fauta. L’autre moitié, qui est dans les mondes supérieurs, n’avait pas besoin de réparation car elle ne fut pas endommagée par la faute. C’est la raison pour laquelle il était interdit d’y ajouter ou d’y soustraire quoi que ce soit, comme il est écrit : « Le riche n’augmentera pas et le pauvre ne diminuera pas » (שמות ל, טו)
Ainsi la mitsva du demi-shekel que devait réaliser le peuple d’Israël allait permettre de réunir les deux parties de l’âme. C’est ainsi que l’Eternel réunit le Tabernacle terrestre avec le Tabernacle Céleste.